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Sortir du pétrole au nom de l'indépendance, plaident les pays réunis à Santa Marta
En pleine crise énergétique, plusieurs pays partisans de la sortie des énergies fossiles, réunis mardi en Colombie, ont basculé du sauvetage du climat à la protection des consommateurs contre les pénuries énergétiques comme argument principal pour défendre l'abandon du pétrole.
"En Europe, (...) nous perdons un demi-milliard d'euros chaque jour que dure cette guerre", a déclaré le commissaire européen Wopke Hoekstra dans un discours à Santa Marta, ville portuaire de Colombie qui accueille cette première conférence sur la sortie des énergies fossiles, née de la frustration de dizaines de pays face au blocage des COP sous l'égide de l'ONU.
"Nous avions déjà une très bonne raison d'agir pour le climat en opérant cette transition. Nous en avons désormais une autre, pour des raisons commerciales et d'indépendance", a dit l'Européen.
Même argument de la part de la ministre colombienne de l'Environnement, Irene Velez Torres, qui affirme que "le pétrole reste un facteur de déstabilisation des économies à l'échelle mondiale".
Sa collègue néerlandaise, Stientje van Veldhoven, ministre du Climat et coorganisatrice du sommet, le dit encore plus clairement: "nous devons sortir des énergies fossiles non seulement parce que c'est bon pour le climat, mais parce que cela renforce notre indépendance et notre sécurité énergétiques".
La crise énergétique générale causée par la guerre au Moyen-Orient n'était pas prévue l'an dernier, lorsque la Colombie et les Pays-Bas ont annoncé cette réunion, à laquelle une cinquantaine de pays participent. Dans les COP, l'obligation du consensus a empêché depuis deux ans toute avancée contre le pétrole, le gaz et le charbon, dont la combustion est la cause principale du réchauffement de la planète.
La hausse des cours du pétrole depuis mars, et donc de l'essence et du kérosène, a donné une seconde raison d'être à la réunion.
Des pays européens, de petits Etats du Pacifique mais aussi le Nigeria, le Canada, l'Angola et le Brésil y sont représentés. Les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre - Etats-Unis, Chine, Inde - et les pays du Golfe sont absents, ce qui ne chagrine personne ici.
"Les gens se sentent soulagés de pouvoir parler de ces problèmes sans devoir argumenter sur la question existentielle de leur importance", a confié lundi à l'AFP l'émissaire britannique pour le climat, Rachel Kyte, à Santa Marta.
"Les énergies fossiles sont clairement vues comme une source d'instabilité", dit-elle. "Beaucoup de pays sont présents ici de bonne foi, pour trouver une solution à un défi très complexe et rendu très urgent par la crise".
Cela inclut des pays en développement qui restent aujourd'hui très dépendants des combustibles fossiles, comme la Colombie.
- Menu de mesures -
De Santa Marta ne sortira pas de décision contraignante. Mais les pays entendent se compter et envoyer un message formel au reste du monde, assorti de recettes pour sortir du pétrole, telles que la réforme des subventions énergétiques qui défavorisent souvent les investissements dans les énergies solaires ou éoliennes.
Les Etats dépensent cinq fois plus pour les énergies fossiles que les renouvelables, selon une analyse publiée lundi par l'International Institute for Sustainable Development.
Des scientifiques charpentent l'initiative, avec un "menu" de 12 mesures publié dimanche pour concrètement guider les Etats. Par exemple, "arrêter tout nouveau projet d'extraction ou d'infrastructures pour les énergies fossiles".
"Il n'y a aucun doute qu'il n'y aucune justification à de nouveaux projets d'exploration d'énergies fossiles", martèle Carlos Nobre, climatologue brésilien réputé, présent à Santa Marta.
"Même sans nouveau projet d'exploration, la quantité de combustibles fossiles - pétrole, charbon et gaz naturel - qui existent déjà va faire augmenter les températures de 2,5°C d'ici 2050", déclare-t-il à l'AFP.
Le monde en est aujourd'hui à +1,4°C, par rapport au 19e siècle, et les nations s'étaient fixé en 2015, à une COP, la limite de 2°C, voire de 1,5°C, cette dernière étant en passe d'être dépassée dès cette décennie.
Mais remplacer voitures à essence, chaudières au fioul et usines à gaz par des équivalents qui fonctionnent à l'électricité d'origine solaire ou éolienne représente un effort financier colossal. Même les nations les plus décidées, comme la Colombie du président Gustavo Petro, reconnaissent qu'il leur faudra encore des décennies.
P.Mathewson--AMWN