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Au Kirghizstan, le défi de l'éducation face à la forte croissance démographique
Programmes scolaires inadaptés, pénurie d'enseignants, manuels obsolètes, classes surchargées et écoles délabrées: des maux que le Kirghizstan veut éradiquer pour moderniser son système éducatif et assurer le développement économique de ce pays d'Asie centrale.
"Mon fils n'a pas eu de professeur de mathématiques au premier trimestre, des lycéens enseignaient à sa place", raconte à l'AFP Azamat Bekenov, père de trois écoliers à Bichkek, la capitale kirghize.
Une situation courante au Kirghizstan, où environ un millier de professeurs manquaient en 2025, obligeant les familles à se débrouiller.
"Avec les parents d'élèves nous cherchions les professeurs, j'écrivais sur Facebook", explique M. Bekenov, qui a fini par dénicher un remplaçant.
Les besoins sont exponentiels en raison de la forte croissance démographique du Kirghizstan, où quelque 40% des sept millions d'habitants sont mineurs.
Selon le dirigeant Sadyr Japarov, 500.000 élèves ont intégré l'école ces dix dernières années. Une augmentation de 50% que le système peine à absorber, avec de nombreuses classes surpeuplées, comme l'a constaté l'AFP.
"Il y a 52 élèves dans la classe de mon fils et 50 dans celle de ma fille. Mon aîné s'en sort bien, ils sont seulement 38", ironise M. Bekenov.
Quant au contenu des cours, les autorités pointent un programme scolaire "irrémédiablement obsolète et de très mauvaise qualité" et relèvent le faible niveau des enseignants eux-mêmes, formés après l'indépendance en 1991.
- "Au bord du gouffre" -
Après trois décennies post-soviétiques marquées par un effondrement économique, une immigration massive et l'instabilité sociale, le système éducatif est "au bord du gouffre", selon les syndicats.
Parmi les mesures mises en oeuvre : le passage de onze à douze ans de scolarité obligatoire, la construction d'écoles, la hausse des salaires des professeurs, la fourniture de manuels par Moscou, 22% du budget étatique alloué pour l'Education...
Selon le gouvernement, ces mesures doivent former une jeunesse qualifiée pour assurer la croissance économique à long terme et enfin endiguer l'émigration de centaines de milliers de Kirghiz en Russie.
Corollaire d'un système éducatif médiocre, la productivité du travail au Kirghizstan est la plus faible d'Europe et d'Asie centrale, selon un rapport des Nations unies en 2023, et un quart de la population vit avec moins de cinquante euros par mois.
Dernier en 2006 et 2009 du test international PISA, le Kirghizstan a retenté sa chance en 2025 et attend son résultat pour bénéficier des conseils de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques.
La tâche est considérable pour combler le retard accumulé.
"J'enseigne l'histoire. La matière devrait prendre vie, avec des cartes, des images d'archives. Je veux faire découvrir le monde aux enfants (..) mais il n'y a rien dans la salle de classe", explique Goulmira Oumetalieva, enseignante à Karakol (est), jointe par l'AFP au téléphone.
"Il n'y a pas d'ordinateur, pas de projecteur, même pas un simple écran. Les salles de classe sont vétustes, les tables sont branlantes, les chaises grincent", regrette-t-elle.
Son cas n'est pas une exception: 113 écoles sont en très mauvais état, bien que 400 bâtiments aient été construits entre 2021 et 2025, selon Bichkek.
- Méthodes "modernes" -
Mais les volontaires pour y enseigner ne se bousculent pas.
"Quand un enseignant se demande comment survivre et subvenir à ses besoins essentiels, il est difficile de parler d'une mission noble", dit Mme Oumetalieva, qui attend en avril le doublement du salaire moyen des enseignants (250 euros), promis par M. Japarov.
Alors, les autorités tentent de recruter autrement et s'appuient sur le programme "Teach For All".
Financé par des fonds privés, ce programme mondial récemment implanté dans quatre pays centrasiatiques envoie des diplômés de divers horizons professionnels enseigner deux ans en zone rurale.
A Boukara, la directrice d'école Nassikhat Sarieva a voulu "remédier à la grave pénurie d'enseignants" dans l'établissement le plus isolé du nord-ouest kirghiz.
"Nous avons accueilli deux nouveaux enseignants, d'anglais et de russe", explique à l'AFP Mme Sarieva. Selon elle, ils "utilisent des méthodes pédagogiques modernes" plus interactives pour impliquer les élèves, rompant avec la tradition soviétique rigide.
Cette initiative offre aussi aux écoliers l'accès à des ateliers culturels, comme la venue d'une troupe d'opéra dans ce village éloigné, aux pieds des montagnes Ala-Too.
De quoi faire rêver ces enfants, dont Arououke Chaïmaratova, 14 ans, qui va seulement "une fois par mois en ville".
"Nous avons participé à un atelier de chant, ça m'a donné envie de devenir chanteuse".
T.Ward--AMWN