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Le spectaculaire retour du poulpe, nouvelle manne des pêcheurs bretons
Abondant et facile à capturer, le poulpe a été l'an dernier l'espèce la plus débarquée dans certaines criées du Finistère. Après soixante ans d'absence, le céphalopode à huit bras est devenu l'une des espèces les plus convoitées des pêcheurs bretons.
"Des fois, ils sont chiants à enlever!", râle Kilian Chanoit, en tirant de toutes ses forces sur les tentacules d'un poulpe, dont les ventouses s'agrippent fermement au fond d'un casier.
Capitaine en second du Marc'h Mor, un caseyeur de 12 mètres, le pêcheur de 24 ans a embarqué à 03h00 du matin au port de Lampaul-Plouarzel (Finistère). Objectif: relever quelque 400 casiers au large de l'archipel de Molène, à la pointe de la Bretagne.
Par cette grise matinée de mai, beaucoup de pièges remontent vides, mais d'autres contiennent jusqu'à quatre poulpes d'un coup, attirés par un appât à l'intérieur de la nasse.
Enchaînant prestement les casiers, Kilian et Christophe Corvé, matelot de 35 ans, projettent les animaux vers un gros sac de chantier, où ils s'entassent pas dizaines. Réputés pour leur intelligence, quelques animaux tentent de s'échapper en escaladant les parois du réceptacle.
À 10H30, de retour au port, la pêche a été fructueuse, avec près de 550 kilos de pieuvres (l'autre nom du poulpe) capturées.
- "Pêche assez simple" -
"C'est une pêche assez simple", vante Kilian. "Ça ne coûte pas très cher en gasoil, car on ne fait pas beaucoup de route. Et on n'est que trois à bord. Donc il n'y a pas besoin de pêcher énormément pour gagner sa vie".
En 2021, le retour massif du céphalopode avait été mal vu par certains pêcheurs, car c'est un prédateur vorace de homards, de crabes ou de coquilles Saint-Jacques. Mais sa pêche assure désormais un revenu confortable à plusieurs centaines d'entre eux.
"Les salaires qu'on fait au poulpe, on ne les ferait jamais avec du poisson. C'est impossible", confirme Kilian.
Vendu en moyenne à 7,5 euros le kilo à la criée de Brest, l'octopode est principalement exporté vers le Portugal, l'Espagne ou l'Italie.
Face à l'énorme convoitise qu'il suscite, le comité des pêches du Finistère a dû mettre en place un système de licences, pour éviter les tensions entre professionnels. Un système similaire a été récemment adopté dans les Côtes d'Armor.
Ce qui n'a pas empêché le nombre des captures d'exploser en 2025, où "on a sans doute dépassé les 4.000 tonnes" pêchées en France, contre 150 tonnes avant 2021, selon Martial Laurans, chercheur en halieutique à l'Ifremer.
Dans certaines criées, la hausse est vertigineuse, comme à Roscoff (+2.690% à 279 tonnes en 2025) ou à Saint-Quay-Portrieux (+1.237% à 254 tonnes). Alors que certains poissons se raréfient, le céphalopode est devenu en 2025 la première espèce vendue dans les criées de Brest, Audierne ou Concarneau (Finistère).
- "Là pour un petit moment" -
"Ce sont des animaux qui vivent un an et qui connaissent des variations inter-annuelles d'abondance assez marquées", explique Jean-Pierre Robin, professeur en écologie marine à l'Université de Caen Normandie.
Avant de mourir, une femelle pond 200.000 œufs en moyenne, dont la transformation en poulpes dépend des conditions environnementales du moment (nutriments, salinité, température, etc.). Décimé après l'hiver rigoureux 1962-63, le céphalopode a fait depuis cinq ans un retour encore largement inexpliqué, remontant jusqu'en Angleterre et en Irlande.
"On n'a pas de données scientifiques pour appuyer une hypothèse car il n'y a pas de suivi des populations", souligne Laure Bonnaud-Ponticelli, professeure au Muséum national d'histoire naturelle.
La réduction de l'effort de pêche pendant la crise sanitaire de 2020, couplée à une remontée de l'espèce vers des eaux plus fraîches, pourraient être des facteurs d'explications, selon elle.
"C'est une espèce qui reprend ses quartiers dans un habitat où elle a déjà été présente", précise Martial Laurans. Pour le chercheur, la vraie question est celle de sa présence à long terme en Bretagne, au regard de son importance actuelle pour de nombreux pêcheurs.
"Vu la biomasse présente, il est sans doute là pour un petit moment", estime-t-il.
Une perspective qui réjouit Kilian Chanoit. "J'espère qu'il sera là le plus longtemps possible!", lâche-t-il.
L.Davis--AMWN