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En Floride, la chasse aux pythons birmans pour aider l'écosystème mais aussi la santé mentale
Enrique Galan a beau être terrifié à la vue d'un criquet jaune, il n'hésite pas à s'enfoncer dans la végétation des Everglades pour chasser les pythons birmans, espèce invasive qui ravage depuis des années l'écosystème de cette zone humide de Floride.
Lorsqu'il ne gère pas des événements culturels à Miami, M. Galan, 34 ans, poursuit, en tant que chasseur professionnel, ces reptiles nocturnes venus d'Asie du Sud-Est.
Engagé par l'Agence de la pêche et de la vie sauvage de Floride (FWC), il aide à réduire le nombre de ces serpents constricteurs qui se comptent en dizaines de milliers dans l'Etat, selon des experts.
La nuit, Enrique Galan parcourt des kilomètres sur des routes pavées et des chemins de gravier. Il roule doucement, observant avec sa lampe torche les herbes, les racines des arbres et les berges des canaux où brillent ici et là des yeux d'alligators.
Son tarif: 13 dollars de l'heure et un supplément par python trouvé, 50 dollars s'il mesure jusqu'à 1,2 mètre, et 25 dollars de plus tous les 30 cm supplémentaires.
Cette soirée d'août, M. Galan est d'autant plus motivé que la FWC a lancé un concours de chasse aux pythons auquel participent quelque 800 personnes pendant 10 jours.
La récompense est de 2.500 dollars pour celui qui dénichera et tuera le plus de pythons dans chaque catégorie: professionnels et amateurs.
Enrique Galan aimerait beaucoup gagner cet argent pour célébrer la récente naissance de son fils, Jesus.
- "Prédateurs incroyables" -
Les pythons birmans ont été introduits dans la région probablement comme animaux de compagnie à la fin du siècle dernier.
Une fois libérés dans les Everglades dans les années 70, ils se sont rapidement reproduits, n'ayant aucun prédateur pour les chasser, et sont devenus une menace pour cet écosystème humide si fragile.
Ces serpents s'alimentent d'autres reptiles, d'oiseaux et de mammifères comme les ratons-laveurs et les cerfs de Virginie.
"Ce sont des prédateurs incroyables", s'émerveille M. Galan.
Ceux des Everglades mesurent en moyenne entre 1,8 et 2,7 mètres de long, mais les débusquer dans la nuit dans cette zone de 607.000 hectares revient à chercher une aiguille dans une botte de foin.
Après deux nuits infructueuses, Enrique Galan repère grâce à son oeil exercé et sa patience une ombre sur le bas-côté de la route. En quelques secondes, il saute de sa camionnette, court et se jette sur l'animal, un bébé python.
Il attrape l'arrière de sa tête pour éviter les morsures et l'observe avec satisfaction avant de le mettre dans un sac de toile qu'il noue. Il le tuera plus tard avec un pistolet à air comprimé.
Quelques kilomètres plus loin, un énorme python glisse sur l'asphalte. Enrique Galan sort de nouveau en trombe de son véhicule mais cette fois le serpent lui échappe et disparaît dans l'herbe, laissant derrière lui une forte odeur musquée. Un mécanisme de défense.
- "En paix" -
M. Galan a suivi une brève formation en ligne avant de se lancer dans la traque de ces reptiles.
Mais il assure avoir tout appris grâce à Tom Rahill, 65 ans, dont l'association Swamp Apes aide les anciens combattants à lutter contre leurs souvenirs traumatiques grâce à... la chasse aux pythons.
Pendant plusieurs heures, Rahm Levinson, vétéran américain de la guerre en Irak, chasse des serpents aux côtés de Tom Rahill et Enrique Galan, parmi les seuls membres à n'être pas passés par l'armée.
"Cela m'aide à affronter beaucoup de choses à la maison", raconte M. Levinson, 41 ans, qui souffre de stress post-traumatique. "Je n'arrive pas à dormir, et avoir quelqu'un avec qui sortir à minuit ou deux heures du matin pour chasser des pythons est quelque chose de productif et bénéfique".
"Parfois, quand j'ai les jambes enfoncées jusqu'aux genoux dans le marais, je me sens en paix", abonde M. Galan.
Le chasseur est également fier de participer aux efforts qui ont permis d'éliminer plus de 17.000 pythons depuis 2000, tout en passant du temps dans la nature.
"Une des meilleures choses que j'en retire est la quantité de beauté qui m'entoure", assure-t-il. "Si vous regardez de près, que vous ouvrez les yeux et observez, vous verrez beaucoup de magie ici".
A.Malone--AMWN