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La qualité de l'eau en Bretagne, un sujet à dimension nationale
Un texte destiné à améliorer la qualité de l'eau en Bretagne et dans les Pays de la Loire, bloqué depuis des mois par la FNSEA, le syndicat agricole dominant, est devenu le symbole des tensions autour de la gestion de cette ressource vitale.
Une quarantaine d'associations (Eau et rivières de Bretagne, France nature environnement, Cancer colère, AgroBio), le syndicat agricole Confédération paysanne et des collectifs locaux, appellent à un rassemblement, dimanche à Rennes, "pour défendre l'eau, la santé et la démocratie". Environ 3.000 personnes avaient déjà manifesté en janvier.
Ils entendent protester contre le blocage de la révision du Schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) du bassin versant du fleuve Vilaine, qui recouvre six départements et compte 1,3 million d'habitants.
Cette révision, négociée depuis 2022, devait être adoptée en décembre dernier alors que la qualité de l'eau se dégrade.
Mais la FNSEA-JA l'a empêché en organisant une grosse manifestation en décembre 2025. Le syndicat agricole dominant refuse notamment l'interdiction d'herbicides pour maïs sur des parcelles à fort risque d'érosion situées dans une poignée d'aires de captage en eau potable, ce qui serait une première en France.
Les préfets de Bretagne et de Loire-Atlantique ont alors demandé plus de temps pour la concertation.
Quelques semaines plus tard, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait sur X un moratoire sur les questions de l'eau et un projet de loi d'urgence agricole reprenant certaines revendications de la FNSEA.
Avec le rassemblement dimanche, le collectif "veut montrer qu'il y a une résistance citoyenne" pour l'eau, "quand des lobbys font pression au niveau national", explique à l'AFP Emmanuelle Dereave d'AgroBio35, en visant "les vendeurs de produits phyto-sanitaires et le lobby de l'agro-industrie".
L'agricultrice bio souligne que le passage au désherbage mécanique sur les parcelles de maïs concernées se ferait sur plusieurs années, avec un accompagnement financier et que "les techniques sont très performantes et existent depuis longtemps".
Pour Michel Besnard, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest, "c'est absolument scandaleux qu'on continue d'épandre des pesticides là où on prélève l'eau", rappelant qu'ils peuvent être à l'origine de cancers comme celui de la prostate ou de maladies neuro-dégénératives comme Parkinson.
- Démocratie locale -
Contactée par l'AFP, la présidente pour la Bretagne de la FNSEA, Laetitia Bouvier, n'a pas souhaité s'exprimer.
Edwige Kerboriou, chargée de l'environnement et de l'eau à la chambre d'agriculture Bretagne où la FNSEA-JA est la première force syndicale, fait valoir que les agriculteurs "ont les solutions, ce sont eux qui préservent cette qualité de l'eau". "Il y a besoin d'assouplir la réglementation et je pense qu'il y a surtout besoin d'être raisonnable de part et d'autre", plaide-t-elle.
Le report de la révision du SAGE Vilaine "est une remise en cause de la démocratie locale", estime Michel Demolder, ancien maire communiste de Pont-Réan (Ille-et-Vilaine) et président de la commission locale de l'eau (CLE).
Ces commissions, qui élaborent les schémas d'aménagement et de gestion de l'eau, regroupent des représentants des collectivités territoriales, des usagers (agriculteurs, industriels etc), d'organisations professionnelles, d'associations et de l'Etat.
"On reconcentre les pouvoirs au niveau de l'État", regrette M. Demolder.
"Les accords les plus solides sont ceux négociés à l'échelle locale, dans le dialogue", abonde le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, auprès de l'AFP.
La démocratie locale de l'eau "ne peut pas être mise à l'arrêt au gré des crispations nationales", poursuit-il, appelant à reprendre le dialogue "rapidement, avec un cadre clair, des moyens à la hauteur et un calendrier réaliste".
La tendance pourrait être renforcée avec la loi d'urgence agricole en cours d'examen, via un article qui renforce la place des agriculteurs dans les instances de décisions sur l'eau.
"Le SAGE Vilaine est quand même une magnifique illustration: on a des usagers très différents, parfois très en opposition, qui se mettent d'accord pour interdire un herbicide d'ici 2029. Et avec cet article, on fait comme si ces concertations n'existaient pas", commente Sylvain Barone, spécialiste de l'eau à l'institut de recherche publique Inrae.
Quant au SAGE Vilaine, une prochaine réunion le 25 juin permettra de savoir où en est sa révision.
B.Finley--AMWN