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À Marseille, une "slow fashion week" pour une mode accessible et durable
Des défilés gratuits et colorés, ouverts à tous, avec des collections où les textiles de seconde main sont rois: à Marseille, la Slow Fashion Week imprime sa marque rebelle, populaire et durable sur la mode.
"Il y a un côté débrouille, récup', entraide et rencontre qui fonctionne bien ici", explique à l'AFP Marion Lopez, la cofondatrice de l'événement dont la seconde édition s'est déroulée cette semaine.
Cette professionnelle de la mode a travaillé 15 ans "entre Paris et les usines à l'étranger", et elle a vu "l'envers du décor".
De retour chez elle, dans le sud de la France, elle crée une école de "mode éco-responsable" en 2021. Avec une idée en tête: réutiliser l'existant pour créer. Charlotte Labigne, cofondatrice avec elle de la Slow Fashion Week, rappelle que "pour produire un jean en coton neuf, il faut 11.000 litres d'eau, donc nous on utilise énormément de la récupération de jean".
Cette "Fashion Week" marseillaise, bien loin des standards de Paris, Milan ou New York, affiche sa différence avec un recrutement inclusif de mannequins aux tailles et aux âges variés.
Pas de rythme effréné, "comme à Paris avec 12 défilés par jour", ni de stars venus du bout du monde. Ici les défilés, sur un ferry ou dans un entrepôt de tramway, commencent souvent en retard, les créateurs sont locaux et après les shows, le public s'invite à la fête.
Il peut aussi s'incruster dans les ateliers des créateurs comme celui de Juliette Moutte, qui fait visiter sa petite boutique/appentis du quartier bobo du Camas, où elle conçoit des bijoux métalliques, piquants comme du barbelé ou finement tissés comme des toiles d'araignée.
Sa seule matière première: de vieux bijoux, qu'elle va chiner. À partir de lourdes gourmettes d'homme "très marseillaises" en maille Figaro ou de chaînes "grains de café", déconstruites, mixées et retravaillées avec des pierres de verre recyclées, Juliette Moutte crée des pièces uniques, "chargées d'histoires".
"Ici l'upcycling ça a toujours existé, on fait du système D, on réemploie, on troque, on chine", ajoute-t-elle, "ça fait partie de la culture populaire".
- Des robes dans des draps -
Le réemploi, c'est aussi le maître-mot de la marque marseillaise "Engagés Engagées", qui crée ses blouses froncées, ses pantalons loose et ses robes à partir de textiles dont débordent les centres de tri locaux.
À l'image de la robe blanche à pois bleus que présente Julie Genevois, fondatrice de la marque, surfant sur un motif tendance. Ses pièces sont proposées entre 60 et 110 euros.
"Pour moi, on peut tout créer avec ce qui est déjà là", assure la jeune femme, qui privilégie des vêtements aux coupes intemporelles, afin "d'arrêter d'acheter sans cesse et toujours plus vite".
La créatrice propose des pièces jaune poussin, bleu ciel, et beaucoup de blanc très estival. "On a beaucoup de créations très solaires, c'est le Sud", remarque Marion Lopez.
Pour une grande partie des événements du festival, la mairie, "premier partenaire" de la Slow Fashion Week, selon Marion Lopez, a mis à disposition des musées, des places publiques et même la bibliothèque de l'Alcazar. Des lieux fréquentés par tous les Marseillais, un choix logique parce qu'"on habille les gens dans la rue, pour tous les jours".
Pour impliquer le public, des ateliers proposent de réfléchir à notre consommation de vêtement ou de créer ses propres pièces. Comme jeudi, dans un entrepôt Emmaüs, autour de fripes prêtes à être upcyclées. Janne Lourdais, 24 ans, découpe des morceaux de tissu pour décorer un tshirt basique. La jeune femme s'habille "100% seconde main", une question "d'éthique", et de moyens financiers. Elle constate que "ça s'étend à Marseille, je trouve que ça va bien avec la ville..."
L'industrie textile est l'une des plus polluantes au monde. Elle génère près de 10% des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales - soit davantage que les vols internationaux et le trafic maritime réunis - et consomme 4% de l'eau potable du monde.
L.Harper--AMWN