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Moins d'eau, plus de capteurs: des agriculteurs se convertissent au goutte-à-goutte connecté
Smartphone en main, au milieu des rangées d'amandiers, Jean-Pierre Jaubert inspecte ses vergers du plateau de Valensole, au coeur d'une Provence aride. Sur l'écran, défilent des données précises sur la croissance des arbres, leur état de santé et, surtout, leur hydratation.
La vague de chaleur attendue cette semaine en France ne va pas épargner ce vaste balcon agricole dominant la vallée de la Durance, pourtant habitué aux étés caniculaires.
Désormais équipés de capteurs connectés, les amandiers de Jean-Pierre Jaubert bénéficient d'un arrosage au goutte-à-goutte garantissant une irrigation optimale et de substantielles économies d'eau qui tranquillisent l'agriculteur confronté au réchauffement climatique.
"L'arbre, c'est un équilibre. Grâce à ces appareils, on le biberonne et lui donne tout juste ce dont il a besoin", explique le septuagénaire.
Voilà quatre ans qu'il a fait "le pari fou" d'équiper ses 52 hectares d'amandiers, parfois âgés de plusieurs dizaines d’années de ce système qui représente pas moins de 100 kilomètres de tuyaux et 200.000 euros d'investissement.
Le goutte-à-goutte agricole fait partie des préconisations des experts pour économiser une ressource sous tension.
"Des réticences existent encore car beaucoup d'agriculteurs ne veulent pas changer leurs habitudes, ont peur de casser les racines ou encore ne peuvent pas se permettre un tel investissement. Sans compter que certains doivent encore rentabiliser leur matériel d'arrosage existant", observe Jacques Barreau, agronome à la Société du Canal de Provence (SCP).
La SCP -société d’économie mixte garantissant l'accès à l'eau des communes, particuliers et professionnels des environs- accompagnent les agriculteurs dans cette "prise de risque".
- Ni trop, ni trop peu -
En plus du goutte-à-goutte, huit capteurs répartis sur deux parcelles équipent certains arbres de M. Jaubert.
Les "capteurs sol" mesurent l'humidité, la température et la quantité d'eau présente.
Plus innovant, le "capteur plante" suit la circulation de la sève et indique si la branche grossit au rythme attendu.
Les données sont ensuite récoltées par une station agro-météo alimentée par un panneau solaire puis traitées instantanément via une application capable d'automatiser l'arrosage ou guider l'agriculteur.
En ce mois de juin, Jean-Pierre Jaubert a ainsi opté pour un goutte-à-goutte de quatre heures toutes les 24 heures.
"C'est bien d'irriguer mais pas excessivement car sinon l'arbre produit trop de bois alors qu'on cherche des fruits de la meilleure qualité possible", prévient-il.
Avec son installation qu'il compte rentabiliser en 10 ans, il a réduit sa "consommation d'environ 30%, soit autant d'économies sur la facture d'eau", désormais de 45.000 euros annuels.
"Avant, on avait des asperseurs ou des canons, on sentait bien qu'on gaspillait de l'eau", se souvient-il. "On récolte aussi plus tôt alors que d'autres n'arrivent pas à bien réguler car ils mettent trop d'eau et dans ce cas l'amande ne s'ouvre pas".
Il produit désormais 50 tonnes d'amande "contre 25-30 auparavant" en raison des aléas climatiques, des pertes d'eau lors d'arrosages par temps venteux ou encore "des escargots qui bouchaient les jets".
- "Pas le choix" -
L'arrosage connecté a également convaincu Denis Vernet, jeune exploitant à la Gaec des Fabres sur la commune voisine de Montagnac-Montpezat (Alpes-de-Haute-Provence).
En 2014, il a planté sur cinq hectares 2.500 pistachiers, fruitier nécessitant peu d'eau.
"L'irrigation au goutte-à-goutte on ne connaissait pas, on a dû se former à la pratique et on a été accompagné par la SCP", explique l'ingénieur d'agronomie de 34 ans.
Dans la région, "chaque nouvelle plantation adaptée se fait désormais au goutte-à-goutte", assure l'agronome Jacques Barreau.
"Mais avec le changement climatique, le stress hydrique va augmenter. On n'a pas le choix que de préserver la ressource en eau", explique-t-il. Notamment dans l'agriculture qui consomme 11% de l'eau prélevée en France, selon le ministère de la Transition écologique.
En Provence-Alpes-Côte d'Azur, région exposée aux fortes chaleurs, 15 à 25% des exploitations irriguées utilisent désormais des outils connectés pour suivre et gérer à distance l'état hydrique des cultures contre 10 à 20% au niveau national, selon la SCP qui équipe plusieurs d'entre elles. Surtout en arboriculture et maraîchage, moins dans les filières labourées où le goutte-à-goutte reste difficile à installer.
Ch.Kahalev--AMWN