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Incendies: en Gironde, la course des pompiers contre "le feu qui décide"
Des panaches s'élèvent de la mer de pins. Au sol, dans cette parcelle de Marcheprime en Gironde, les casques métallisés des pompiers de Paris s'activent au pied des résineux pour noyer les flammes naissantes. "C'est intense, titanesque", décrit le chef de bataillon Florian Lointier.
Sur ce flanc sud-est de l'incendie qui sévit depuis mercredi en Gironde et a déjà ravagé au moins 42.000 hectares, un nouveau départ vient d'être détecté, entraînant l'intervention de militaires du détachement de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) dépêché la veille pour renforcer le millier de pompiers déjà engagés.
Leurs fourgons pompes s'engagent en marche arrière sur la piste sablonneuse non loin de l'autoroute A63 fermée à la circulation. Le moteur reste allumé en permanence pour pouvoir quitter les lieux rapidement.
Avec leurs lances tirées à travers les bruyères et ajoncs, ils pénètrent sur une vingtaine de mètres au milieu des pins, éteignent en quelques minutes les flammes de moins d'un mètre. Quand l'eau vient à manquer, ils tapent avec des pelles, parfois avec le pied, et ratissent.
Il n'est que 09h00 et la chaleur est déjà intense.
- "On court après le feu" -
Sur leur premier point d'intervention, les flammes partent plus en profondeur dans la forêt, devenant inaccessibles à leurs véhicules dédiés essentiellement aux interventions en milieu urbain. Des renforts spécialisés en feu de forêt sont immédiatement appelés, notamment pour les ravitailler.
"Je veux un 13.000" litres pour faire la permanence de l'eau et deux GIFF" groupe d'intervention de feu de forêt, ordonne à la radio un pompier du SDIS 33. Des pompiers des SDIS 13 et 31 arrivent en quelques minutes.
"On court après le feu", résume Florian Lointier dont l'unité participe entre autres à la sécurisation d'habitations et de points sensibles, comme dimanche matin une ferme photovoltaïque.
La BSPP ce matin-là est sur du "travail de lisière et de jalonnement", "pour traiter les fumeroles ou des feux (...) qui pourraient passer la route", explique le commandant Lointier.
Et s'il passe la route, "on peut également poursuivre, faire de légères manœuvres de jalonnement sans aller trop loin à l'intérieur du feu", dit-il.
Sur les quelques 1.200 sapeurs pompiers engagés, ceux des SDIS Landes et Gironde, en particulier, sont équipés en camions pénétrants avec lesquels ils peuvent se frayer un chemin parmi les pins pour suivre le feu.
- Feu "surpuissant" -
"Parfois on y va en véhicule urbain aussi, on n'a pas le choix. Le vent est tellement changeant que c'est le feu qui décide, nous on subit", glisse une femme pompier du SDIS 33.
Le front s'étire sur des dizaines de kilomètres et il s'avère compliqué de déplacer les moyens au sol au gré du vent, sous un ciel lourd et gris foncé par endroits.
"Sur ce feu-là, tout est compliqué", confirme Guillaume Millet du SDIS 33, entre sécheresse, végétaux éprouvés par les épisodes caniculaires et vents changeants.
"Quand il arrive en cime, le feu rentre dans une phase où il est surpuissant, où on ne peut clairement pas l'arrêter." Les avions et Canadairs vont juste "pouvoir baisser l'intensité".
"Il envoie de petites braises incandescentes au gré du vent" et peut "faire des sauts à plusieurs kilomètres de l'incendie". "Et c'est pour ça que souvent, on se retrouve avec le feu dans le dos alors qu'on est en train de combattre celui qu'on a en face de nous", note le pompier.
Deux heures après l'intervention de la BSPP en lisière, le vent se lève, une colonne de fumée noire s'élève, semble incontrôlable. Pour le contrer, un contre-feu est allumé, un mur de flammes qui en quelques minutes avale la végétation sur quelques mètres.
Mais à peine ce contre-feu éteint, de l'autre côté de la route où sont stationnés des dizaines de véhicules rouges, les lances crachent de l'eau: le feu est là et, quelques minutes après, sur le fossé d'en face.
L.Harper--AMWN