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"Nous avons fui pour sauver nos vies" : récits de rescapés de la catastrophe dans l'Himalaya
Des survivants de la crue meurtrière survenue à la frontière entre le Népal et la Chine ont couru pour échapper au mur de boue et d'eau qui a déferlé, d'autres ont été épargnés de peu, tous témoignent de la dévastation causée par la catastrophe.
Par hélicoptère, les équipes de secours ont extrait des rescapés le long de ces vallées de l'Himalaya, ravagées par l'amoncellement de débris et le flot d'eau, semblable à un tsunami, qu'a apparemment déclenché l'effondrement d'une partie d'un glacier.
Plus de 1.400 personnes étaient encore portées disparues vendredi — dont de nombreux touristes étrangers — et plus de 550 mortes.
Voici les témoignages de survivants recueillis par l'AFP :
- "Soudainement ensevelis": des pèlerins indiens -
Sivaranjani Muthunathan voyageait au Népal avec 56 autres pèlerins originaires de l'État du Tamil Nadu, dans le sud de l'Inde. Leur autobus s'est retrouvé bloqué dans ce qu'ils ont d'abord cru être un embouteillage.
"Tout s'était bien passé jusque-là (...) Et puis soudainement nous avons été pris dans une sorte de brouillard, de fumée, qui nous a comme ensevelis", raconte à l'AFP Muthunathan, 46 ans. Une vidéo filmée avec son téléphone montre un torrent furieux se ruant vers elle.
Des véhicules étaient emportés ou complètement submergés par la boue.
"Nous avons pu sortir du bus, passant un après l'autre par la porte", puis gravir les pentes alentours pour se mettre à l'abri, décrit-elle.
"Nous n'avions pas d'autre choix", confirme Vijayabhuvaneshwari, 53 ans. "Tous les véhicules devant ou derrière nous ont disparu", poursuit-elle. "Tandis que nous grimpions, nous entendions comme des explosions (...) des pierres et des rochers déboulaient."
Certains pèlerins peinant à monter, Poonguzhali Ponmambadan, 61 ans, a défait son sari et l'a donné à son mari. "Il s'en est servi comme harnais pour tirer plusieurs personnes âgées", dit-elle.
- "Plus de morts que de personnes secourues": des ouvriers de barrages -
Des ouvriers secourus sur les chantiers de barrages le long de la vallée de la Trishuli ont décrit la rapidité terrifiante de la catastrophe.
"Il y avait au moins 400 travailleurs sur le site", déclare à l'AFP Dev Shrestha, qui en a été évacué par hélicoptère. "Il y a eu plus de morts que de personnes secourues."
De son côté, Buddha Tamang, explique qu'il n'a survécu que parce qu'il se trouvait alors dans le tunnel d'un barrage, puis il a réussi à en sortir et à chercher de l'aide.
"J'ai survécu parce que j'étais dans le tunnel", estime cet ouvrier, évacué lui aussi par hélicoptère jeudi, après être resté isolé pendant plus de 24 heures.
"Les chefs, qui travaillaient de l'autre côté, ont tous été emportés."
Un autre, Arjun Kumar Tamang, évoque des "dégâts énormes" sur le site hydroélectrique où il se trouvait.
"Je ne sais pas combien de personnes sont mortes, mais la force de l'eau a tout balayé", dit-il.
- "Il ne restait plus que la rivière": des ingénieurs -
"J'étais à la centrale électrique. J'ai entendu un bruit fracassant. Il y a eu des infiltrations et on nous a dit de sortir", explique Ananay Sharma, ingénieur indien de 29 ans travaillant dans la région.
"Quand je suis sorti, tout avait disparu, il ne restait plus que la rivière", ajoute-t-il. "Un camp d'habitations a été complètement emporté, un autre subsiste, là où nous nous sommes réfugiés".
Gorakh Khatka, autre ingénieur qui se trouvait dans le quartier de Shanti Bazar, près de l'épicentre de la catastrophe, a couru pour sauver sa vie.
"Nous n'avons eu que 20 secondes pour réagir avant que la boue et l'eau atteignent six mètres de haut dans la zone inondée", se souvient-il.
"Nous avons fui pour sauver nos vies et avons passé plus de 48 heures sur une colline avant que l'aide arrive enfin."
L.Mason--AMWN