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Face au réchauffement climatique, Lille fait sortir les cours d'écoles de l'ère du bitume
Finies les cours de récréation entièrement bitumées, écrasées par le soleil: à Lille, après avoir végétalisé les cours d'école, la mairie a entrepris de perméabiliser leur sol, un travail de longue haleine pour lutter contre les îlots de chaleur urbains.
"C'est salissant mais c'est le jeu! Avant, c'était un four". Instituteur en maternelle à l'école Chateaubriand, Nicolas Sierra console un bambin qui vient de glisser dans l'herbe.
Cette école primaire fait partie des sept, sur les 79 de la ville, dont le sol a déjà été entièrement désimperméabilisé. Autour d'un cerisier préexistant cohabitent désormais des pavés drainants et des surfaces couvertes d'herbe ou de copeaux de bois.
L'infiltration des eaux pluviales dans le sous-sol, à travers les pavés en béton non-compact ou à base de coquillages, permet de renvoyer de la fraicheur en surface.
Selma, cinq ans, apprécie ce nouvel espace plus naturel: "j'aime bien regarder les coccinelles et les prendre dans ma main".
Dense et minérale, enchâssée dans une vaste métropole, Lille est l'une des villes françaises le plus touchées par le phénomène des îlots de chaleurs et entend faire des écoles des "îlots de fraicheur", débarrassés du bitume qui emmagasine la chaleur et la restitue même pendant la nuit.
"Après l'été 2018 particulièrement chaud, on a décidé de passer la vitesse supérieure", explique Charlotte Brun, adjointe chargée de l'Éducation. Neuf des 79 écoles étaient alors complètement dépourvues de verdure.
- "100% perméables" -
Après avoir végétalisé toutes les cours, la mairie, dirigée par la socialiste Martine Aubry - les écologistes sont dans l'opposition - a entrepris en 2021 de rendre les cours 100% perméables, au rythme de trois ou quatre par an.
Le projet, pilote, figure dans une liste de 10 retenus en France dans le cadre du programme européen Life ARTISAN pour étudier des solutions "fondées sur la nature" face au changement climatique.
Alors que d'autres villes, dont Paris depuis 2018, ont entrepris d'adapter leurs cours, la spécificité lilloise, insiste Mme Brun, tient aux sols 100% perméables, avec "un tiers au moins de surfaces en pleine terre".
"On est contents de voir que cela fonctionne, qu'une cour d'école peut être sans bitume et qu'on peut y faire du sport, y courir", souligne l'élue. Pour les écoles suivantes, la mairie envisage d'étendre encore la proportion de surfaces naturelles.
Pendant la canicule de juin, les enfants "pouvaient jouer, alors qu'avant, quand il faisait très chaud, on leur disait +vous ne courrez pas+", renchérit la directrice de l'école Chateaubriand, Amélie Deheeger.
Co-conçues avec le personnel et les enfants, les nouvelles cours doivent également favoriser les contacts avec la nature et encourager des jeux plus variés.
- "Verdir les rues" -
Les cours entièrement imperméabilisées, "c'est dépassé", résume Sidi Soilmi, directeur du "Bâti scolaire" au ministère de l'Éducation, qui a organisé une concertation en 2021 puis émis des recommandations sur l'aménagement de ces espaces.
"On est partis plutôt avec du retard" sur les pays voisins dans ce domaine, mais "on a bien refait notre retard depuis 2019", estime-t-il.
Début septembre, le syndicat d'enseignants FSU a appelé le gouvernement à donner "les moyens financiers pour que les collectivités territoriales investissent à la hauteur des enjeux" du réchauffement climatique.
A Lille, la transformation de trois écoles cet été a coûté 1,2 million d'euros.
Mais pour M. Soilmi, "l'enjeu est plutôt dans la lisibilité (des financements existants) que dans l'enveloppe globale". Le ministère étudie "comment on peut aider les communes à demander certaines subventions", explique-t-il.
Pour le chercheur Roland Pellenq, la débitumisation des cours d'école, si elle ne s'accompagne pas d'une réflexion plus large sur la ville, est toutefois "anecdotique pour l'effet îlots de chaleur".
Ce spécialiste de physique urbaine préconise "comme solution d'urgence de verdir les rues" et sur le long terme, d'introduire dans les villes "des hauteurs de bâtiments différenciées et du désordre dans leurs positions".
M.A.Colin--AMWN