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L'incinérateur de Toulouse est le plus polluant de France, selon une ONG
L'incinérateur de déchets de Toulouse est "de loin" le plus polluant de France quant à la quantité d'émissions d'oxydes d'azote, selon un rapport publié mercredi par l'ONG Zero Waste Toulouse, qui dénonce un "manque de volonté politique évident" pour réduire ces rejets.
En 2020, cet incinérateur a émis 322 tonnes d'oxyde d'azote (NOx), soit "autant que les trois plus gros incinérateurs français réunis", souligne la branche toulousaine de cette association de défense de l'environnement.
L'incinérateur de Toulouse, l'un des plus anciens de France encore en activité, est situé à proximité immédiate d'établissements scolaires et d'habitations, dans le quartier densément peuplé du Mirail.
Classé 8e plus gros incinérateur en France, il bat également des records de concentration moyenne de NOx, avec 156 mg/Nm3, loin devant celui de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), deuxième de ce classement avec 61 mg/Nm3.
La "découverte" de ces chiffres, issus de rapports officiels, a "été un choc", a déclaré à l'AFP l'administrateur de Zero Waste Toulouse, Thomas Guilpain.
En France, un arrêté de septembre 2002 fixe une valeur maximale de rejets atmosphériques des NOx à 200 mg/Nm3 en moyenne journalière pour les installations d'incinération.
Des mesures économiques ont été mises en place dès 2013 "afin d'inciter les exploitants d'installations d'incinération à aller au-delà de leurs simples obligations réglementaires", rappelle le rapport de l'ONG.
"Il y a eu des efforts dans la plupart des incinérateurs de France, et à Toulouse on est quasiment sur les mêmes niveaux qu'il y a 20 ans", déplore M. Guilpain.
Selon lui, "le problème n'est pas uniquement sanitaire", mais il concerne surtout "l'urgence à réduire massivement la quantité de déchets".
Ce que le rapport pointe, "c'est la preuve qu'il y a un manque de volonté politique (à Toulouse) de s'attaquer à cette production des déchets", ajoute-t-il.
Un avis partagé par le député de La France insoumise (LFI) de la 4e circonscription de Haute-Garonne, François Piquemal.
"A Toulouse, depuis plusieurs décennies, six ans mis à part, on a une politique de droite qui a toujours eu une vision court-termiste", accuse l'élu.
Il dénonce un "manque de planification archétypal sur toutes les questions écologiques".
Vincent Terrail-Novès, vice-président de Toulouse Métropole, a de son côté souligné que "réduire la production de déchets (...) est plus difficile à mettre en oeuvre dans les grandes métropoles comme Toulouse", qui compte environ 800.000 habitants, que dans de plus petites collectivités.
"Pour réduire les déchets, on a besoin de l'implication des habitants. Et à Toulouse, on fait beaucoup d'efforts pour avoir une lisibilité de la politique des déchets", dit M. Terrail-Novès, par ailleurs président de Decoset, syndicat mixte de quelque 150 communes de l'agglomération toulousaine en charge de la gestion de l'usine.
Il reconnaît des chiffres "plus élevés" que d'autres incinérateurs "neufs ou rénovés pour la plupart", mais relativise. "Environ 80% des oxydes d'azote sont produits par la circulation automobile, 7% par le résidentiel et nous, nous représentons 3%", affirme-t-il, citant des chiffres de l'organisme de surveillance de la qualité de l'air, ATMO Occitanie.
Il affirme toutefois que depuis 2022, Decoset a investi 46 millions d'euros pour réduire la quantité d'oxyde d'azote afin de descendre en-dessous du seuil de 150 mg/Nm3.
Mais étant donné que l'incinérateur, construit en 1969, arrive en fin de vie en 2030, le syndicat mixte a préféré lancer une concertation publique quant à l'avenir de l'installation, explique M. Terrail-Novès.
La concertation est prévue du 20 septembre au 27 novembre, avec trois options: l'arrêt de l'usine en 2030, sa rénovation ou sa reconstruction, sur place ou ailleurs.
P.M.Smith--AMWN