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A Damas, la vie au ralenti en raison de pénurie de carburants
Depuis une semaine, Ziad al-Ezz ne se rend plus à l'université: le transport en Syrie est devenu trop cher en raison d'une pénurie de carburants qui affecte tous les aspects de la vie des habitants de Damas.
Sa mère a décrété que la maison ne serait pas chauffée cet hiver, le mazout étant désormais trop onéreux, et qu'il faudrait se contenter d'accumuler les couvertures.
"A la maison il fait trop froid sans chauffage et, dans la rue, il n'est pas facile de trouver un moyen de transport", dit le jeune homme de 20 ans, qui étudie la littérature à l'Université de Damas.
L'économie syrienne a été laminée par plus d'une décennie de guerre, qui a fait un demi-million de morts, déplacé des millions de personnes et ravagé les infrastructures du pays morcelé.
La plupart des gisements d'hydrocarbures en Syrie se situent dans des zones échappant au contrôle du gouvernement. Selon Damas, les pénuries de carburant sont aussi dues aux sanctions occidentales sur les importations.
Ziad al-Ezz travaille à temps partiel comme livreur de repas à bicyclette, mais il habite dans une banlieue de la capitale trop éloignée de la Faculté de littérature pour s'y rendre à vélo. Les taxis sont devenus dispendieux, les bus publics se sont faits rares et bondés.
La crise s'est aggravée ces dernières semaines dans la capitale où le courant est sévèrement rationné, avec seulement deux heures d'électricité par jour.
Alors que l'hiver est rude à Damas, où les températures peuvent parfois avoisiner le zéro, les habitants rivalisent d'ingéniosité pour trouver des moyens de se chauffer, brûlant les coques de pistaches ou les résidus d'olives.
"Tout le monde ne pense qu'à trouver des moyens pour se chauffer pendant l'hiver. Comment pourrais-je me concentrer sur mes études dans cette situation?", demande Ziad.
- "Les clients nous courent après" -
La crise a poussé les autorités à prendre des mesures d'austérité, comme la réduction temporaire du temps de travail des fonctionnaires, à décréter une quatrième hausse des prix des carburants depuis le début de l'année et à contingenter la distribution du mazout et de l'essence.
Les taxis ne peuvent ainsi plus acheter de l'essence à prix subventionné qu'une fois par mois, contre une fois par semaine auparavant, ce qui force un grand nombre à recourir au marché noir et à augmenter drastiquement leurs tarifs.
Le prix du carburant au marché noir, auparavant à un dollar le litre, a doublé cet hiver, alors que le salaire moyen n'est plus que d'environ 21 dollars, compte tenu du taux de change de la livre syrienne au marché noir.
Selon des sites de surveillance des taux de change, la livre a récemment plongé sur le marché noir, s'échangeant à 6.010 livres pour un dollar, au lieu de 47 livres pour un dollar avant le conflit déclenché en 2011, entraînant une hausse des matières premières.
"L'essence (subventionnée) ne me permet de travailler que deux jours", affirme Bassam Zahraoui, un chauffeur de taxi de 39 ans, qui ne maraude plus dans les rues mais attend désormais d'être appelé.
"Avant, on faisait la chasse aux clients, maintenant, les clients nous courent après", dit-il.
A Damas, la circulation est devenue fluide, beaucoup d'automobilistes ayant renoncé à utiliser leur voiture.
Dans une boulangerie de la capitale, Abou Mohammad a dû se rabattre sur le bois pour continuer de faire fonctionner son four. "Cela fait des mois que la crise dure, mais je ne m'attendais pas à ne plus trouver un seul litre de mazout", souligne ce boulanger de 25 ans.
Il a choisi de réduire la taille de ses manakish, les traditionnelles galettes au thym ou au fromage, plutôt que d'augmenter ses prix.
Le président de l'association des pâtissiers Bassam Qalaaji a déclaré à la radio que la moitié des boulangeries privées de Damas avait cessé de fonctionner depuis une dizaine de jours en raison de la pénurie.
"C'est la crise la plus dure que nous ayons jamais connue et pourtant, nous en avons vécu beaucoup d'autres", déplore Abou Mohammad.
P.Stevenson--AMWN