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Après sa visite américaine, Zelensky a besoin de succès militaires pour consolider le soutien occidental
A Washington, Volodymyr Zelensky a fait provision d'images pour les livres d'histoire et de promesses. Mais c'est sur le champ de bataille que l'Ukraine pourra vraiment convaincre les Etats-Unis et l'Occident de continuer à la soutenir, selon des analystes.
Le bref déplacement mercredi du président ukrainien, qui n'avait pas quitté son pays depuis l'invasion russe en février, intervient "à l'un des moments les plus sombres, parce que le souvenir de la victoire de Kherson (ville du sud occupée par les Russes et reprise par l'armée ukrainienne en novembre, NDLR) s'éteint et que le coût de la guerre continue à augmenter", analyse Michael Horowitz, expert des questions de sécurité de la société Le Beck.
"Cette visite est destinée à donner espoir. Sous cet angle, Zelensky est un excellent communicant", souligne-t-il.
L'on retiendra en effet l'image de Joe Biden, costume bleu marine strict et cravates aux couleurs de l'Ukraine, la main sur l'épaule de Volodymyr Zelensky, en gros pull-over kaki et lourdes chaussures, tandis que les deux hommes marchent à l'ombre d'une colonnade de la Maison Blanche.
Ou celle du président ukrainien, acclamé par le Congrès américain, qui déplie un grand drapeau bleu et jaune rapporté du front.
Washington soutiendra Kiev "aussi longtemps qu'il le faudra", a répété plusieurs fois le président américain.
Volodymyr Zelensky, en chef de guerre, a promis que l'Ukraine "ne se rendrait jamais", et assuré que l'aider, ce n'est "pas de la charité, c'est un investissement dans la sécurité mondiale et la démocratie".
"On ne peut pas geler cette bataille ni la remettre à plus tard", a martelé le président ukrainien, qui bien souvent a semblé s'adresser surtout aux républicains.
Les conservateurs, qui vont prendre en janvier le contrôle partiel du Congrès, se sont déjà interrogés à voix haute sur le montant et sur la distribution de l'aide colossale que les Etats-Unis fournissant à l'Ukraine.
"Mais comme souvent, la communication n'est pas tout", souligne Michael Horowitz, faisant valoir qu'une question primordiale, celle de la fin que pourrait connaître le conflit, restait en suspens.
- "Dissiper la lassitude" -
"Pour moi, en tant que président, +une paix juste+ n'implique aucun compromis quant à la souveraineté, la liberté et l'intégrité territoriale de mon pays", a dit Volodymyr Zelensky.
Joe Biden, lui, s'est bien gardé d'avancer sa propre définition d'une "paix juste".
Le président américain répète qu'aucune décision concernant l'Ukraine ne se fera pas "sans l'Ukraine".
Mais il laisse persister un certain flou - là où le président français Emmanuel Macron fait des remous en dessinant déjà les contours d'une solution négociée devant, selon lui, prévoir des "garanties" de sécurité pour la Russie.
Pour Michael Horowitz, si l'Ukraine veut dissuader les Occidentaux de la forcer à négocier, "elle a besoin, plus que tout, de nouvelles victoires militaires. C'est le seul moyen de vraiment dissiper la lassitude" et d'obtenir plus d'aide. Sauf que, souligne l'expert, pour décrocher ces victoires, il faut justement ... plus d'aide.
Washington a annoncé mercredi un nouvel envoi d'armement et a répondu à l'une des grandes revendications de Kiev en y incluant un système perfectionné de missiles sol-air Patriot.
Mais les Etats-Unis se refusent, pour l'instant, à fournir des équipements plus lourds, notamment des missiles à longue portée.
"Nous ne sommes pas en 1944 ou en 1945", au moment où la défaite de l'Allemagne nazie devenait inéluctable, rappelle Mykola Bielieskov, de l'Institut national de recherche stratégique ukrainien.
La situation actuelle "ressemble plus à 1942 ou au début de 1943. Le chemin est encore long jusqu'à un triomphe final" sur la Russie, ajoute-t-il.
"Pour les prochains mois, l'Ukraine est en bonne posture en termes de soutien financier à la fois des Etats-Unis et des Européens", juge Luke Coffey, de l'Institut Hudson.
L'expert s'attend à ce que l'armée ukrainienne passe cet hiver à l'offensive pour reprendre aux Russes la ville de Melitopol, dans le sud-est, pour relancer la solidarité occidentale.
"Il faut toutefois commencer à penser cette guerre en termes d'années, non de mois. Et il faut se préparer en conséquence", avertit-il.
P.Martin--AMWN