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Tanzanie: 1er meeting de l'opposition depuis la fin de l'interdiction des rassemblements politiques
Le principal parti d'opposition en Tanzanie a tenu samedi son premier meeting depuis que l'interdiction des rassemblements politiques, décrétée en 2016, a été levée, faisant naître l'espoir de plus de libertés dans le pays d'Afrique de l'Est.
"Dieu merci, le jour est venu où nous parlons avec nos concitoyens tanzaniens dans le cadre de ce rassemblement public", a dit Freeman Mbowe, le président de ce parti, Chadema, à ses partisans.
Des milliers de partisans de Chadema se sont rassemblés dans la ville de Mwanza (nord), au bord du lac Victoria, nombre d'entre eux portant les couleurs bleu, rouge et blanc du parti.
Ils en ont scandé le slogan et ont entonné des chants à la gloire de leurs dirigeants, tandis qu'une poignée de policiers veillaient sur le site.
"Nous nous sommes tus pendant presque sept ans mais enfin, nos droits sont rétablis et nous sommes prêts à aller de l'avant", a lancé une habitante de Mwanza, Mary Dismas.
- Ombres et ouvertures -
La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan avait annoncé début janvier la levée de l'interdiction des meetings, qui frappait l'opposition depuis 2016.
Cette interdiction avait été décidée par son prédécessseur John Magufuli, surnommé "le bulldozer" pour son style brutal et intransigeant.
Samia Suluhu Hassan, arrivée au pouvoir après le décès soudain de John Magufuli en mars 2021, cherche à rompre avec certaines pratiques de son prédécesseur, une évolution saluée avec prudence par l'opposition et les ONG de défense des droits humains.
M. Magufuli avait interdit les rassemblements politiques à son entrée en fonction, déclarant qu'il était temps de travailler, et non de faire de la politique.
Ses opposants l'ont accusé d'avoir appliqué l'interdiction à la seule opposition. Le parti au pouvoir était libre de se rassembler, alors que les meetings rivaux étaient violemment dispersés par la police et leurs organisateurs emprisonnés.
L'arrivée au pouvoir de Mme Hassan avait tout de suite créé l'optimisme. La première femme élue présidente en Tanzanie avait tendu la main à ses rivaux, rouvert des médias interdits et était revenue sur des politiques controversées de M. Magufuli.
Mais sa présidence a aussi connu sa part d'ombre lorsque le président de Chadema, Freeman Mbowe, ainsi que plusieurs autres dirigeants du parti, avaient été arrêtés en juillet 2021, quelques heures avant qu'ils n'organisent un débat public pour demander des réformes constitutionnelles.
M. Mbowe a ainsi passé sept mois en prison pour des accusations de "terrorisme", après avoir été arrêté à Mwanza, la ville où s'est tenu le rassemblement de samedi.
La présidente Hassan, elle-même confrontée à une opposition interne au sein de son parti Chama Cha Mapinduzi, a toutefois donné d'autres gages d'ouverture: début 2022, elle avait rencontré à Bruxelles le vice-président de Chadema, Tundu Lissu, candidat à la présidentielle en 2020 au nom de son parti mais qui vit en exil en Belgique après avoir réchappé d'un attentat en 2017.
M. Lissu a annoncé la semaine dernière qu'il rentrerait en Tanzanie le 25 janvier, assurant que 2023 serait "une année importante dans l'histoire" du pays.
- "Conversation de réconciliation" -
Freeman Mbowe s'est lui aussi montré optimiste. "Notre conversation de réconciliation avec la présidente a porté ses fruits car même la police qui m'a arrêté à Mwanza veille aujourd'hui sur notre rassemblement", a-t-il déclaré, en exhortant ses partisans à applaudir les membres des forces de l'ordre "pour leur bon travail".
Le dirigeant de 61 ans a rappelé que les revendications pour une nouvelle constitution et un corps électoral indépendant restaient des priorités du parti. Les précédentes tentatives de modification de la loi fondamentale ont échoué en 2014, l'opposition se heurtant au refus du gouvernement.
Selon les dirigeants de Chadema, une série de rassemblements sont déjà prévus pour consulter la base du parti.
"Nous allons organiser autant de meetings que possible, pour atteindre toutes les circonscriptions et villages du pays", a expliqué Sharifa Suleiman, présidente en exercice de la branche féminine de Chadema. "C'est le moment pour nous de déblayer le terrain pour les élections de 2025".
Un autre dirigeant, Hashim Juma Issa, a estimé que Chadema ouvrait "une nouvelle page", tout en célébrant son 30e anniversaire.
Y.Nakamura--AMWN