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Bola Tinubu, le "parrain" qui se rêve président du Nigeria
"Le parrain", "le faiseur de roi", "le boss": les surnoms ne manquent pas pour désigner Bola Ahmed Tinubu, candidat du parti au pouvoir aussi influent que controversé, parmi les favoris à l'élection présidentielle au Nigeria.
"Je suis très confiant dans le fait que je suis le favori de cette élection libre et honnête. C'est pourquoi je subis beaucoup d'attaques", a déclaré M. Tinubu dans une interview récente.
Il y a quelques mois encore, son influence en faisait effectivement le favori. Mais ces dernières semaines ont rebattu les cartes, notamment en raison de pénuries d'essence et de billets de banque qui empoisonnent la vie des Nigérians et alimentent le ressentiment contre le parti au pouvoir.
Certains dans son camp accusent même la présidence de vouloir empêcher le "parrain" d'être élu.
"Emi Lokan. C'est mon tour", n'a-t-il cessé de marteler pendant la campagne. Quitte à irriter par ce slogan une partie de l'opinion qui y voit une convoitise affichée du pouvoir.
Ce richissime musulman de 70 ans, ardent défenseur de la démocratie en exil pendant la dictature militaire des années 1990, a gravi tous les échelons politiques, une ascension jalonnée d'accusations de corruption, sans aucune condamnation.
Ancien sénateur puis gouverneur de Lagos (1999-2007), poumon économique du pays le plus peuplé d'Afrique, l'un des leaders historiques du parti au pouvoir veut désormais réaliser "l'ambition de toute une vie".
- "A court d'idées" -
Sous son chapeau traditionnel yorouba, cet homme de l'ombre a gardé une influence considérable dans sa région natale du sud-ouest.
Fin stratège, il a toujours été perçu comme l'homme derrière toutes les nominations politiques dans son fief alors que le clientélisme reste omniprésent au Nigeria, jusqu'à se vanter d'avoir fait élire le président sortant Muhammadu Buhari.
Pour beaucoup au Nigeria, l'influence du chef historique du Congrès des progressistes (APC) a propulsé M. Buhari à la tête de l'Etat en 2015 et lui a permis de se faire réélire en 2019.
Mais, en tant que candidat de l'APC, Bola Tinubu est fragilisé par le bilan jugé décevant des deux mandats du président Buhari.
Ses critiques lui reprochent de n'avoir pas su enrayer les violences généralisées des groupes jihadistes, criminels et séparatistes. Sans même évoquer les quelque 130 millions de Nigérians qui souffrent de "pauvreté multidimensionnelle".
Le "parrain" assure que ses priorités sont la sécurité et la reprise économique, avec notamment la fin des subventions du carburant, sujet très sensible au Nigeria.
Il met pour cela en avant ses succès à Lagos, s'attribuant la transformation spectaculaire de la capitale économique durant ses deux mandats, marqués par l'afflux de capitaux étrangers.
- "Je serai président d'abord" -
Mais M. Tinubu peine à se détacher du président sortant, assurant être "différent", tout en affirmant "être son ami", lui "qui a fait de son mieux" à la tête de l'Etat.
De quoi alimenter son image d'homme "appartenant à une vieille classe politique à court d'idées, présent depuis trop longtemps sur la scène politique, ce qui est vu comme une faute", explique Udo Jude Ilo, de l'Open Society Initiative for West Africa (Osiwa).
Surtout après la répression sanglante d'un mouvement contre les violences policières en octobre 2020 qui a révélé le fossé entre une jeunesse avide de changement et une élite septuagénaire.
Dans un pays où l'état de santé des candidats constitue un sujet très sensible, l'opposition affirme que Bola Tinubu, qui a souffert à plusieurs reprises de tremblements en public, souffre de la maladie de Parkinson. L'intéressé réfute, notamment à coups de vidéos de lui moulinant sur un vélo d'appartement ou en train de danser.
Et quand M. Tinubu s'adresse à la jeunesse, il lance: "Vous aussi vous vieillirez, vous deviendrez président mais je serai président d'abord".
La fortune du "Boss" - dont la source et le montant exact sont inconnus - fait beaucoup parler: il est considéré comme l'un des hommes les plus riches du pays, ayant des parts dans de nombreuses entreprises, des médias à l'aviation, en passant par l'hôtellerie et l'immobilier.
Quand un journaliste évoque les accusations de corruption, Bola Tinubu les balaie d'un revers de main: "Ce n'est que de la jalousie !".
O.Johnson--AMWN