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Bolsonaro rentre au Brésil pour la première fois depuis sa défaite électorale
Après un séjour de trois mois aux Etats-Unis, Jair Bolsonaro est rentré tôt jeudi au Brésil pour la première fois depuis sa défaite à la présidentielle contre Lula, décidé à jouer un rôle politique important.
L'ex-président d'extrême droite, objet d'une longue série d'enquêtes, s'expose à des poursuites judiciaires avec une éventuelle inéligibilité et un possible emprisonnement, tout en compliquant la donne politique pour son successeur de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva.
Bolsonaro, chef de l'Etat de 2019 à 2022, est arrivé à l'aéroport international de Brasilia peu avant 07H00 (10H00 GMT), à bord d'un vol commercial en provenance d'Orlando, en Floride.
Quelque 200 sympathisants l'attendaient, portant tous des drapeaux du Brésil autour de leurs épaules et chantant, au milieu d'un inhabituel déploiement policier, a constaté une journaliste de l'AFP.
Mais Bolsonaro est sorti de l'aéroport sans s'adresser à eux. CNN Brasil a diffusé des images d'un cortège de véhicules quittant l'aéroport.
"On attendait ce moment depuis longtemps", a déclaré à l'AFP-TV à l'aéroport Eva Malgaço, employée d'un salon d'esthétique. "Il avait besoin de ce moment pour lui, d'être loin. En tant que patriote, j'ai appouvé son départ", a-t-elle ajouté.
Bolsonaro avait quitté le Brésil le 30 décembre, avant même la fin de son mandat, boycottant la cérémonie d'investiture de Lula le 1er janvier.
"Je vais participer (à la vie politique) de mon parti, en apportant mon expérience", a-t-il dit mercredi soir à la chaîne CNN Brasil à l'aéroport d'Orlando.
A 68 ans et après une défaite de moins de deux millions de voix qui l'avait plongé dans le mutisme, voire la dépression, Bolsonaro avait déclaré la semaine dernière son intention de "parcourir le pays", et "de faire de la politique" pour défendre les valeurs ultra-conservatrices au Brésil.
Ce retour est accueilli avec nervosité à Brasilia où la Police militaire se tenait prête à fermer rapidement l'accès à l'esplanade des Trois-pouvoirs, au coeur de la capitale, comme à l'aéroport, en cas de débordements.
Les supporters de Bolsonaro avaient été appelés sur les réseaux sociaux à l'accueillir nombreux. Le député du PL Gustavo Gayer a ainsi appelé à "un soutien solide" pour "ouvrir la voie d'un retour de Bolsonaro à la présidence".
- Mauvaise séquence pour Lula -
Sur le plan politique, "Lula va devoir maintenant gouverner avec une opposition organisée, cela pourrait faire une grande différence", avançait pour l'AFP Jairo Nicolau, politiste à la Fondation Getulio Vargas (FGV).
Dès son arrivée, Bolsonaro devait se rendre dans les locaux du PL, sous escorte de véhicules de la Police militaire, comme tout ex-président. Il doit y être accueilli par Valdemar Costa Netto, le chef de ce parti sous les couleurs duquel il s'était présenté à la présidentielle, et par des députés, sénateurs alliés et ex-ministres.
Le Parti Libéral, qui a confirmé à l'AFP que Bolsonaro, en devenant son président d'honneur, allait recevoir des émoluments mensuels de près de 7.000 euros, a fait une grande publicité autour de l'arrivée de l'ex-chef d'Etat.
Le retour au Brésil de Bolsonaro intervient alors que le président Lula traverse une séquence dificile, moins de trois mois après son entrée en fonction.
Après avoir contracté une pneumonie, il a dû reporter cette semaine une visite d'Etat en Chine sur laquelle comptaient ses conseillers pour redorer son blason à la suite de diverses polémiques et déclarations intempestives.
Après les locaux du PL, Bolsonaro doit se rendre dans sa future résidence, dans un complexe résidentiel très protégé du quartier de Jardim Botanico à Brasilia, avec son épouse Michelle.
Cette fervente évangélique de 41 ans seulement vient de prendre la tête de la branche des femmes du PL et pourrait éventuellement briguer la présidence en 2026.
- Ennuis judiciaires-
Bolsonaro rentre en pleine polémique sur des bijoux de luxe, d'une valeur d'au moins trois millions d'euros, reçus d'Arabie saoudite qu'il aurait fait entrer illégalement au Brésil. Il a été convoqué par la police dès le 5 avril pour une déposition.
Mais il est aussi dans le collimateur de la justice pour plusieurs affaires et a perdu son immunité.
Bolsonaro est notamment sous le coup de cinq enquêtes à la Cour suprême dans des affaires qui pourraient lui valoir des peines de réclusion.
La plus récente porte sur son rôle dans les émeutes du 8 janvier contre les lieux du pouvoir à Brasilia, saccagés par des milliers de ses partisans.
Les quatre autres portent sur des délits présumés durant son mandat: désinformation sur le système d'urnes électroniques ou sur le Covid.
Jair Bolsonaro est également sous le coup de pas moins de 16 enquêtes au Tribunal supérieur électoral (TSE).
Il pourrait être condamné à huit ans d'inéligibilité, ce qui l'empêcherait de se présenter à la présidentielle de 2026.
Y.Kobayashi--AMWN