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Royaume-Uni: la démission surprise de Boris Johnson souligne la division des conservateurs
La démission coup d'éclat de Boris Johnson du Parlement britannique souligne les profondes divisions au sein du parti conservateur à un an des élections législatives et de nombreux commentateurs doutent samedi d'une véritable retraite politique de l'ancien Premier ministre.
L'ex-dirigeant de 58 ans, chassé de Downing Street par sa majorité en juillet dernier, a remis vendredi soir son mandat de député. Deux de ses alliés ont également démissionné du Parlement vendredi et samedi.
Dans un long communiqué publié vendredi soir, il invoque l'enquête parlementaire sur le "partygate", les fêtes tenues à Downing Street en violation des restrictions liées au Covid-19. Il se dit victime d'une "chasse aux sorcières" et étrille son successeur, Rishi Sunak.
Boris Johnson était sous le coup d'une enquête parlementaire chargée de déterminer s'il a menti au Parlement en affirmant à plusieurs reprises que toutes les restrictions sanitaires avaient été respectées lors de ces fêtes.
La procédure, menée par la commission des privilèges, était en train de finir ses travaux et venait selon la presse britannique de remettre ses conclusions à l'ancien dirigeant. Celui-ci semble donc avoir devancé la suspension qu'il risquait de se voir infliger.
Mais malgré sa démission, l'ex-dirigeant, aussi charismatique que controversé, va continuer de hanter la vie politique, estiment samedi médias et commentateurs. Il a d'ailleurs écrit qu'il quittait le Parlement, sans manquer de préciser: "du moins pour l'instant".
Boris Johnson "a peut-être démissionné de son poste de député, mais il a clairement indiqué qu'il ne considérait pas cela comme la fin de sa carrière politique", met en avant le Times. Il n'a "pas l'intention de rester silencieux", affirme le journal. "Même si Johnson n'a pas la possibilité de faire un retour politique dans l'immédiat, cela ne le rend pas moins dangereux pour son successeur".
"Il est peu probable que Boris Johnson disparaisse dans l'obscurité", analyse la BBC. "Boris Johnson se retrouve exactement là où il aime être : au centre de l'attention, les spectateurs se demandant ce qu'il va bien pouvoir faire ensuite". Pour la BBC, "le fantôme de Boris Johnson hante Rishi Sunak", or "c'est la dernière chose dont le Premier ministre a besoin".
- Elections à haut risque -
Rishi Sunak, qui depuis son arrivée à la tête du gouvernement en octobre essaie de rétablir une stabilité politique, est resté silencieux après le départ de Boris Johnson.
Cette démission aggrave sérieusement les difficultés du Premier ministre à un an des élections législatives. Après 13 ans au pouvoir, les conservateurs sont au plus bas dans les sondages et début mai, les "Tories" ont déjà subi des pertes importantes lors d'élections locales.
Le départ de Boris Johnson déclenche automatiquement une élection partielle dans sa circonscription au nord-ouest de Londres, où il avait une faible majorité.
Samedi après-midi, un de ses alliés, le député conservateur Nigel Adams a annoncé à son tour sa démission "avec effet immédiat". La veille, quelques heures avant Boris Johnson, une de ses proches, son ancienne ministre de la Culture, Nadine Dorries, avait déjà annoncé son départ.
Il y aura donc des élections locales à haut risque dans trois circonscriptions, ou plus si les démissions des alliés de Boris Johnson se poursuivent.
"Avec une série de défaites - car on voit mal comment il pourrait remporter l'une de ces élections partielles - l'autorité de Sunak en tant que Premier ministre va s'évaporer", juge le quotidien Daily Express, qui évoque une "guerre" au sein du parti conservateur.
Dans son communiqué, Boris Johnson s'en est d'ailleurs violemment pris au gouvernement de Rishi Sunak.
"Lorsque j'ai quitté mes fonctions l'année dernière, le gouvernement n'avait qu'une poignée de points de retard dans les sondages. Cet écart s'est aujourd'hui considérablement creusé", écrit-il.
"Notre parti doit de toute urgence retrouver son élan et sa foi en ce que ce pays peut faire".
L'opposition travailliste a accusé Boris Johnson d'être un "lâche" en démissionnant, plutôt qu'affronter la décision de la commission des privilèges. "Il aurait pu se défendre (...) et combattre la suspension, mais il a décidé de ne pas le faire parce qu'il sait qu'il est dans l'erreur", a dit la travailliste Angela Rayner sur la BBC.
P.Mathewson--AMWN