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Pas de répit au Soudan, après deux mois de combats
Après deux mois de combats meurtriers, le conflit au Soudan a connu une escalade avec le meurtre d'un gouverneur dans la région du Darfour, où les témoignages sur des violences de grande ampleur contre les civils se multiplient.
Les affrontements ont éclaté le 15 avril dans ce pays d'Afrique de l'Est, l'un des plus pauvres du monde, entre l'armée, commandée par le général Abdel Fattah al-Burhane, et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), du général Mohamed Hamdane Daglo.
"Même en imaginant le pire, nous ne pensions pas que cette guerre durerait si longtemps", a confié jeudi à l'AFP Mohamad al-Hassan Othman, un habitant du sud de Khartoum qui a fui.
"Nous ne savons pas si nous rentrerons chez nous ou si nous devrons commencer une nouvelle vie", ajoute-t-il.
Les combats se sont jusqu'à présent essentiellement concentrés à Khartoum et au Darfour, une vaste région frontalière du Tchad, déjà meurtrie par une guerre civile dans les années 2000.
- "Plus rien" -
Le chef de l'armée a accusé jeudi les FSR d'avoir capturé et tué le gouverneur de l'Etat du Darfour-Ouest, Khamis Abdullah Abakar, après qu'il a donné un entretien par téléphone à une télévision saoudienne mercredi, où il critiquait les paramilitaires.
Les FSR ont nié être responsables de cet "assassinat" mais selon l'ONU, "des récits convaincants de témoins attribuent cet acte aux milices arabes et aux FSR".
Jeudi, Washington a dénoncé les "atrocités" commises au Darfour-Ouest et jugé "crédibles" des informations faisant état de violations des droits humains par les paramilitaires, notamment des "viols et d'autres formes de violences sexuelles".
En deux mois, aucun scénario de retour à la paix ne se dessine. A Khartoum, des quartiers entiers n'ont plus d'eau potable. L'électricité fonctionne quelques heures par semaine et la plupart des hôpitaux dans les zones de combat sont hors d'usage.
Les violences ont fait plus de 2.000 morts, selon le dernier bilan de l'ONG ACLED.
Plus de 2,2 millions de personnes ont fui, dont plus d'un million ont quitté Khartoum, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), tandis que plus de 528.000 réfugiés sont arrivés dans les pays voisins.
Pendant plusieurs semaines, l'Arabie saoudite et les Etats-Unis ont servi de médiateurs à des négociations en vue d'un cessez-le-feu.
Mais les nombreuses trêves annoncées n'ont quasiment jamais été respectées, empêchant l'aide humanitaire de parvenir aux millions de civils désespérés.
Dans une nouvelle tentative de médiation, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) avait annoncé lundi que le Kenya allait présider un quatuor comprenant l'Ethiopie, la Somalie et le Soudan du Sud.
Le lendemain, le ministère soudanais des Affaires étrangères avait exigé le retour à la tête du comité du président sud-soudanais Salva Kiir, affirmant jeudi que le gouvernement kenyan avait "adopté les positions de la milice FSR" et "lui avait proposé diverses formes de soutien".
Près de la moitié de la population, soit 25 millions des 45 millions d'habitants du Soudan, dépend désormais de l'aide humanitaire pour survivre, selon l'ONU.
- "Massacres" -
"De nombreux déplacés arrivant de la capitale ont perdu non seulement tous leurs biens et leur maison, mais aussi des membres de leur famille pendant les combats à Khartoum", raconte Anja Wolz, une coordinatrice de Médecins sans Frontières.
L'organisation a parlé jeudi d'une "augmentation préoccupante" des habitants fuyant la capitale.
Selon l'ONU, l'aide humanitaire est parvenue jusqu'à 1,8 million de personnes, soit une fraction de ceux qui en ont besoin.
Une conférence internationale sur l'aide au Soudan parrainée par Ryad est prévue le 19 juin à Genève.
"Le Darfour se dirige rapidement vers un désastre humanitaire", a alerté jeudi le responsable de l'ONU pour les affaires humanitaires, Martin Griffiths.
"Le monde ne peut permettre que cela se produise. Pas une nouvelle fois", a-t-il déclaré dans un communiqué, alors que cette région a été le théâtre au début des années 2000 d'une guerre qui a fait environ 300.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés.
Le chef de la mission de l'ONU au Soudan, Volker Perthes, avait estimé mardi que les violences au Darfour pourraient constituer des "crimes contre l'humanité".
"Les attaques de grande ampleur contre les civils, basées sur leurs origines ethniques, qui seraient commises par des milices arabes et par des hommes armés en uniformes des FSR, sont très inquiétantes", a-t-il expliqué.
Les avocats du Darfour ont décrit "des massacres et un nettoyage ethnique" à El-Geneina, la capitale du Darfour-Ouest, commis par "des milices transfrontalières soutenues par les FSR".
Au début des années 2000, le général Daglo, à la tête des miliciens arabes Janjawid, avait mené la politique de la terre brûlée contre des minorités ethniques au Darfour sur ordre du dictateur d'alors, Omar el-Béchir.
La guerre y a fait environ 300.000 morts et près de 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU. Les Janjawid ont officiellement donné naissance en 2013 aux FSR.
O.Johnson--AMWN