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Contrats et tapis rouge pour le Premier ministre indien Modi à Washington
Le Premier ministre indien Narendra Modi a été reçu avec faste jeudi par le président Joe Biden à la Maison Blanche, consacrant la volonté des Etats-Unis de soigner les relations avec ce partenaire stratégique.
Plusieurs milliers de membres de la communauté indienne aux Etats-Unis, certains en habit traditionnel, l'ont accueilli sous une légère pluie aux cris de "Modi, Modi" et brandissant de petits drapeaux indiens et américains.
La visite d'Etat du Premier ministre indien doit déboucher sur de gros contrats dans la défense et l'industrie notamment.
M. Modi a été accueilli par le président américain avec les honneurs militaires, avant un entretien dans le Bureau ovale.
"Je pense depuis longtemps que la relation entre les Etats-Unis et l'Inde sera l'une des relations les plus marquantes du 21e siècle", a affirmé M. Biden dans de brefs propos liminaires, insistant également devant le dirigeant indien sur les valeurs de la "liberté d'expression et du pluralisme religieux".
Narendra Modi est accusé par nombre d'associations d'alimenter les persécutions contre la minorité musulmane au Cachemire, et de faire pression tant sur la presse que sur l'opposition politique.
Comme en écho, M. Modi a souligné que "les sociétés et institutions des Etats-Unis comme de l'Inde sont fondées sur les valeurs démocratiques", ajoutant que les deux pays tiraient "fierté de leur diversité".
Les deux dirigeants, qui publieront un communiqué commun, s'adresseront ensuite à la presse et répondront à ses questions, un événement rare pour le chef de gouvernement nationaliste hindou.
Narendra Modi doit ensuite s'adresser au Congrès, avant un élégant dîner de gala sur les pelouses de la Maison Blanche autour d'un menu qui, en son honneur, sera végétarien et inspiré de la cuisine indienne.
La visite n'est pas du goût de tous: des parlementaires démocrates, pourtant alliés du président, ont annoncé leur intention de boycotter le discours du dirigeant indien au Congrès, mettant en cause le respect des droits humains et de la liberté de religion en Inde.
Mondanités mises à part, l'annonce la plus forte jeudi portera sur la fabrication future en Inde de moteurs F-414 pour avions de chasse par le conglomérat General Electric, a indiqué une haute responsable américaine lors d'un entretien avec des journalistes.
- "Pionnière" -
Cette même source, qui a requis l'anonymat, a estimé qu'il s'agissait d'une "initiative pionnière", synonyme d'importants transferts de technologie américaine.
La même haute responsable a indiqué par ailleurs que l'Inde "s'engageait à acquérir des drones" de combat américains et a ajouté, sans donner de détails: "Nous en sommes absolument ravis."
Joe Biden ne peut en effet que se réjouir de voir l'Inde diversifier ses équipements de défense, elle qui est historiquement très dépendante de la Russie en la matière.
Narendra Modi pourra lui faire valoir qu'il renforce le tissu industriel indien grâce à l'annonce de General Electric, mais aussi grâce à l'initiative d'une autre grande entreprise américaine, cette fois dans le domaine des semi-conducteurs.
Le groupe américain Micron, poids lourd de la fabrication de ces composants informatiques indispensables, va en effet, selon un autre haut responsable américain, annoncer un investissement de plus de 800 millions de dollars dans une usine en Inde.
Le haut responsable a indiqué qu'il s'agissait pour les Etats-Unis et l'Inde de construire un "écosystème de semi-conducteurs qui permette de diversifier les chaînes d'approvisionnement", dont la pandémie de Covid-19 a montré à quel point elles pouvaient être fragiles.
Joe Biden et Narendra Modi, dont c'est la première visite d'Etat aux Etats-Unis, vont aussi, toujours selon de hauts responsables de la Maison Blanche, annoncer des initiatives communes dans l'exploration spatiale et les métaux stratégiques, ainsi que des partenariats en matière maritime et des ouvertures de consulats.
- Démocratie -
La réception en grande pompe du Premier ministre indien illustre la volonté des Etats-Unis d'approfondir le partenariat avec le pays le plus peuplé du monde.
Joe Biden veut croire que les ambitions de la Chine, qui inquiètent New Delhi et que Washington se fait fort de contrer, vont convaincre l'Inde de faire contre-poids en se tournant davantage vers l'Amérique. Et cela même si ce pays historiquement non-aligné ne deviendra sans doute jamais un allié pur et dur, au même titre par exemple que les pays occidentaux membres de l'Otan.
Pour resserrer la relation bilatérale, le démocrate de 80 ans, qui a promis d'articuler sa politique étrangère autour de la défense de la démocratie, devrait éviter d'aborder trop frontalement avec le Premier ministre indien la question des droits humains et des libertés.
Le président américain "approche ces débats et ces sujets (autour de la démocratie) avec une certaine dose d'humilité", a dit un haut responsable de la Maison Blanche, faisant valoir que les Etats-Unis avaient leurs "propres problèmes" en la matière.
Joe Biden "cherche à avoir un dialogue basé sur nos défis communs (...) plutôt que de faire la leçon ou de réprimander", a-t-il déclaré.
J.Oliveira--AMWN