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L'ami de Poutine, Serguei Choïgou, menacé par la révolte de Wagner
Vladimir Poutine et Sergueï Choïgou ont pris ensemble des bains de soleil, torse nu dans la Sibérie lointaine, partagé des parties de pêche et joué dans la même équipe de hockey sur glace.
Le ministre russe de la Défense a longtemps été considéré non seulement comme un allié politique du président, mais aussi comme l'un de ses rares amis au sein de l'élite russe.
Toutefois, leurs relations et la longue carrière politique de Choïgou sont désormais confrontées à un défi considérable après la révolte menée par le chef du groupe paramilitaire Wagner, Evguéni Prigojine.
Poutine a mis fin à la révolte après une médiation surprise menée par le président bélarusse Alexandre Loukachenko. Mais la position de Choïgou, qui a pour le moment disparu de la scène publique, est devenue particulièrement précaire.
Prigojine a réussi le tour de force de s'emparer du quartier général du commandement sud de l'armée russe à Rostov-sur-le-Don, centre névralgique de l'invasion de l'Ukraine. Il a aussi accusé Choïgou de fuir "comme un lâche" et juré qu'il "serait arrêté".
L'intenable patron de Wagner avait auparavant accusé Choïgou et le chef d'état-major des armées russe, le général russe Valeri Guerassimov, d'être responsable de la mort de "dizaines de milliers de Russes" en Ukraine et d'avoir "cédé des territoires à l'ennemi".
- "Grand perdant" -
"Le grand gagnant de la soirée est Loukachenko et le grand perdant est Choïgou", résume Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe.
Avant même que n'éclate la révolte, vendredi soir, Choïgou avait subi une myriade d'attaques de Prigojine et portait comme un boulet l'incapacité des forces russes à progresser en Ukraine, 16 mois après le début de l'invasion.
Le 12 juin, une vidéo de Poutine et Choïgou assistant à une remise de médailles dans un hôpital militaire montrait le président russe lui tournant le dos avec un mépris apparent. Une cruelle disgrâce pour celui qui a poursuivi une carrière d'une longévité inégalée dans la Russie post-soviétique, et dont la présence au coeur du pouvoir à Moscou est antérieure à celle de Poutine.
Originaire de la région de Touva, dans le sud de la Sibérie, il fait partie des très rares Russes non-ethniques à avoir occupé un poste de haut niveau au sein du gouvernement après l'effondrement de l'URSS.
Il commence son ascension en 1994, comme ministre des situations d'urgence dans les premières années de la présidence de Boris Eltsine. Il devient une présence familière pour les Russes et l'un des politiciens les plus populaires du pays, courant à travers le pays pour gérer accidents d'avion et tremblements de terre.
Servant sous une douzaine de Premiers ministres, il occupe ce poste jusqu'en 2012, avant d'être nommé gouverneur de la région de Moscou, puis ministre de la Défense la même année.
- "Au bord de l'effondrement" -
Il est alors nommé général malgré son absence d'expérience militaire de haut niveau. Et supervise avec succès des opérations complexes, notamment l'intervention russe de 2015 en Syrie, qui maintient au pouvoir l'allié de Moscou Bachar al-Assad.
Pour son 65e anniversaire, Poutine lui fait le cadeau de l'une des plus hautes décorations de Russie, la médaille "Pour le mérite de la patrie", qui vient compléter un coffre déjà bien rempli de médailles.
Mais l'invasion désastreuse de l'Ukraine - avec laquelle le Kremlin espérait prendre Kiev en quelques semaines - a soulevé bien des questions.
"Prigojine voulait envoyer le message que Choïgou et Guerassimov devaient être licenciés parce qu'ils sont incompétents et qu'un changement de stratégie est nécessaire", explique à l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES).
Il n'y a désormais plus de signe d'amitié virile entre lui et Poutine, ni de photos comme celle en 2017 des deux hommes torse nu, en train de bronzer près d'une rivière de la taïga sibérienne. Choïgou en est réduit à marmonner des rapports lors de rencontres avec le chef du Kremlin, quand il n'est pas relégué dans un coin pendant que Poutine supervise une vidéoconférence.
Les chaînes Telegram russophones ont même émis des spéculations sur son possible successeur, avançant comme favori le gouverneur de la région de Toula, Alexeï Dioumine, qui a occupé des postes de haut niveau dans l'armée et dans la sécurité présidentielle.
"Le groupe de Choïgou est sur le point de s'effondrer, et Sergei Choïgou lui-même, en disgrâce, va très probablement démissionner", assure Preemnik, une chaîne Telegram particulièrement suivie.
J.Oliveira--AMWN