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Le fonds de sauvetage européen sème la zizanie en Italie
"Sortir de l'euro n'est pas un tabou", avait tonné Giorgia Meloni en 2019. Désormais au pouvoir en Italie, elle a adouci son discours anti-européen et se trouve devant un dilemme: ratifier (ou pas) le mécanisme de sauvetage de la zone euro (MES), sans perdre la face.
Une proposition de loi de l'opposition de centre gauche visant à approuver la réforme du MES a mis la coalition gouvernementale de droite et d'extrême droite dans l'embarras, faisant éclater au grand jour les divergences entre les trois partis alliés.
Premier cafouillage, un avis technique envoyé aux députés par le chef de cabinet du ministre de l'Economie Giancarlo Giorgetti a donné son blanc-seing à la ratification du MES, prenant de court Fratelli d'Italia, le parti de Mme Meloni, et la Ligue de Matteo Salvini, qui y sont très réfractaires.
Force d'appoint de la coalition, Forza Italia, un parti créé par Silvio Berlusconi, décédé à la mi-juin, avait dans le passé soutenu au contraire l'option d'un feu vert au MES pour éviter à l'Italie d'être isolée en Europe, avant de nuancer son discours.
Autre imbroglio, au moment d'un premier vote sur la proposition de loi pro-MES en commission parlementaire jeudi, le gouvernement a opté pour la politique de la chaise vide ... ouvrant la voie à son approbation par l'opposition.
Créé en 2012 après la crise de la dette, le MES emprunte sur les marchés financiers pour fournir des crédits à taux bonifié aux Etats de la zone euro en difficulté, qui doivent en contrepartie mettre en oeuvre des réformes pour assainir leurs finances publiques.
Ce mécanisme européen de stabilité, dont ont bénéficié Chypre, le Portugal, la Grèce, l'Espagne et l'Irlande, se heurte à une profonde méfiance en Italie, où il est considéré comme un instrument de l'austérité imposée par l'Europe du nord aux pays du sud.
- Le casse-tête de la dette -
L'autre crainte de l'Italie, c'est de devoir restructurer son énorme dette en cas de recours au MES. Elle s'élève à plus de 144% du PIB, soit le ratio le plus élevé de la zone euro après la Grèce.
"Tant que je compte pour quelque chose, je peux signer avec du sang le fait que l'Italie ne fera pas appel au MES", avait promis Giorgia Meloni en décembre 2022.
Quant à sa ratification, elle compte prendre tout son temps. Un premier débat en plénière sur le MES est programmé au Parlement dès vendredi, mais la coalition au pouvoir cherche à repousser le vote.
Le gouvernement "entend gagner du temps pour trouver une ligne commune", évitant ainsi "d'exposer en public les clivages internes", a expliqué à l'AFP Franco Pavoncello, président de la John Cabot University de Rome.
Début 2021, l'ensemble des Etats membres de la zone euro, y compris l'Italie, avaient signé un traité renforçant le rôle de ce fonds, en attendant le feu vert des Parlements nationaux en vue de son entrée en vigueur. L'Italie est le seul pays de la zone euro à ne pas avoir ratifié la réforme.
Rome "tente d'utiliser le MES comme une monnaie d'échange pour obtenir des règles fiscales" plus souples dans le cadre de la réforme du Pacte de stabilité, "ce qui est une stratégie très risquée", a commenté à l'AFP Lorenzo Codogno, ancien économiste en chef du Trésor italien.
- "L'intérêt national" -
Giorgia Meloni a confirmé mercredi ce combat mené au nom de "l'intérêt national": à Bruxelles, il faut "une approche globale, dans laquelle les nouvelles règles du Pacte de stabilité, l'achèvement de l'union bancaire et les mécanismes de sauvegarde financière sont négociés comme un tout".
Membre de la Ligue, "Giancarlo Giorgetti est dans une position difficile, pris entre la pression des autres ministres des Finances européens qui poussent à la ratification et le refus du gouvernement", estime M. Codogno.
Mais, comme d'autres analystes, il est persuadé que l'Italie finira par ratifier un jour la réforme du MES.
Quand elle était dans l'opposition, "la majorité actuelle avait dépeint le MES comme si c'était le diable", relève Carlo Cottarelli, économiste et sénateur éphémère du Parti démocrate (centre gauche).
Désormais au gouvernement, "elle doit ratifier la réforme", mais elle craint "une perte de crédibilité" en cas de volte-face, a-t-il commenté à l'AFP.
Le gouvernement italien arrivera-t-il à arracher des compromis à Bruxelles? "Peut-être obtiendront-ils quelque chose, mais je pense que la patience des Européens a atteint ses limites", juge Franco Pavoncello.
M.A.Colin--AMWN