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Putsch au Niger: l'Afrique de l'Ouest décide un blocus économique et n'exclut pas la force
Les pays d'Afrique de l'Ouest ont fixé un ultimatum d'une semaine à la junte putschiste au Niger, affirmant ne pas exclure un "recours à la force" et a ordonné un blocus économique.
Certains ont voulu entrer, avant d'être dispersées par des grenades lacrymogènes.
Certains ont arraché une plaque affichant "Ambassade de France au Niger", avant de la piétiner et de la remplacer par des drapeaux russes et nigérien, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le Niger est un partenaire stratégique de la France qui compte actuellement quelque 1.500 militaires dans ce pays clef dans la lutte antijihadiste et fournissant par ailleurs 20% de l'uranimum européen.
La pression s'accroît chaque jour un peu plus sur le nouvel homme fort proclamé du Niger, le général putschiste Abdourahamane Tiani, chef de la garde présidentielle, à l'origine de la chute de Mohamed Bazoum retenu par les putschistes depuis quatre jours.
- Suspension de toutes les transactions -
La France a salué "les décisions prises par les chefs d’Etat" de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao).
Ce bloc ouest-africain, l'Union Africaine, et les pays occidentaux, dont la France et les Etats-Unis, ne reconnaissent pas les "autorités" issues du putsch et demandent un retour à l'ordre constitutionnel.
Un sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (dont le Niger est membre avec 14 autres pays) s'est tenu dimanche à Abuja, sous l'égide du président du Nigeria, Bola Tinubu, à la tête de l'institution régionale depuis le début du mois.
La Cédéao a exigé "la libération immédiate" du président Bazoum et le "retour complet à l'ordre constitutionnel", selon les résolutions lues à la fin du sommet.
Si ces demandes ne "sont pas satisfaites dans un délai d'une semaine", la Cédéao "prendra toutes les mesures nécessaires" et "ces mesures peuvent inclure l'usage de la force", selon ces résolutions.
L'organisation régionale a également décidé de "suspendre toutes les transactions commerciales et financières" entre ses Etats membres et le Niger, et de geler les avoirs des "responsables militaires impliqués dans la tentative de coup.
Le pays sahélien de 20 millions d'habitants est l'un des plus pauvres du monde, en dépit de ses ressources en uranium.
- "Le temps est à l'action" -
"Il n'est plus temps pour nous d'envoyer des signaux d'alarme", a déclaré M. Tinubu, "le temps est à l'action".
"Les sanctions feront très mal à notre pays", a répété le Premier ministre nigérien Ouhoumoudou Mahamadou, dans un entretien accordé à la chaîne France 24 dimanche.
Il s'est dit "optimiste" sur les médiations en cours.
Le dirigeant du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, dont le pays n'est pas membre de la Cédéao, mais qui est voisin du Niger, également puissance militaire au Sahel alliée de la France, a participé à ce sommet.
Il a ensuite passé quelques heures à Niamey, pour "voir ce qu'il peut apporter au règlement de la crise", selon N'Djamena. Pendant sa médiation, "il s'est entretenu avec Tiani et lui a transmis un message de la Cédéao", selon l'entourage de M. Bazoum.
L'ex-président du Niger Mahamadou Issoufou a également annoncé dimanche qu'il s'employait à "trouver une sortie de crise négociée" pour faire "libérer" son successeur Mohamed Bazoum, et "le restaurer dans ses fonctions".
Samedi soir, la junte issue du putsch avait dénoncé le sommet de la Cédéao, y voyant la menace d'une "intervention militaire imminente à Niamey en collaboration avec les pays africains non membres de l'organisation et certains pays occidentaux".
- Pivot antijihadiste -
Des sanctions et ultimatums ont déjà été décidés par d'autres pays, notamment la France qui a annoncé samedi suspendre son aide au développement au Niger.
Washington a fait part de son "indéfectible soutien" à M. Bazoum, assurant que le coup d'Etat mettait en péril le "partenariat" entre les Etats-Unis et le Niger.
Quant à l'Union africaine, elle a fixé vendredi un ultimatum de 15 jours aux militaires pour rétablir "l'autorité constitutionnelle".
Situé en plein cœur du Sahel, le Niger est le dernier allié avec lequel la France, ancienne puissance coloniale, entretient un partenariat dit de "combat" contre les jihadistes, dans cette région minée par l'instabilité, la précarité et les attaques de groupes jihadistes.
Après le Mali et le Burkina Faso, le Niger, miné par les attaques de groupes liés à l'Etat islamique et à Al-Qaïda, est le troisième pays de la région à subir un coup d'Etat depuis 2020.
L.Durand--AMWN