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Le Nagorny Karabakh déserté, manifestations à Erevan
La république séparatiste du Nagorny Karabakh est samedi presque entièrement désertée par ses habitants après la victoire éclair de Bakou, avec plus de 100.000 réfugiés ayant fui en Arménie par crainte de représailles de l'Azerbaïdjan.
Alors que leur accueil s'organise difficilement et que l'ONU est attendue dans l'enclave ce week-end, les opposants au Premier ministre Nikol Pachinian, accusé de passivité et lâché par Moscou, ont donné à nouveau de la voix dans la rue.
"100.437 personnes" sont maintenant "entrées en Arménie" depuis la capitulation du 20 septembre, selon Nazeli Baghdassarian, la porte-parole du Premier ministre, soit plus de 80% des 120.000 Arméniens qui vivaient officiellement dans l'enclave avant l'offensive azerbaïdjanaise.
Au point de passage de Kornidzor, un journaliste de l'AFP n'a vu arriver que quelques ambulances, les gardes-frontières indiquant prévoir encore les derniers bus transportant des civils.
Dans la ville la plus proche de Goris, des centaines de réfugiés attendent qu'on leur propose un hébergement sur la place centrale, au milieu de leurs bagages. Plus de 36.600 personnes ont utilisé les hébergements fournis par l'Etat selon le gouvernement.
- Soldat azerbaïdjanais tué -
L'ONU a annoncé avoir reçu le feu vert pour l'envoi ce week-end d'une mission dans le territoire afin d'évaluer principalement les besoins humanitaires.
Au total, près de 600 morts sont à déplorer dans le sillage de l'offensive militaire. Les combats eux-mêmes ont tué environ 200 soldats dans chaque camp.
Bakou a accusé Erevan de le mort d'un soldat posté à la frontière entre les deux pays samedi, une allégation immédiatement démentie par l'Arménie.
L'enclave a décrété jeudi la dissolution spectaculaire "de toutes les institutions gouvernementales (...) au 1er janvier 2024", une annonce historique signant la fin de l'existence de "la République du Nagorny Karabakh".
Ses habitants paniqués ont quitté leur foyer par peur de représailles en brûlant leurs effets personnels avant de s'engager dans la colonne des réfugiés de tous âges.
- Peur des arrestations -
Cette région à majorité chrétienne avait fait sécession de l'Azerbaïdjan à majorité musulmane à la désintégration de l'URSS. Elle s'est opposée pendant plus de trois décennies à Bakou, notamment lors de deux guerres entre 1988 et 1994 et à l'automne 2020.
Leur peur est nourrie, selon Erevan, par une série d'"arrestations illégales", bien que les autorités azerbaïdjanaises se soient engagées à permettre de partir aux rebelles qui rendraient leurs armes.
Plusieurs responsables de l'enclave ont été placés en détention, accusés de "terrorisme" et d'autres crimes, à l'image de l'ancien responsable des affaires étrangères David Babaïan, arrêté vendredi.
Environs 2.000 personnes ont défilé dans le centre de Erevan samedi en solidarité avec Rouben Vardanian, qui a dirigé le gouvernement séparatiste de l'enclave de novembre 2022 à février 2023 et a été arrêté mercredi alors qu'il tentait de rejoindre l'Arménie.
"J'espère que la communauté internationale ne fermera pas les yeux sur son sort", a déclaré à l'AFP l'une des manifestantes, Alina Dadaïan, 48 ans, institutrice.
Dans leur fuite sur l'unique route montagneuse reliant le territoire à l'Arménie, au moins 170 personnes ont par ailleurs péri dans l'explosion lundi d'un dépôt de carburant. L'accident a aussi fait 349 blessés, la plupart souffrant de graves brûlures.
- Manifestation en Arménie -
Le flux chaotique a ravivé les accusations d'un "nettoyage ethnique", Erevan ayant lancé un nouvel appel à la Cour internationale de justice (CIJ), réclamant des mesures urgentes pour protéger les habitants de l'enclave.
Et les opposants au Premier ministre Nikol Pachinian, jugé responsable de la débâcle, ont rassemblé 3.000 personnes en fin de journée devant son bureau à Erevan, après avoir mis en sourdine ces derniers jours leurs critiques pour accueillir les réfugiés.
Beaucoup portaient les drapeaux des séparatistes arméniens et du Nagorny Karabakh, brandissant des pancartes: "L'Artsakh (le Nagorny Karabakh) est notre terre", "Nikol, démissionne !" et "On a besoin d'une révolution".
"Nous avons perdu l'Artsakh, maintenant nous ne voulons pas perdre l'Arménie. Tant que Pachinian reste au pouvoir, la situation va empirer", a déclaré l'une des manifestantes, la linguiste Maria Asatrian, 38 ans, à l'AFP.
Erevan rejette la faute sur la Russie, son alliée traditionnelle censé garantir depuis 2020 le plein respect du cessez-le-feu et qui n'est pas intervenue.
O.Norris--AMWN