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Argentine: Milei investi président, le pays attend un choc ultralibéral
En présence de plusieurs dirigeants, responsables conservateurs ou nationalistes, de l'Ukrainien Volodymyr Zelensky, l'ultralibéral Javier Milei est investi dimanche président de l'Argentine, qui s'apprête à de durs ajustements pour sortir l'économie d'une crise sans fin.
En fin de matinée, Javier Gerardo Milei, 53 ans, deviendra le douzième président de l'Argentine depuis le retour de la démocratie il y a 40 ans, couronnant sa spectaculaire ascension. Elu député en 2021, l'économiste jadis panéliste prisé des plateaux TV a conquis en deux ans à peine la fonction suprême.
Après avoir prêté serment au Parlement, Milei prononcera son premier discours de président. Symboliquement pas devant les parlementaires mais depuis les marches du Parlement où il a appelé sur son compte X les Argentins à venir en masse: "Apporte ton drapeau, Argentine !", accompagné de son slogan fétiche "Vive la Liberté, bordel !"
Il parcourra ensuite, en décapotable, voire en partie à pied, les deux kilomètres qui le séparent de Casa Rosada, la présidence, où il recevra les dignitaires étrangers, puis la prestation de serment de son gouvernement. Une équipe à ce stade restreinte à neuf ministres, conformément à sa promesse d'austérité de l'Etat.
- Une certitude: l'inflation encore -
Le président élu a indiqué qu'il convoquerait dès les prochains jours une session extraordinaire du Parlement pour présenter un premier ensemble de lois.
Dévaluation du peso, la monnaie nationale, notoirement surévalué ? Premières coupes budgétaires, notamment les chantiers publics dans le collimateur de Milei ? Restriction, voire interdiction d'émission monétaire par la Banque centrale, qu'il veut à terme éliminer ?
"Electrochoc" ou "choc contrôlé", les premières mesures Milei et leur degré ont fait ces derniers jours l'objet de spéculations d'économistes et médias, sans que rien ne filtre de l'entourage du président élu. Une seule certitude: l'inflation, déjà intolérable à 143% sur un an, va continuer.
"La nouveauté pour les gens va être pour la première fois depuis longtemps des prix +libres+, avec la fin des programmes dit +prix encadrés+" que négociait tant bien que mal le gouvernement sortant (centre-gauche) avec les fournisseurs, estime pour l'AFP Viktor Beker, économiste de l'Université de Belgrano.
"D'où certainement une forte hausse des prix. Il est très probable que l'inflation de décembre dépasse celle de novembre (+8,3%, NDLR) et celle de janvier celle de décembre", ajoute-t-il.
Dès après sa victoire retentissante, Javier Milei a prévenu qu'il n'y aurait "pas de place pour la tiédeur ou les demi-mesures". Mais a aussi douché certaines attentes, prévenant que l'inflation ne serait pas maîtrisée avant "18 à 24 mois".
Le porte-monnaie des Argentins pourra-t-il encore le supporter ? Nombre de jeunes, qui ont constitué le cœur de l'électorat Milei, ont dit ces jours-ci à l'AFP être prêts à lui laisser du temps "car la situation n'est pas facile".
- Zelensky invité prestige -
Restent hors champ, pour l'heure, certaines postures plus controversées du candidat Milei: son opposition à l'avortement légalisé en 2021, ou son déni du changement climatique comme "responsabilité de l'homme".
Ce qui compte c'est l'économie, et redresser les comptes budgétaires, avec un difficilement croyable objectif "d'équilibre à fin 2024" (le déficit était de 2,4% du PIB fin 2022).
Carlos Felipe Jaramillo, vice-président de la Banque mondiale pour l'Amérique latine, a rencontré ces jours-ci l'équipe Milei, et dit avoir "un diagnostic très similaire" sur la "nécessité d'attaquer le problème budgétaire, cause clef de l'inflation". Mais il a aussi dit "l'inquiétude (de la BM) sur le problème de la pauvreté, et sa possible accentuation à court terme", dans un pays où 40% vivent déjà sous le seuil de pauvreté.
L'investiture de Milei se fera sous le regard bienveillant de dirigeants ou politiciens de droite nationalistes, qui très tôt avaient exprimé soutien et affinité à l'ultralibéral argentin élu: ainsi l'ex-président d'extrême droite brésilien Jair Bolsonaro, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, le chef de la formation espagnole d'extrême droite Vox, Santiago Abascal.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé samedi sa venue. Après s'être entretenu fin novembre avec Milei pour le féliciter, il l'avait, sur son compte X, "remercié pour sa position claire. Pas d'équilibre entre le bien et le mal. Juste un soutien clair à l'Ukraine".
Parmi les autres chefs d'Etat et de gouvernement présents: le roi d'Espagne Felipe VI, et les voisins de l'Argentine: l'Uruguayen Luis Lacalle Pou (centre droit), le Chilien Gabriel Boric (gauche), le Paraguayen Santiago Peña (libéral). Le Brésilien Lula, vivement critiqué par Milei par le passé, a envoyé sa cheffe de la diplomatie.
La France est représentée par le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guérini.
P.M.Smith--AMWN