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"Aucune limite" au soutien à l'Ukraine dit Macron, une posture "irresponsable" pour les oppositions
Emmanuel Macron a affirmé jeudi qu'il n'y avait "aucune limite" ni "ligne rouge" au soutien de la France à l'Ukraine, ont rapporté les responsables des oppositions en dénonçant une posture "irresponsable" avant un débat parlementaire qui s'annonce tumultueux.
"Je suis arrivé inquiet et je suis ressorti plus inquiet", a résumé le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard devant la presse à l'issue de 2H30 de réunion à l'Elysée entre le président et les chefs des partis représentés au Parlement.
Selon lui, le chef de l'Etat a expliqué qu'il "fallait soutenir l'Ukraine +quoi qu'il en coûte+".
"Le président de la République est prêt à un soutien sans limite et semble-t-il jusqu'au-boutiste à l'Ukraine", "il n'y a aucune limite et aucune ligne rouge", a aussi déploré le dirigeant du Rassemblement national Jordan Bardella.
La plupart des autres alliés de Kiev s'étaient démarqués de cette position, tout comme les opposants en France.
Quant au Kremlin, il a accusé jeudi le président français "d'augmenter le niveau d'implication directe de la France" dans le conflit.
A l'unisson de ses homologues de gauche et d'extrême droite, le président du parti Les Républicains Eric Ciotti a dénoncé une posture présidentielle "inopportune, inappropriée, voire irresponsable", qui a "isolé notre pays".
- "Déclaration viriliste" -
Selon le patron des communistes Fabien Roussel, Emmanuel Macron a notamment esquissé, carte à l'appui, le scénario d'une avancée du front "vers Odessa ou vers Kiev", "ce qui pourrait engager une intervention" pour arrêter la Russie.
"C'est vraiment un problème d'amateurisme à ce stade-là", a renchéri la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier, évoquant une "déclaration viriliste".
Le clivage sur l'Ukraine, déjà au coeur de la présidentielle de 2022 avant de s'estomper, est assumé par le chef de l'Etat à trois mois des élections européennes de juin. "C'est un moment de vérité", estime son entourage.
"Ne laissez pas entrer les nationalistes. Ils étaient déjà la guerre. Ils sont désormais la défaite face à la Russie", a martelé mercredi Emmanuel Macron devant ses ministres, leur demandant de s'engager dans la campagne des européennes de son camp qui sera lancée samedi lors d'un meeting à Lille.
Alors que la liste d'extrême droite menée par Jordan Bardella fait la course largement en tête dans les sondages, la Macronie semble vouloir en faire son adversaire quasi-exclusif.
La semaine dernière, le Premier ministre Gabriel Attal avait donné le ton en se demandant "si les troupes de Vladimir Poutine ne sont pas déjà dans notre pays", visant nommément Marine Le Pen.
Jordan Bardella a répondu devant Emmanuel Macron qu'il était "irresponsable" de comparer le RN à "une armée d'occupation étrangère".
"On a un président qui malheureusement comme toujours joue", pour "instrumentaliser la guerre" en vue des élections, a déploré le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure. "C'est pas une Game Boy, en fait, la France", s'est-il indigné.
Emmanuel Macron, qui a promis de se rendre en Ukraine avant mi-mars, tente d'imposer son leadership face à la Russie. La France organise jeudi après-midi une visioconférence ministérielle avec près de 30 pays occidentaux pour détailler de nouvelles options d'aide à Kiev.
Côté politique, un débat est prévu la semaine prochaine au Parlement, suivi d'un vote non contraignant - mardi à l'Assemblée nationale, mercredi au Sénat.
Ce débat s'annonce agité. Non pas tant au sujet de l'accord bilatéral de sécurité signé mi-février avec l'Ukraine, sur lequel porte formellement le vote, mais en raison des récentes déclarations du président, qui a aussi appelé les alliés occidentaux à ne pas "être lâches", renforçant l'ire de l'Allemagne.
Si LR a ouvert la voie à un vote positif, et si les Ecologistes et le Parti socialiste hésitent, le reste de la gauche penche pour une opposition franche.
Fabien Roussel et Manuel Bompard ont invoqué "la perspective de l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne ou à l'Otan" qui figure dans le texte soumis au vote. Une "ligne rouge" aussi pour Jordan Bardella, qui a toutefois laisser planer le suspense sur la décision du RN, favorable au "principe d'un accord bilatéral".
F.Dubois--AMWN