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Vietnam: session extraordinaire du parlement après la démission surprise du président
Le Parlement vietnamien se réunit jeudi pour approuver la démission surprise du président Vo Van Thuong après seulement un an de mandat, dans ce pays communiste engagé dans une vaste purge anti-corruption.
"Les violations et les manquements du camarade Vo Van Thuong ont été mal vus par l'opinion publique, affectant la réputation du Parti, de l'État et la sienne", a rapporté l'agence officielle VNA.
La chute spectaculaire de cet homme de 53 ans intervient alors que le Vietnam connaît de profonds bouleversements politiques, son prédécesseur ayant également été évincé dans le cadre d'une campagne de lutte contre la corruption qui a vu plusieurs ministres limogés et des chefs d'entreprise de premier plan jugés pour fraude et corruption.
Le Vietnam est dirigé par le Parti communiste. A la tête du régime autoritaire se trouvent officiellement le secrétaire général du Parti, le président et le Premier ministre, les principales décisions étant prises par le Politburo, qui compte 16 membres.
Cette instance a vu le départ depuis 2021 de dix-huit de ses membres, un président, un vice-Premier ministre et un ancien ministre.
Bien que le président soit le chef de l'État, l'homme fort du régime est le secrétaire général du parti, Nguyen Phu Trong, considéré comme l'architecte de la campagne de lutte contre la corruption, populaire auprès de l'opinion publique vietnamienne.
L'Assemblée nationale, qui suit strictement les consignes des cadres du parti, tient une session extraordinaire jeudi pour confirmer cette démission.
La vice-présidente Vo Thi Anh Xuan devrait prendre le relais jusqu'à ce qu'un remplaçant permanent soit trouvé.
Vo Van Thuong était devenu président le 2 mars 2023, après la démission surprise de son prédécesseur, Nguyen Xuan Phuc. L'événement était inhabituel au Vietnam, où la stabilité est mise en avant et les changements politiques soigneusement orchestrés.
Avant Nguyen Xuan Phuc, un seul autre président vietnamien avait démissionné, pour raisons de santé.
Deux grands procès pour fraude et corruption ont débuté ce mois-ci, l'un à Hanoï, l'autre à Hô Chi Minh-Ville (sud), impliquant certains des plus grands chefs d'entreprise du pays.
- Machinations internes du parti -
La crise au sommet de l'état est un "désastre en termes de relations publiques" qui menaçait la réputation de stabilité du pays, estime Linh Nguyen, analyste en chef pour le Vietnam chez Control risks, un cabinet de gestion de risques.
Le pays cherche à attirer davantage d'investissements étrangers, notamment américains, afin de développer des industries de haute valeur ajoutée telles que les semi-conducteurs.
Pour Linh Nguyen, les factions au sein du Parti communiste sont semble-t-il déjà en train d'avancer leurs pions en vue du prochain congrès du parti en 2026.
"La perte du plus jeune membre du politburo et du plus jeune dirigeant soulève également des inquiétudes quant au vieillissement des dirigeants vietnamiens, car la plupart d'entre eux seront trop âgés pour le prochain congrès".
Aucun détail n'a été rendu public sur les raisons du départ de Vo Van Thuong.
Mais au début du mois, le ministère de la Sécurité publique avait annoncé élargir une enquête concernant une société de développement d'infrastructures dans trois provinces, dont celle de Quang Ngai (centre), dont Vo Van Thuong était auparavant le chef du parti.
Le ministère a déclaré que la société Phuc Son était soupçonnée d'avoir falsifié ses comptes afin d'échapper à l'impôt, et que ses enquêteurs avaient arrêté neuf personnes, dont cinq fonctionnaires de Quang Ngai.
Toutefois, l'ampleur des actes présumés de Vo Van Thuong est "probablement très faible" dans le contexte de la purge anti-corruption à l'échelle nationale, selon Linh Nguyen.
Les machinations internes du parti concernant le remplacement du secrétaire général Nguyen Phu Trong sont la cause la plus probable, estime Benoît de Tréglodé, chercheur à l'Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire à Paris.
M.Thompson--AMWN