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La réintroduction du grand tétras en débat dans les Vosges
Oiseau symbolique de l'air pur des massifs, le grand tétras est menacé de disparition totale dans les Vosges, entre réchauffement climatique et essor du tourisme, un scénario qui pousse des élus et le Parc naturel régional à vouloir réintroduire l'espèce, malgré des oppositions.
La disparition du plus gros oiseau terrestre sauvage d'Europe inquiète: un projet développé par le Parc naturel régional (PNR) des Ballons des Vosges vise à "renforcer" la présence du grand tétras, en capturant des individus en Norvège, où ils prolifèrent, pour les translocaliser dans le massif vosgien.
Un projet validé en octobre par une délibération du Comité syndical du PNR des Ballons des Vosges, constitué de représentants de nombreuses communes, des conseils départementaux ou du Conseil régional.
Une concertation publique, qui prévoyait des contributions à envoyer par courriel, a débuté le 4 mars. Elle prend fin dimanche et les observations émises par le public seront "prises en compte par la préfète des Vosges, autorité compétente pour l'autorisation de ce projet", selon la préfecture.
Le porteur du projet met en avant "des actions permettant d'améliorer les conditions de l'habitat du grand tétras sur le massif", en plus de simples lâchers d'oiseaux, qui seraient insuffisants.
Coût de l'opération, environ 200.000 euros par an, sur cinq ans, pour la réintroduction de 40 oiseaux sauvages adultes chaque année. Les premières captures sont prévues au printemps en Norvège.
"La présence (du grand tétras) est une des dernières chances de préserver les milieux sauvages encore présents", indiquent dans un communiqué commun la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Alsace et Alsace Nature.
- Projet "politique" -
Cependant, tout le monde ne soutient pas ce projet. L'association écologiste Vosges Nature Environnement a ainsi transmis aux autorités en charge de la consultation un avis "très défavorable" à la réintroduction.
Elle pointe "un coût élevé, sans aucune garantie de réussite (...) pour une opération difficilement justifiable", les conditions de rétablissement de l'espèce n'étant "pas réunies".
Pour que le grand tétras prolifère, il a besoin d'au moins six mois de neige par an et de calme. Des hivers longs de plus en plus rares dans les Vosges, où le calme est perturbé par le sur-tourisme.
L'association Oiseaux-Nature a elle regretté un projet "avant tout politique. Les élus veulent à tout prix que l'oiseau emblème du massif vosgien reste présent dans leurs forêts".
Le grand tétras, ou grand coq de bruyère, est considéré comme "vulnérable" sur la liste rouge française des espèces menacées et sa chasse est interdite en France pour cinq ans depuis 2022.
Michel Munier, spécialiste du grand tétras, qu'il observe depuis 50 ans dans les Vosges mais aussi dans les pays nordiques où le climat est plus favorable à l'espèce, dit à l'AFP ne pas comprendre cette volonté réintroduction.
Quand il les a observés en Norvège, en 2019, il a vu "une espèce libre, qui paradait, dans des conditions optimales pour vivre". Leur réintroduction dans les Vosges entraînerait "la souffrance" de les arracher de leur habitat, où ils seront "capturés et subiront un stress incroyable".
- "Risque d'échec très important" -
L'an passé, le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) du Grand Est avait également émis un avis défavorable au projet initial, depuis retravaillé.
Selon le CSRPN, la population du grand tétras "peut être considérée comme virtuellement éteinte puisque cinq ou six individus sont encore recensés en 2022 sur l'ensemble du massif vosgien, dont deux à quatre individus sur un même site", contre une quarantaine en 2015.
Le conseil scientifique du PNR des Ballons des Vosges avait lui aussi alerté sur "le risque d'échec très important".
Selon des modélisations réalisées par les porteurs du projet, l'opération "peut dans tous les cas permettre de gagner du temps pour la sauvegarde de la population du grand tétras du massif des Vosges".
Pour Michel Munier, la réintroduction "marchera tant qu'on en remettra", mais le nombre d'individus n'augmentera pas. "La biodiversité, ce n'est pas ça".
Passionnés et associations opposés au projet plaident plutôt pour un travail sur les conditions d'habitat de la faune toujours présente, alors que l'augmentation du tourisme a déjà "des effets directs et indirects sur la biodiversité dans toutes ses déclinaisons", rappelle Vosges Nature Environnement.
F.Bennett--AMWN