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"Réveillez-vous !" : Macron appelle les Européens à la mobilisation face aux extrêmes
"Un vent mauvais souffle en Europe", la "Russie sera là demain, après-demain" : le président français Emmanuel Macron a appelé lundi depuis Dresde, dans l'ex-RDA, les Européens à "se réveiller" face à la montée de l'extrême droite et aux menaces extérieures, à moins de deux semaines des élections européennes.
Durant près de 45 minutes, dans une ambiance digne d'un meeting électoral, alternant entre le Français et l'Allemand, le chef de l'Etat, applaudi à chaque envolée sur la défense de la démocratie ou la liberté en Europe, a enflammé son public.
"Regardons autour de nous la fascination pour les régimes autoritaires, regardons autour de nous le moment illibéral que nous vivons", a-t-il lancé devant l'église martyre Notre-Dame (Frauenkirche) de Dresde, détruite par des bombardements alliés en 1945 et reconstruite après la réunification allemande.
Son camp, crédité de 16% des intentions de vote le 9 juin, est lui-même en difficulté face au Rassemblement national, le parti d'extrême droite de Marine Le Pen qui pourrait décrocher deux fois plus de suffrages.
Deux ans après le début de l’agression russe en Ukraine, l'Europe est à "un moment inédit de son histoire" qui la contraint à penser par elle-même "sa défense et sa sécurité", a-t-il averti, devant des milliers de jeunes Allemands, Tchèques et Polonais et en présence du président allemand Frank Walter-Steinmeier.
"Je le dis dans un endroit de l’Europe qui a vécu une toute autre moitié de 20e siècle que mon pays", qui a "connu la domination soviétique" pendant 45 ans puis bâti son "propre chemin" après la chute du Mur en 1989, a-t-il souligné.
- "Vous pouvez compter sur moi ! "
"La géographie, nous ne la changerons pas avec la Russie qui aujourd'hui menace notre sécurité et a agressé l'Ukraine", a-t-il asséné, dénonçant la "dérive d’un pouvoir autoritaire révisionniste qui a décide de jouer avec l'avenir de l'Europe pour bâtir des rêves d'empire".
Le continent a certes pu compter au fil des années sur l'allié américain, qui encore aujourd'hui est le premier fournisseur en armement de l'Ukraine pour l'aider à repousser l'agresseur russe.
Mais les Etats-Unis ont les yeux désormais rivés sur la Chine, son premier rival stratégique et économique, et la possible réélection de Donald Trump en novembre complique encore l'équation.
L'Union européenne, prise en étau entre ces deux géants, doit "sortir de la naïveté" et "se protéger mieux" sur le plan commercial en bâtissant "une préférence européenne" dans certains domaines et en "doublant" son budget pour assumer sa transition énergétique et numérique, a-t-il encore insisté.
Face à tous ces défis, "l’Allemagne peut compter sur la France et la France compte sur l'Allemagne, "l'Europe elle peut compter sur nous et nous comptons sur l'Europe", a-t-il martelé. "Vous pouvez compter sur moi et je compte sur vous !, a-t-il conclu, enflammé.
Emmanuel Macron était le premier président français à se rendre en visite d'Etat dans l'est de Allemagne depuis François Mitterrand en 1989.
- Combat d'une vie -
L'ex-RDA communiste, et tout particulièrement la Saxe, est aussi une terre de conquête du parti d'extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne), qui décline la peur du déclassement et des étrangers dans ces régions longtemps coupées de l'Ouest.
Dans la matinée, à Berlin, les deux présidents s'étaient longuement recueillis sur le site de l'imposant mémorial de l'Holocauste, en mémoire aux six millions de juifs assassinés par les nazis.
A leurs côtés pour cette visite, Serge Klarsfeld, qui avec son épouse allemande Beate a traqué les nazis restés impunis après la Seconde Guerre mondiale, a souligné l'importance de ce moment alors que l'antisémitisme revient en force, un "moment tragique pour la communauté juive mondiale", alimenté par l'hostilité à l'offensive israélienne à Gaza en réaction à l'attaque du groupe islamiste Hamas contre Israël le 7 octobre.
Mardi, M. Macron doit recevoir le prix international de la paix de Westphalie à Münster (ouest) pour son "engagement européen", avant de retrouver le chancelier Olaf Scholz à Meseberg, près de Berlin, pour un conseil des ministres franco-allemand.
Les deux tenteront de nouveau de mettre à plat leurs différends concernant le soutien à l'Ukraine et l'avenir de l'Europe, et de booster le couple franco-allemand, qui demeure le moteur de l'UE.
L.Miller--AMWN