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Bombardements israéliens à Rafah, des chars déployés dans le centre
Des chars israéliens sont entrés mardi dans le centre de la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, visée par des bombardements incessants trois semaines après les premières opérations terrestres qui ont déclenché un nouvel exode massif.
Des correspondants de l'AFP à Rafah et des témoins ont fait état de frappes aériennes et de tirs d'artillerie nourris dans l'ouest de cette ville frontalière avec l'Egypte.
Un témoin a affirmé à l'AFP avoir vu des chars israéliens déployés "au rond-point d'Al-Aouda", dans le centre de Rafah. Une source de sécurité a confirmé avoir vu des chars israéliens dans le centre de la ville.
Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir mardi en urgence, à la demande de l'Algérie, après cette frappe qui a suscité l'indignation internationale.
A l'heure où les condamnations se multiplient dans le monde face aux opérations militaires israéliennes, l'Espagne, la Norvège et l'Irlande ont reconnu officiellement mardi l'Etat de Palestine, provoquant la fureur d'Israël qui y voit une récompense au Hamas en pleine guerre contre le mouvement islamiste palestinien, au pouvoir depuis 2007 dans la bande de Gaza.
Le chef de la diplomatie israélienne, Israël Katz, a accusé l'Espagne d'être "complice des appels au génocide du peuple juif".
Cette reconnaissance est "une nécessité" pour "parvenir à la paix" entre Israéliens et Palestiniens, en plus d'être "une question de justice historique" pour le peuple palestinien, a affirmé de son côté le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez.
La Norvège a salué une "journée marquante".
L'Etat de Palestine est désormais reconnu par 145 des 193 Etats membres de l'ONU, selon un décompte de l'Autorité palestinienne. La plupart des pays occidentaux sont absents de cette liste et la question divise notamment au sein de l'Union européenne.
- "Fuir encore"-
A Rafah, les bombardements aériens et les tirs d'artillerie ont semé la panique mardi.
"Nous n'avons pas dormi parce qu'il y avait des bombardements de partout, y compris des tirs d'artillerie et des bombardements aériens", a témoigné à l'AFP Faten Jouda, une femme de 30 ans installée à Tal Al-Sultan, dans le nord-ouest de la ville.
"C'était effrayant. Tout le monde fuyait encore. Nous aussi, nous allons partir, nous craignons pour nos vies", a-t-elle ajouté.
"Les bombardements aériens, à l'artillerie et les tirs sont incessants, et plusieurs véhicules avancent vers l'ouest depuis la ville de Rafah. Nous sommes paniqués", a raconté Ihab Zaarab, un homme de 40 ans qui espérait trouver refuge dans la zone humanitaire d'Al-Mawasi, déjà surpeuplée.
Environ un million de personnes, selon l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), ont fui Rafah en trois semaines, pour la plupart des déplacés qui étaient venus chercher refuge dans cette ville.
Cette fuite se déroule "sans aucun endroit sûr où aller, sous les bombardements, sans eau ni nourriture, parmi des montagnes d'ordures", a ajouté l'agence sur le réseau social X, soulignant que "jour après jour, il devient presque impossible d'apporter assistance et protection" à la population.
Les soldats israéliens mènent depuis début mai une opération terrestre à Rafah, affirmant vouloir y éliminer les derniers bataillons du Hamas, qui a entraîné la fermeture du passage frontalier avec l'Egypte, vital pour l'acheminement de l'aide humanitaire.
Un correspondant de l'AFP a signalé aussi des bombardements et des tirs dans la ville de Gaza, dans le nord du territoire. Le ministère de la Santé du Hamas a dénombré au moins 46 morts en 24 heures à travers la bande de Gaza.
- "Enfer sur terre" -
"Je condamne les actions d'Israël qui ont tué de nombreux civils innocents qui cherchaient seulement à se protéger de ce conflit meurtrier. Il n'y a pas d'endroit sûr à Gaza. Ces horreurs doivent cesser", a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
L'ONU a demandé une enquête "complète et transparente" sur ce bombardement.
La Défense civile palestinienne a fait état de nombreux corps "carbonisés et démembrés" dans l'incendie qui a ravagé le camp de déplacés de Barkasat, géré par l'Unrwa.
Des images du Croissant-Rouge palestinien, selon lequel le lieu visé par la frappe avait été désigné par Israël "comme une zone humanitaire", ont montré des scènes de chaos, des ambulances toutes sirènes hurlantes et des secouristes en pleine nuit sur un site en feu, évacuant les blessés parmi lesquels des enfants.
Ces images "témoignent de la transformation de Rafah en enfer sur terre", a déclaré Philippe Lazzarini, chef de l'Unrwa.
La guerre a été déclenchée par une attaque menée le 7 octobre sur le sol israélien par des commandos du Hamas infiltrés depuis la bande de Gaza, entraînant la mort de plus de 1.170 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.
Sur les 252 personnes emmenées comme otages, 121 sont toujours détenues à Gaza, dont 37 sont mortes selon l'armée israélienne.
En représailles, Israël a promis d'anéantir le Hamas et lancé une offensive qui a fait au moins 36.096 morts, en majorité des civils, selon des données du ministère de la Santé du gouvernement de Gaza dirigé par le Hamas.
Le Qatar, au centre avec les Etats-Unis et l'Egypte des tentatives d'imposer un cessez-le-feu, a prévenu que les frappes israéliennes à Rafah pourraient "compliquer les efforts de médiation".
M.Thompson--AMWN