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Israël dit avoir pris le contrôle de la zone tampon entre Gaza et l'Egypte
Malgré les critiques, l'armée israélienne poursuit jeudi son offensive sur Rafah après avoir affirmé la veille avoir pris le contrôle d'une zone tampon stratégique entre la bande de Gaza et l'Egypte située à proximité de Rafah, nouvel épicentre de sa guerre contre le Hamas.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Croissant-Rouge palestinien a dénoncé la mort de deux de ses secouristes dans une "frappe directe" de l'armée israélienne contre l'une de ses ambulances dans le secteur ouest de Rafah.
En parallèle de Gaza, l'armée israélienne a déployé jeudi des soldats dans différentes villes de la Cisjordanie occupée après une "attaque à la voiture bélier" mercredi soir qui a tué selon elle deux Israéliens près de Naplouse.
A Gaza, l'armée a affirmé avoir découvert "une vingtaine de tunnels" dans le secteur frontalier, qu'elle soupçonne de servir à la contrebande pour les groupes armés dans le territoire palestinien.
En dépit de l'indignation internationale soulevée par le bombardement meurtrier dimanche d'un camp de déplacés à Rafah, l'armée israélienne poursuit son offensive dans la ville surpeuplée du sud de la bande de Gaza, lancée le 7 mai pour, selon elle, éliminer les derniers bataillons du Hamas.
Mercredi, des combats de rue et des bombardements ont secoué Rafah, au lendemain de l'entrée de chars israéliens dans le centre de la ville.
A Khan Younès, trois corps ont été sortis mercredi des décombres d'une maison touchée par un bombardement, selon la Défense civile palestinienne. "J'ai perdu deux de mes enfants, Haydar, huit ans, et Mecca, cinq ans, mon unique fille", a lancé, éploré, Rami Abou Jazar après avoir dit adieu à ses enfants enveloppés dans des linceuls blancs.
En trois semaines, environ un million de Palestiniens, selon l'ONU, ont fui Rafah, pour la plupart des déplacés poussés à un nouvel exode vers des zones déjà surpeuplées du territoire assiégé.
- "Tuyau d'oxygène" -
L'armée a annoncé avoir pris le contrôle "ces derniers jours" du couloir de Philadelphie, une zone tampon de 14 kilomètres de long qui borde la frontière égyptienne le long du sud de la bande de Gaza, près de Rafah.
"Le couloir de Philadelphie servait de tuyau d'oxygène au Hamas, par lequel il faisait transiter régulièrement des armes vers la bande de Gaza", a déclaré le porte-parole de l'armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari.
Il a ajouté que l'armée avait "découvert une infrastructure terroriste souterraine sophistiquée à l'est de Rafah d'une longueur d'un kilomètre et demi à une centaine de mètres du passage" entre l'Egypte et la bande de Gaza.
Ce poste-frontière, seul point de passage entre la bande de Gaza et l'Egypte, vital pour l'acheminement de l'aide humanitaire, est fermé depuis que l'armée israélienne en a pris le contrôle au début du mois de mai.
- "Encore sept mois" -
Pour le conseiller à la sécurité nationale israélien Tzachi Hanegbi la guerre pourrait se poursuivre "encore sept mois", afin d'atteindre l'objectif de détruire le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007 et auteur le 7 octobre d'une attaque sans précédent contre Israël.
Cette attaque a entraîné la mort de plus de 1.189 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte réalisé par l'AFP à partir des derniers chiffres officiels disponibles.
Sur les 252 personnes emmenées comme otages pendant l'attaque, 121 sont toujours détenues à Gaza, dont 37 sont mortes selon l'armée.
En représailles, Israël a juré d'anéantir le Hamas, qu'il considère comme une organisation terroriste de même que les Etats-Unis et l'Union européenne, et a lancé une offensive qui a fait jusqu'à présent 36.171 morts dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé de l'administration du Hamas.
La guerre a déplacé la majorité des quelque 2,4 millions d'habitants de Gaza et provoqué une catastrophe humanitaire majeure.
L'Algérie a présenté mardi au Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution exigeant un cessez-le-feu "immédiat" et l'arrêt de l'offensive à Rafah.
Et dans un entretien téléphonique avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Emmanuel Macron a "souligné la détermination de la France à travailler avec l'Algérie et ses partenaires au Conseil de sécurité" de l'ONU "pour que celui-ci s'exprime fortement sur Rafah".
Le projet algérien a été distribué à l'occasion d'une réunion d'urgence du Conseil convoquée après un bombardement israélien dimanche sur un camp de déplacés de Rafah qui a fait 45 morts, selon le ministère de la Santé du Hamas.
- Bombes américaines -
Selon le New York Times et CNN, qui s'appuient entre autres sur une analyse des images de débris de munitions, l'armée israélienne a utilisé pour cette frappe à Rafah des bombes guidées américaines GBU-39 dotées d'une charge explosive d'environ 17 kilos.
"Les Israéliens ont dit qu'ils utilisaient (à Rafah) des bombes de 37 livres (environ 17 kilos)", "37 livres ce n'est pas une grosse bombe", a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby, disant attendre les résultats de l'enquête israélienne sur le bombardement.
Principal soutien politique et militaire d'Israël, les Etats-Unis ont affirmé qu'ils "ne fermaient pas les yeux" sur les victimes à Rafah mais estimaient qu'Israël n'a pas lancé contre cette ville une offensive "majeure" susceptible de remettre en cause leur soutien.
Pour le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, Israël a besoin d'un plan pour l'après-guerre dès que possible: "Sans plan pour le jour d'après, il n'y aura pas de jour d'après", a-t-il prévenu.
L.Davis--AMWN