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Après Alep, les rebelles prennent la ville clé syrienne de Hama
Quatre jours après Alep, les rebelles ont pris jeudi la ville stratégique de Hama en Syrie, le pouvoir de Bachar al-Assad apparaissant de plus en plus fragilisé par l'offensive fulgurante des insurgés.
Située au sud d'Alep, la deuxième ville du pays en guerre, Hama (centre) commande la route vers Homs, plus au sud et vers la capitale Damas, deux grandes villes encore aux mains du pouvoir.
A la surprise générale, les rebelles emmenés par les islamistes extrémistes de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) ont lancé le 27 novembre une offensive à partir de leur bastion d'Idleb (nord-ouest), s'emparant en une semaine de dizaines de localités ainsi que de la majeure partie d'Alep (nord) et de la ville de Hama.
Les rebelles "sont entrés dans plusieurs quartiers de Hama, et des combats les ont opposés aux forces du régime", a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
"Nos forces sont entrées dans la prison centrale de Hama et ont libéré des centaines de prisonniers injustement détenus", a annoncé sur une chaîne Telegram Hassan Abdel Ghani, un chef militaire de la coalition rebelle.
L'armée syrienne a reconnu avoir perdu le contrôle de Hama. "Au cours des dernières heures, les groupes terroristes ont pu percer plusieurs fronts dans la ville et y entrer", a-t-elle affirmé dans un communiqué, ajoutant que ses forces s'étaient "redéployées hors de la ville".
"Nous entendons des explosions et des bombardements sans arrêt depuis la nuit", a affirmé jeudi matin à l'AFP Maya, une étudiante universitaire de 22 ans jointe par téléphone à Hama, ajoutant que les rues autour de la maison familiale étaient vides.
- Drones au-dessus de Damas -
Dans l'après-midi, l'agence officielle syrienne Sana a indiqué que la défense aérienne avait abattu deux drones "ennemis" au-dessus de Damas, sans plus de précisions.
Les hostilités sont les premières de cette ampleur depuis 2020 dans un pays meurtri par une guerre civile dévastatrice qui a fait un demi-million de morts depuis 2011, et l'a morcelé en plusieurs zones d'influence, avec des belligérants soutenus par différentes puissances étrangères.
L'Iran et la Russie, les principaux alliés du pouvoir syrien, ainsi que la Turquie, un soutien majeur des rebelles, sont en "contact étroit" pour stabiliser la situation, selon la diplomatie russe.
Après le lancement de l'offensive rebelle, la Russie qui dispose de bases en Syrie, a lancé des raids aériens sur les secteurs rebelles en soutien aux forces gouvernementales.
Le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, a mis en garde contre une résurgence du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, où cette formation jihadiste avait occupé de vastes régions de ce pays et de l'Irak voisin avant d'en être chassée plusieurs années plus tard.
Depuis le 27 novembre, les combats et les bombardements aériens et à l'artillerie ont fait plus de 727 morts dont 111 civils, selon l'OSDH, basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie.
L'ONG Human Rights Watch s'est alarmée des risques pour les civils, alors que les belligérants ont été accusés de violations des droits humains.
Le coordinateur humanitaire régional adjoint de l'ONU pour la Syrie, David Carden, a fait état de 115.000 déplacés en une semaine.
- "Coup très dur" -
Après la prise de Hama jeudi, le chef de HTS, Abou Mohammed al-Jolani, a promis qu'il n'y aurait "pas de vengeance" dans cette ville qui a été le théâtre d'un massacre perpétré en 1982 par l'armée sous le règne de Hafez al-Assad, père du président actuel, qui réprimait une insurrection des Frères musulmans.
"Je demande à Dieu tout-puissant que ce soit une conquête sans vengeance", a déclaré M. Jolani dans un message vidéo diffusé sur la chaîne Telegram des rebelles, après avoir annoncé que ses combattants étaient entrés dans Hama "pour refermer la blessure ouverte il y a 40 ans".
C'est aussi dans cette ville que se sont déroulées certaines des plus grandes manifestations au début du soulèvement prodémocratie de 2011 en Syrie, dont la répression a déclenché la guerre civile.
Avec l'appui militaire de la Russie, de l'Iran et du Hezbollah libanais, aujourd'hui affaibli, le régime avait repris en 2015 une grande partie du pays et en 2016 la totalité d'Alep.
"La perte de Hama est un coup très dur pour le gouvernement syrien, surtout après sa défaite à Alep. C'est là que l'armée a tenté de renverser la situation et où elle aurait dû être en position avantageuse, mais elle n'y est pas parvenue", souligne auprès de l'AFP Aron Lund, chercheur au Century International.
"HTS va maintenant essayer de progresser vers Homs. C'est la troisième ville de Syrie, et celle qui connecte la capitale Damas et le sud du pays à la côte, fief d'Assad", selon lui.
D.Moore--AMWN