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Carter érigé en symbole d'une "droiture" perdue dans l'Amérique de Trump
"La droiture, la droiture, la droiture": à quelques jours de l'investiture de Donald Trump, l'ancien président Jimmy Carter est salué comme le symbole d'une exigence morale en voie de disparition dans la vie politique américaine.
Joe Biden a répété trois fois ce mot de "decency", une notion qui suggère à la fois l'intégrité et la bienséance, lorsque les journalistes lui ont demandé dimanche comment le président élu républicain pouvait s'inspirer de son prédécesseur démocrate, mort à l'âge de 100 ans.
Son décès "rappelle avec force qu'il reste aujourd'hui peu de gens honnêtes et intègres", regrette Jay Landers, un retraité de 82 ans rencontré lundi par l'AFP à Plains, la ville natale de l'ancien président, où il est venu lui rendre hommage.
Donald Trump fait souvent des remarques désobligeantes sur le physique ou l'élocution des personnalités, politiques ou médiatiques, qui s'opposent à lui. Pendant un discours en novembre 2015, il avait par exemple fait des gestes saccadés pour évoquer un journaliste souffrant d'un handicap moteur, ce qui ne l'avait pas empêché de gagner l'élection un an plus tard.
- "Présence réconfortante" -
A la fin de sa vie déjà, et encore plus depuis sa mort, Jimmy Carter, 39ème président des Etats-Unis (1977-1981) est devenu l'incarnation d'une Amérique perdue, embellie certainement par la nostalgie, où les échanges politiques étaient courtois et où la moralité, privée comme publique, était encore valorisée.
Sa présidence reste synonyme de cuisants échecs diplomatiques et de déconvenues économiques, et il a parfois irrité ses successeurs à la Maison Blanche en commentant leurs décisions d'une manière jugée sentencieuse ou moralisatrice.
Mais ses engagements humanitaires, ses médiations diplomatiques, en plus de son train de vie modeste et de son long mariage avec son épouse Rosalynn, ont fini par faire du démocrate de Géorgie une figure trop respectée pour être ouvertement critiquée.
Jimmy Carter était "une présence foncièrement honnête, transparente et réconfortante à la Maison Blanche, et c'est ce dont les Etats-Unis avaient besoin après le Watergate", cette affaire d'espionnage politique qui a conduit à la chute du président Richard Nixon, analyse pour l'AFP Barbara Perry, professeure spécialisée dans l'histoire des présidents américains à l'Université de Virginie.
Mais depuis, "les Américains sont devenus complètement insensibles aux considérations éthiques dans la vie politique", assène la chercheuse.
Les éloges comme ceux réservés au défunt président "nous en disent autant sur nous-mêmes que sur la personne célébrée", a commenté sur la chaîne MSNBC l'historien Jon Meacham.
Jimmy Carter était "quelqu'un d'imparfait, mais qui croyait à l'importance fondamentale de l'éthique personnelle", et dont la mort intervient "à un moment de l'histoire politique américaine où (cette qualité) n'est pas primordiale pour la plupart des gens", a ajouté cet intellectuel souvent consulté par Joe Biden.
- "Crise" morale américaine -
Le patron des sénateurs démocrates, Chuck Schumer, a insisté dans un communiqué sur la "bonté et l'humilité" du défunt président.
Les hommages affluent également dans le camp républicain, où l'accent est plutôt mis sur les actions humanitaires ou la foi de l'ancien président.
"Nous n'étions pas du même bord politique mais nous avons beaucoup en commun y compris l'amour du Seigneur", a par exemple commenté le sénateur conservateur Chuck Grassley sur le réseau social X.
Dans la même veine, un autre sénateur républicain, Mike Lee, a loué "les grandes actions humanitaires et la profonde fidélité à la foi chrétienne" de ce baptiste fervent.
Jimmy Carter a affirmé que Donald Trump n'avait gagné sa première élection présidentielle, en 2016, que grâce à une opération d'ingérence russe.
En juillet 1979, le démocrate avait évoqué dans un discours aux accents de sermon prémonitoire une "crise de confiance" du pays et un ébranlement moral des Américains, "en proie à un doute grandissant sur le sens de (leurs) vies", et tentés de prendre le "chemin de la fragmentation et de l'égoïsme".
A.Rodriguezv--AMWN