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L'extrême droite allemande progresse "le vent dans le dos" vers les législatives
"Les portes s'ouvrent" pour l'AfD, exultent les militants de ce parti d'extrême droite soutenu par Elon Musk, galvanisé par la nouvelle présidence de Trump et les succès des nationalistes en Europe, à un mois d'élections cruciales en Allemagne.
Mardi soir, au lendemain de l'investiture du président américain, l'enthousiasme était palpable lors d'un meeting de quartier à Berlin.
Donald Trump "nous a soufflé un peu de vent dans le dos, et maintenant, c'est à notre tour d'intensifier nos efforts", lance Daniel Krüger, responsable local de l'Alternative pour l'Allemagne, de la porte où il accueille les participants.
La centaine de sympathisants présents applaudissent les moments forts, rediffusés sur grand écran, du récent congrès de l'AfD en vue des législatives du 23 février.
"L'ambiance en ce moment est vraiment très bonne", résume Kristin Brinker, la cheffe de l'AfD à Berlin.
La capitale allemande penche pourtant historiquement à gauche. Mais l'AfD, entrée au parlement local en 2016 grâce aux quartiers plus défavorisés de l'ex-Berlin-est, rencontre un succès croissant dans les quartiers de l'ouest, souligne-t-elle.
Et "les portes s'ouvrent" pour le parti, notamment "dans les milieux économiques", affirme-t-elle.
- "Normalité" -
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a été une vitrine pour l'AfD, représentée lundi à l'investiture par son co-président Tino Chrupalla.
L'autre dirigeante, Alice Weidel, s'est félicitée des premiers décrets du milliardaire républicain en ligne selon elle avec le programme du parti, affirmant que "tout cela serait également possible en Allemagne" avec l'AfD au pouvoir.
Avant cela, le milliardaire Elon Musk lui a offert une publicité planétaire en affirmant sur X que seule l'AfD pouvait "sauver l'Allemagne".
Oubliées les piques assassines de l'AfD, ces dernières années, contre l'installation d'une immense usine Tesla de Musk dans la banlieue de Berlin.
Pour Kristin Brinker, le fait que "l'homme le plus riche du monde et des proches de Trump disent +tout va bien, vous pouvez travailler avec eux+" apporte au parti "un peu plus de normalité".
Dans les sondages, l'AfD se maintient autour de 20% des intentions de vote, ce qui le place en deuxième position derrière le bloc conservateur CDU/CSU.
Un tel score, le 23 février, serait le meilleur de l'histoire de la formation eurosceptique, anti-immigration et islamophobe fondée en 2013, et entrée au Bundestag en 2017.
Une coalition gouvernementale incluant l'AfD reste cependant exclue, les autres partis refusant de s'allier avec lui au nom du "cordon sanitaire".
Mais l'époque où l'Allemagne était "immunisée des populismes" est "en train de s'achever", estime le politologue Michael Bröning.
La formation "tire une immense énergie" de "l'élan des nationalismes politiques qui va de Washington à Vienne", souligne le directeur de la Fondation Friedrich-Ebert, associée au parti social-démocrate.
Alice Weidel cite en exemple l'Autriche voisine, où le parti de la Liberté (FPÖ) négocie la formation d'un gouvernement avec les conservateurs, après être arrivé en tête aux élections.
- Radicalisation -
La candidate, qui dit vouloir "fermer complètement les frontières", assume le terme de "remigration", concept d'expulsion massive de personnes étrangères ou d'origine étrangère.
La feuille de route du parti prévoit aussi une sortie de l'UE et de l'euro, la "démolition" des éoliennes et la reprise des achats de gaz russe.
Alors que d'autres partis d'extrême droite européens, en Italie, aux Pays-Bas ou en France, ont embrassé le "pragmatisme politique" en s'approchant du pouvoir, l'AfD se retranche dans un "espace idéologique sauvage", estime Michael Bröning.
Le chef du parti en Thuringe, Björn Höcke, a été régulièrement accusé de révisionnisme historique sur le IIIe Reich et a été condamné pour l'emploi d'un slogan nazi.
Ce qui n'a pas empêché l'AfD d'arriver en tête en septembre à l'élection régionale, une première pour l'extrême droite dans l'Allemagne d'après-guerre.
Les manifestations géantes de l'hiver dernier, qui avaient mobilisé des centaines de milliers de personnes dans toute l'Allemagne contre le programme radical du parti, n'ont pas empêché sa progression dans les élections locales.
Un grand rassemblement contre l'extrême droite est prévu samedi à Berlin, à l'appel de plusieurs organisations.
Mais "dans la rue, de plus en plus de gens disent des choses très positives à notre sujet, et de tous milieux", assure Kristin Brinker.
D.Moore--AMWN