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La barge, lien incontournable mais mis à mal par le cyclone à Mayotte
Aux abords du quai Issouffali, à Mayotte, les véhicules qui s'agglutinent pour monter à bord de la barge reliant Petite-Terre à Grande-Terre forment une longue file qui paralyse la circulation. Ceux qui arrivent de Mamoudzou et débarquent du navire ont à peine de quoi se frayer un chemin.
Depuis le passage du cyclone Chido, le 14 décembre, seules deux barges - sur quatre à l'origine - assurent encore la liaison de trois kilomètres entre les deux îles de Mayotte.
La plus petite, "porte d'entrée de Mayotte", héberge l'aéroport mais aussi les services de la préfecture et le gros des infrastructures de l'armée ou de la police et conserve le rôle officieux de chef-lieu administratif du 101e département français.
La plus grande accueille Mamoudzou, chef-lieu officiel de Mayotte depuis août 2023, et concentre 90% de la population et la majorité de l'activité économique.
La barge est l'unique moyen de relier ces deux pôles de la vie mahoraise. Le prix de la traversée, 0,75 euro pour un piéton et 15 euros pour une voiture, n'a pas évolué depuis 2001. Mais depuis le cyclone, d'un départ toutes les quinze minutes, on est passés à une rotation par heure.
"Les deux plus gros bateaux ont vraiment été endommagés par le cyclone. Ils ne seront pas en service avant le mois d'avril", anticipe Saïd Moussa Kassim, le directeur du service de transport maritime (STM) qui gère les barges.
Deux nouveaux navires en provenance des Seychelles viennent d'arriver sur le territoire mais ils assureront uniquement le transport des véhicules prioritaires, ajoute le directeur de la STM, précisant que "les passagers ne seront pas autorisés à bord".
Conséquence: sur le quai Issouffali, l'impatience se fait sentir au milieu du chaos.
"En ce moment, c'est vraiment compliqué. La dernière fois que je suis venu, j'ai attendu de 12H00 à 18H00 dans ma voiture et j'ai fini par la laisser en Petite-Terre pour prendre la barge à pied", confie Seula, technicien de maintenance qui vit sur Grande-Terre mais intervient deux fois par semaine en Petite-Terre.
"Désormais, je viens à pied avec les outils", lance-t-il.
- Six millions de passagers par an -
De l'autre côté du banc sur lequel patientent les passagers, Amelle s'est adaptée, elle aussi. "Je travaille à Mamoudzou mais je vis à Pamandzi, en Petite-Terre. Depuis le passage du cyclone, on ne sait jamais à quelle heure la barge va passer. Avant, j'allais travailler en voiture, mais maintenant c'est impossible. Alors, je télétravaille la plupart du temps".
Malgré les perturbations, le nombre de passagers est resté presque stable. "Nous accueillons environ six millions de passagers par an. Beaucoup traversent tous les jours pour aller travailler d'un côté ou de l'autre", reprend Saïd Moussa Kassim, selon qui le trafic était revenu à la normale une semaine à peine après le cyclone.
Une affluence qui ne devrait pas être modifiée dans les années à venir. En 2014, un projet de pont reliant les deux îles avait été annoncé. L'ouvrage de près de 2.000 mètres devait être cofinancé par le département, l'État et l'Europe mais le projet - estimé à 200 millions d'euros - n'avait jamais vu le jour.
"Faute de moyens financiers", souligne Saïd Moussa Kassim. Mais aussi car le pont aurait généré du trafic supplémentaire dans le centre-ville de Mamoudzou, déjà quotidiennement encombré par les embouteillages.
Dix ans après, les usagers de la barge restent dans l'incompréhension. "Quand on voit le nombre de personnes qui font le trajet quotidiennement, les heures d'attente et l'argent nécessaire pour faire fonctionner les barges, ça laisse perplexe", estime Laly Tava.
Cette habitante de Petite-Terre, âgée de 35 ans, rechigne à se rendre à Mamoudzou. "Souvent, on n'a pas le choix, on a besoin d'aller chercher ce qu'on ne trouve pas en Petite-Terre, mais c'est toujours compliqué. Après le cyclone, on s'est vraiment senti isolés", dit-elle.
Sur le quai Issouffali, 19H00 sonne l'heure de la dernière barge. Les dizaines de véhicules qui patientent depuis des heures ne pourront pas rejoindre Grande-Terre.
"Vous allez nous empêcher de rentrer chez nous ? Vous allez nous faire dormir dans nos voitures ?", s'emporte un passager, qui tente de forcer le passage et voit les barrières de sécurité se fermer devant lui.
A.Rodriguezv--AMWN