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A Tel-Aviv, le choc face aux visages émaciés des otages libérés
La stupeur parcourt la foule réunie sur la "place des otages" à Tel-Aviv, quand les visages amaigris des trois otages israéliens apparaissent en direct depuis Deir el-Balah, dans la bande de Gaza.
Sur un écran géant, Ohad Ben-Ami, Eli Sharabi, et Or Levy marchent encadrés par des hommes de la branche armée du Hamas vers une estrade.
Les centaines de personnes ayant afflué sur cette place emblématique de la mobilisation pour les otages, les regardent médusés. Ils ont passé près de 500 jours en captivité, les silhouettes sont décharnées, les traits tirés.
C'est la première fois depuis le début de cette trêve que des otages libérés sont à ce point marqués physiquement. Leurs regards sont traversés par l'inquiétude, la douleur, ou une sorte d'absence.
Dans la métropole côtière, à moins de 100 kilomètres du lieu de libération des otages, plusieurs personnes portent leur main devant leur bouche, d'autres secouent la tête de gauche à droite, incrédules.
L'instant d'avant, l'assemblée était encore joyeuse, applaudissant régulièrement en voyant les préparatifs de la libération retransmis à la télévision israélienne.
De fait, la consternation est vite chassée par un retour à la joie, au soulagement de voir de nouveaux concitoyens en route vers Israël.
- Résilience -
Un homme qui avait brièvement baissé sa pancarte la relève au-dessus des têtes: "Désolé que cela ait pris tant de temps, bienvenue à la maison".
Comme lors des précédentes libérations, la place regorge de portraits des otages. Celui d'Or Levy porte l'inscription "33 ans", barrée. Ce père de famille en a eu 34 en captivité.
Sa femme, Einav, a été tuée lors de l'attaque du Hamas contre le festival de musique Nova le 7 octobre 2023 où ils se trouvaient ensemble. Leur fils, Almog, trois ans, vit depuis chez ses grands-parents.
Les habitués de la place, et ils sont nombreux, connaissent tous les histoires des captifs. Ils savent aussi que l'épouse d'Eli Sharabi et leurs deux filles adolescentes ont été tuées dans leur maison du kibboutz Beeri dans le sud d'Israël, lors de l'attaque du 7-Octobre.
Et que Yossi Sharabi, le frère aîné d'Eli Sharabi, enlevé séparément, est présumé mort. Des situations bouleversantes, qui font se superposer des émotions contradictoires.
"Je pensais qu'ils reviendraient, mais j'ai pleuré car ils sont brisés, ils ne ressemblent pas à des êtres humains normaux", raconte Dina, qui n'a pas souhaité donner son nom.
"Ils ont l'air triste et souffrant, et ils ne savent toujours pas ce qui les attend après leur retour."
Ces derniers jours, le sort de Shiri Bibas, prise en otage avec ses deux petits, Ariel et Kfir, a été évoqué une nouvelle fois par le Hamas. Le premier avait huit mois et demi le jour de leur enlèvement, le second quatre ans.
- Nouvel accomplissement -
Le mouvement islamiste assure que tous trois ont été tués par un bombardement israélien en 2023. Il affirme être prêt à remettre les dépouilles, si Israël lui fournit les pelleteuses nécessaires à leur extraction de sous les gravas.
Au milieu des tee-shirts fluo floqués "vous n'êtes pas seul" et des autocollants "ramenez-les tous à la maison", les visages des jeunes frères sont aussi portés à bout de bras.
Sur des drapeaux israéliens, l'étoile de David enlace le ruban jaune, symbole d'un mouvement ayant rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans le pays. Cette nouvelle libération, si difficile à regarder soit-elle, constitue malgré tout un nouvel accomplissement.
Peu après l'annonce par l'armée israélienne qu'elle a pris en charge les trois otages libérés, un groupe de femmes se met à danser et à chanter devant l'écran géant.
De la main, elles miment un geste désormais associé à Emily Damari, jeune femme libérée en janvier et ayant perdu deux doigts lors de l'attaque sans précédent du Hamas en Israël.
Pour les Israéliens, particulièrement éprouvés par des mois de guerre et de tensions, les photos de cette Israélo-Britannique tout sourire, montrant sa main mutilée après avoir retrouvé sa mère, ont suscité un fort symbole d'identification.
Certains font de ce geste de la main, deux doigts pliés vers l'intérieur, un nouvel emblème de la résilience de leur peuple.
Jetant un oeil aux rediffusions des premières images des trois hommes libérés à Gaza, Noya Ziv, une habitante de Tel-Aviv venue sur la place, commente: "Ils sont fatigués et maigres, mais ils vont se remettre sur pied et récupérer".
"Le plus important, c'est qu'ils soient de retour."
P.Santos--AMWN