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Les Equatoriens votent en pleine crise sécuritaire et économique
Enlisés dans une double crise économique et sécuritaire, les Equatoriens votent dimanche pour renouveler ou non leur confiance au président Daniel Noboa, tenant d'une ligne dure face aux cartels, talonné par sa rivale de gaucheLuisa Gonzalez.
"On ne vit pas, on survit", se lamente Jesus Chavez, un vendeur de rue de 56 ans à Quito, la capitale, résumant le mécontentement général avant le premier tour, entre insécurité et reprise économique anémique depuis la pandémie.
Une guerre féroce fait rage entre une myriade de groupes criminels se disputant le contrôle des voies lucratives qui relient, via des ports équatoriens, les plantations de coca de Colombie et du Pérou à l'Europe ou aux Etats-Unis.
"L'Equateur traverse un moment très difficile, je pense que c'est la pire crise depuis notre retour à la démocratie" il y a presque un demi-siècle, juge l'analyste politique local Leonardo Laso.
Daniel Noboa, 37 ans, fils d'un milliardaire roi de la banane, avait créé la surprise en 2023 en se faisant élire, après une campagne marquée par l'assassinat d'un candidat, Fernando Villavicencio. M. Noboa avait séduit par son discours ferme, malgré sa maigre expérience en politique.
"L'Equateur a déjà changé et veut continuer à changer, il veut consolider son triomphe", a déclaré cette semaine ce néo-libéral qui se dit de centre-gauche.
Au terme de son court mandat, ce sportif actif sur les réseaux sociaux est applaudi par de nombreux Equatoriens pour son offensive spectaculaire contre le narcotrafic, à renfort d'états d'urgence, entre militarisation des rues et programmes de construction de prisons.
Face à lui, en tête parmi les 15 autres candidats en lice, Luisa Gonzalez, avocate évangélique de 47 ans et ex-députée, aspire à être la première présidente élue d'Equateur, avec un programme promettant plus de sécurité, teinté de respect des droits humains.
- Frontières fermées -
Le bilan de Daniel Noboa est en effet assombri par des critiques d'organisations de défense des droits humains sur les dérives de sa politique sécuritaire.
En décembre, la justice a ordonné la détention provisoire de 16 militaires soupçonnés de la disparition forcée de quatre adolescents dont les corps ont été retrouvés calcinés, une affaire qui a choqué le pays.
Malgré les annonces de M. Noboa, le taux d'homicides est resté élevé à 38 pour 100.000 habitants en 2024, après un record de 47 en 2023. En 2018, avant la vague de narcocriminalité qui a poussé des dizaines de milliers d'Equatoriens à fuir leur pays et effrayé investisseurs et touristes, le taux d'homicides était de 6 pour 100.000 habitants.
Pour de nombreux citoyens, le quotidien est ponctué d'extorsions et de récits d'enlèvements.
"Il n'y a pas de touristes, il n'y a pas de clients", constate, amère, Maria Delfina Toaquiza Ughsa, une artiste indigène de 58 ans à Quito.
Pour Leonardo Laso, le recours de M. Noboa à l'armée pour s'attaquer au narcotrafic nuit à l'image du pays: "Il sort avec un gilet pare-balles et un casque, il déclare l'état d'urgence (...) il dit que nous sommes en guerre, cela anéantit toute possibilité d'investissement", explique-t-il à l'AFP.
"L'économie s'est très probablement contractée l'année dernière", relève aussi l'économiste Alberto Acosta Burneo, évoquant les coupures d'électricité à répétition fin 2024 qui ont obligé des entreprises à fermer temporairement.
L'essouflement de l'économie a porté la dette publique à environ 57% du PIB.
Dans ce contexte, Luisa Gonzalez espère prendre sa revanche après une première joute électorale remportée par Daniel Noboa en 2023, même si le soutien que lui apporte l'ex-président en exil Rafael Correa, condamné par contumace à huit ans de prison pour corruption, divise les électeurs.
"Il est urgent que nous changions le pays, non pas avec des déclarations de guerre, qui ne mèneront nulle part, mais en bâtissant la paix", a déclaré Mme Gonzalez à Radio Morena jeudi.
Plus loin dans les intentions de vote se trouvent Andrea Gonzalez, l'ex-colistière de M. Villavicencio (centre) et Leonidas Iza, représentant de la Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur.
Daniel Noboa a décidé de fermer les frontières pour trois jours, jusqu'à lundi, "face aux tentatives de déstabilisation de groupes armés".
Le vote est obligatoire entre 18 et 65 ans pour les quelque 14 millions d'électeurs appelés aux urnes de 07H00 à 17H00 locales (12H00 à 22H00 GMT). Le second tour est prévu pour le 13 avril.
X.Karnes--AMWN