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Macron plaide la cause de l'Ukraine face à Trump
Trois ans jour pour jour après l'invasion par la Russie, Emmanuel Macron tente lundi de jeter un pont sur le véritable gouffre qui s'est ouvert entre Donald Trump et les Européens à propos de la guerre en Ukraine.
Le président français a participé depuis la Maison Blanche, avec son homologue américain, à une visioconférence des dirigeants du G7 (France, Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, Japon, Allemagne, Italie).
En quittant les lieux à pied, il a assuré que la réunion avait été "parfaite" et a assuré avoir été reçu de manière "très amicale".
Sur une vidéo partagée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, l'on aperçoit Emmanuel Macron assis aux côtés de Donald Trump dans le Bureau ovale.
Le président français veut présenter au milliardaire républicain, qui s'est rapproché de Moscou de manière spectaculaire tout en accablant Kiev, des "propositions d'action" pour conjurer la "menace russe" en Europe et garantir une "paix durable" qui ne vire pas au diktat pour les Ukrainiens.
Les fissures entre Européens et Américains se sont matérialisées lundi dans deux résolutions concurrentes présentées à l'ONU sur la guerre en Ukraine, l'une proposée par l'Ukraine et ses alliés européens, l'autre défendue par les Etats-Unis. "Nous opposerons notre veto aux amendements des Européens s'ils sont soumis au Conseil de sécurité", a même déclaré un responsable américain.
Pendant ce temps, Emmanuel Macron sera reçu de manière solennelle à la Maison Blanche à 12H00 (17H00 GMT) pour un entretien en tête-à-tête, suivi d'un déjeuner et d'une conférence de presse conjointe prévue à 14H00 (19H00 GMT).
A voir si Emmanuel Macron et Donald Trump échangeront alors l'une de ces poignées de main prolongées et très vigoureuses qui ont fait la joie des médias lors de précédentes entrevues.
- "Résistance" -
Plusieurs dirigeants étrangers se sont eux réunis lundi dans la capitale ukrainienne pour manifester leur solidarité aux côtés de Volodymyr Zelensky, lequel a salué "trois ans de résistance".
Rompant avec la politique de soutien massif à Kiev de son prédécesseur Joe Biden, Donald Trump a décidé que son interlocuteur privilégié pour régler le conflit serait le président russe Vladimir Poutine, et assuré qu'il récupèrerait le montant de l'aide fournie à l'Ukraine en obtenant un accès aux ressources minières ukrainiennes.
Le républicain est allé jusqu'à rejeter sur le président ukrainien la responsabilité du conflit.
Trois ans après avoir tenté, en vain, de dissuader Vladimir Poutine de passer à l'attaque, Emmanuel Macron se lance dans une mission tout aussi incertaine.
Les Européens redoutent que Donald Trump n'encourage la Russie à opérer de nouveaux coups de force dans des pays voisins, y compris membres de l'UE.
"Il faut qu'on agisse tous pour la contenir", a martelé le président français avant son départ pour Washington.
- Coordination -
Le président français arrive à Washington en porte-parole des Européens, membres de l'UE ou de l'Otan, après avoir échangé avec la quasi-totalité de leurs dirigeants.
Emmanuel Macron veut convaincre son homologue américain, qui n'a jamais caché sa fascination pour les dirigeants autoritaires, que la Russie constitue une "menace existentielle" et que Vladimir Poutine "ne respectera pas" forcément un cessez-le-feu.
Le président français devra trouver le bon registre psychologique face à un interlocuteur qui applique aux affaires diplomatiques les méthodes brutales de l'homme d'affaires qu'il fut, et qui rejette en bloc toute politique étrangère guidée par la défense des valeurs démocratiques.
Emmanuel Macron s'est en particulier coordonné avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, attendu à son tour jeudi à Washington.
Londres et Paris travaillent sur le déploiement d'une force européenne en Ukraine, une fois un accord de paix conclu, afin de dissuader la Russie d'attaquer une nouvelle fois.
Les deux capitales espèrent en contrepartie de "solides garanties de sécurité" américaines.
L'administration Trump exclut tout déploiement de soldats américains au sol mais pourrait apporter un soutien logistique, des frappes en profondeur, du renseignement et s'engager à riposter en cas d'attaque russe, espèrent les Européens.
Au-delà de l'Ukraine, tout l'équilibre transatlantique échafaudé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale est menacé par le retour au pouvoir de Donald Trump, en matière de défense comme d'échanges commerciaux.
Alors que le président américain brandit la menace de droits de douane très lourds à tout-va, les Européens se disent prêts à riposter. "Entre alliés, on ne peut pas faire souffrir l'autre avec des tarifs" douaniers, a averti Emmanuel Macron samedi.
O.M.Souza--AMWN