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"L'Amérique est de retour", lance Trump au Congrès
"Rien ne peut arrêter le rêve américain", s'est exclamé Donald Trump mardi pour son premier grand discours face au Congrès américain, après avoir lancé, en quelques semaines, une charge sans précédent contre les institutions américaines et l'ordre mondial.
Les Etats-Unis sont "sur le point de connaître un retour en force comme le monde n'en a jamais connu et n'en connaîtra peut-être jamais plus", a affirmé le président américain, se félicitant d'une "fierté" et d'une "confiance" retrouvée.
"Nous avons accompli plus en 43 jours que la plupart des administrations en quatre ou huit ans, et nous ne faisons que commencer", a-t-il encore dit sous des applaudissements nourris.
Comme le veut la tradition, l'arrivée du milliardaire de 78 ans a été annoncée à haute voix pendant que s'ouvraient les portes de l'hémicycle.
- Guerre commerciale -
Le chef de l'Etat s'est avancé entre les travées sous les applaudissements de ses partisans, avant de prendre la parole sous l'oeil du patron de la Chambre des représentants, aujourd'hui le républicain Mike Johnson, et du vice-président, JD Vance, officiant comme chef du Sénat.
Des élus démocrates arboraient les couleurs jaune et bleu à l'image du drapeau ukrainien.
Donald Trump, face à un Congrès que son parti domine, entend vanter sa vision économique, au moment où sa féroce offensive commerciale contre le Canada et le Mexique bouscule les marchés.
Il devrait aussi réclamer des fonds pour mener sa politique d'expulsion de migrants en situation irrégulière.
Le républicain déroulera aussi sa vision, résolument nationaliste, de la place et du rôle de l'Amérique dans le monde, juste après avoir décidé d'interrompre l'aide militaire américaine à l'Ukraine, dans la foulée d'une altercation inouïe dans le Bureau ovale avec le président Volodymyr Zelensky.
Le tout à un moment où les sondages faiblissent, quoiqu'en disent les conseillers invariablement triomphalistes de la Maison Blanche, et un Donald Trump plus sûr de lui que jamais.
N'a-t-il pas récemment proposé aux journalistes de leur distribuer des casquettes portant l'inscription: "Trump avait raison sur tout" ?
Donald Trump entend dominer la pyramide du pouvoir, sans trop se soucier des contrepoids installés par la Constitution sous la forme du Parlement et des tribunaux.
- Musk -
Il a donné carte blanche au multimilliardaire Elon Musk pour tailler dans le budget et bouleverser la bureaucratie fédérale, via des décrets dont beaucoup ont été attaqués en justice.
Le patron de Tesla et SpaceX, propriétaire de X, assiste au discours, tandis que l'opposition démocrate a convié des fonctionnaires fédéraux qu'il a limogés.
Selon des articles de médias partagés par la porte-parole de la Maison Blanche, Donald Trump a aussi invité la veuve d'un policier tué lors d'un contrôle routier et une jeune volleyeuse blessée lors d'un match par une femme trans.
Le président américain veut imposer une "rupture nette" avec la diplomatie "du passé", qui a fait de l'Amérique la garante de la sécurité des démocraties occidentales depuis 1945.
Cette volonté de "rupture" se traduit, au plan domestique, par la nomination de fidèles à la tête de l'appareil judiciaire comme sécuritaire, par le démantèlement à marche forcée d'agences fédérales et par des attaques répétées contre la presse.
La Maison Blanche a par ailleurs entrepris de démanteler de nombreuses politiques progressistes en matière d'environnement ainsi que de lutte contre les discriminations raciales et sexuelles.
- "Autoritaire" -
Dans un article pour la revue Foreign Affairs, les politologues Steven Levitsky (Harvard) et Lucan Way (université de Toronto) mettent en garde contre le basculement vers un régime "autoritaire concurrentiel".
"L'effondrement de la démocratie aux Etats-Unis ne donnera pas naissance à une dictature classique dans laquelle les élections sont une mascarade et les opposants sont emprisonnés, expulsés ou tués", analysent-ils, mais à un système dans lequel les partis s'affrontent lors d'élections biaisées, parce que le camp au pouvoir aura manipulé les règles et le débat politique en sa faveur.
Les deux chercheurs prévoient que "les Américains pourront toujours s'opposer au gouvernement, mais cela sera plus difficile et plus risqué, ce qui conduira nombre de personnalités et de citoyens à décider que le jeu n'en vaut pas la chandelle".
En ce début de second mandat Trump, la riposte est jusqu'ici aussi timorée que les décisions sont brutales, en particulier au sein du Parti démocrate.
J.Williams--AMWN