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Face à Trump, Bayrou virulent, Macron en diplomatie
Deux partitions françaises vis-à-vis de Donald Trump ou chacun dans son rôle ? Le ton offensif de François Bayrou contraste avec celui plus modéré d'Emmanuel Macron, qui négocie tous azimuts sur l'Ukraine pendant que son Premier ministre prépare l'opinion à un budget très ardu, orienté défense.
Dans son allocution télévisée mercredi soir, le chef de l'Etat a visé nommément son homologue russe Vladimir Poutine mais n'a pas cité Donald Trump. Et s'il a alerté sur la "menace russe", il ne s'est pas attardé sur les risques créés par une administration américaine en plein rapprochement avec Moscou.
Jeudi soir, à l'issue d'un sommet extraordinaire de l'Union européenne à Bruxelles sur la défense et l'Ukraine, Emmanuel Macron a même assuré que la France était un "allié loyal et fidèle" de Washington, et qu'elle avait "respect et amitié" pour Donald Trump - une manière aussi de "réclamer la même chose" en retour.
Son Premier ministre s'est lui montré beaucoup plus pugnace, devant le Parlement puis vendredi sur Europe 1 et CNews, en accusant le milliardaire républicain d'opérer un "renversement des alliances".
Sans aller jusqu'à le qualifier d'ennemi, François Bayrou lui a "donné tort" de "renverser les lois qui faisaient que nous vivions en paix" et de "faire de ses alliés des adversaires et des ennemis".
Il s'est aussi demandé si on pouvait encore qualifier le président américain d'allié, dès lors qu'il a décidé "de passer dans le camp" des "adversaires" de l'Europe, en provoquant une "destruction de l'ordre international".
- "Plus mollo" -
Chacun joue sa partition naturelle, plus diplomatique pour le chef de l'Etat, plus tournée vers l'opinion française pour le Premier ministre.
"La parole qui fait foi sur l'international c'est celle du président", rappelle l'entourage d'Emmanuel Macron.
Pour l'Elysée, la priorité est de mettre en accusation la Russie, réelle "menace existentielle" pour les Européens à ses yeux, tandis que les États-Unis, eux, "n'attaquent pas la France" malgré les bouleversements géopolitiques en cours.
Surtout, Emmanuel Macron doit garder le contact et l’oreille de Donald Trump pour arracher une place à la table des négociations entre le président américain et Vladimir Poutine, et un accord de paix "durable" que les Européens et l'Ukraine veulent assorti de solides "garanties de sécurité".
Après le sommet extraordinaire de l'Union européenne sur la défense et l'Ukraine, le président français a encore téléphoné à son homologue américain.
Le chef de l'Etat "a une obligation d’y aller plus mollo parce c'est son domaine réservé", explique l'entourage de François Bayrou, qui défend une relation de "co-responsabilité" avec le président dont il respecte les prérogatives sur la politique étrangère et la défense.
"Un certain nombre de gens aimeraient qu'il y ait une querelle, une guerre" au sommet de l'État, mais "c'est impossible (...) parce que la situation du pays est trop grave", a assuré le chef du gouvernement vendredi.
- "Bad cop" -
Le Premier ministre joue au "bad cop", le rôle du méchant, pour "établir un rapport de force", avance le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet.
Il a aussi "besoin de maximiser" la menace géopolitique "pour faire passer l'agenda budgétaire, arriver à contenir le Rassemblement national et plus marginalement le Parti socialiste", ajoute-t-il.
Or, de l'aveu même de François Bayrou, le prochain budget pour 2026 relève de la "quadrature du cercle" car il devra intégrer une hausse importante des dépenses militaires tout en réduisant le déficit public. Et sans augmenter les impôts, a martelé mercredi Emmanuel Macron.
Le chef du gouvernement veut "garder son équilibre politique" pour rester en place et "faire en sorte que l’Ukraine ne soit plus un sujet de discussion, afin qu'on soit tous embarqués contre nos adversaires", explique M. Moreau-Chevrolet.
La patronne du Rassemblement national Marine Le Pen, dont la base électorale est divisée sur Donald Trump, a jugé, elle, vendredi que "la première des menaces" pour la France n'était pas la Russie mais "le fondamentalisme islamiste", saluant un président américain qui "tient ses promesses".
D.Cunningha--AMWN