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La "petite Amérique" allemande à l'épreuve de la présidence Trump
La population de Ramstein, en Allemagne, n'imagine plus sa ville sans la présence des militaires américains installés depuis des décennies, malgré le tournant dans les relations transatlantiques depuis le retour de Donald Trump.
Du centre de cette bourgade du sud-ouest du pays, la plus grande base militaire américaine d'Europe n'est qu'à cinq minutes et dans les rues, on croise des familles bilingues tandis que les restaurants affichent leur menu en anglais.
La présence de 50.000 soldats américains et leurs familles façonne depuis les années 1950 le quotidien de la ville de 8.000 habitants, dans la région verdoyante de Rhénanie-Palatinat.
Tous observent avec circonspection les premières semaines de Donald Trump à la Maison Blanche, qui semble tourner le dos aux Européens pour se rapprocher de la Russie.
En voyant les scènes de l'altercation au cours de laquelle le président américain a malmené son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale, Andreas Hausmann a été tellement stupéfait qu'il a "cru à des images créées par l'intelligence artificielle". "Je n'avais jamais rien vu de tel".
Propriétaire de l'hôtel America, dans le centre de Ramstein, il s'inquiète pour l'avenir de la présence américaine : "C'est EUX, la base économique dans la région, directement ou indirectement", affirme le patron dont la clientèle est composée d'une large majorité d'Américains.
- Risque "sérieux -
"Ils font vivre les artisans, les plombiers, les petits commerces, de la boulangerie au taxi", explique-t-il, attablé au restaurant de son hôtel qui propose hamburgers et bières allemandes.
Pharmacienne dans le centre ville, Melodie, 40 ans, raconte que son grand-père, son oncle et son père ont tous les trois travaillé sur la base américaine. Elle-même s'est mariée à un Américain, explique-t-elle, tenant la main de sa fille.
"S'il n'y avait que des Allemands ici, il n'y aurait pas de bon goût, ce serait un peu ennuyeux!", plaisante Meryem Tezcan, une lycéenne de 18 ans, qui côtoient les jeunes Américains depuis l'école maternelle.
D'ailleurs, les Américaines sont facile à distinguer à leur style vestimentaire décontracté et tendance, selon elle: "elles s'habillent comme des profs de yoga!".
Mi-février, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth a prévenu que la présence des troupes américaines en Europe ne durera pas "éternellement".
Lors de son premier mandat (2017-2020), Donald Trump avait déjà menacé de réduire drastiquement la présence des troupes américaines en Allemagne, jugée trop coûteuse.
Cette fois, le risque est "sérieux", juge Manfred Pirske, vétéran américain installé à Ramstein après avoir effectué la moitié de sa carrière en Allemagne.
- Habitants "soudés" -
Les entreprises spécialisées dans les services pour la clientèle américaine "surveillent de très près ce qui va se passer", confie la présidente de la chambre du commerce de la région, Veronika Pommer.
Sans les Américains, "Ramstein serait en faillite", assure Svenja Miller, une assistante sociale de 42 ans, dont l'ex-mari est retourné vivre aux Etats-Unis.
Pour l'armée américaine, la base aérienne est un plateforme logistique cruciale d'où sont déployés d'imposants avions cargos emmenant troupes, armes ou matériel médical pour des opérations extérieures jusqu'en Asie ou en Afrique.
Si bien que tout retrait drastique "serait plus qu'imprudent", veut croire le politologue David Sirakov, directeur de l'Académie transatlantique à Kaiserslautern, grande ville voisine de Ramstein.
"L'expérience du premier mandat de Donald Trump nous a démontré que plus les relations entre les capitales étaient difficiles, plus celles au sein de la communauté germano-américaine s'améliorent", remarque-t-il aussi.
Loin de la géopolitique internationale, Américains et Allemands se retrouvent régulièrement, grâce à des groupes de randonnée arpentant les forêts locales, ou autour d'une pinte dans l'un des pubs internationaux du coin.
Ce qui se passe aux Etats-Unis a "choqué", selon M. Sirakov, et plutôt "soudé les habitants".
F.Dubois--AMWN