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Attaque d'un train au Pakistan : les otages libérés,des dizaines de morts
Les forces de sécurité pakistanaises ont mis fin mercredi à une vaste prise d'otages par des séparatistes dans un train, qui a fait des dizaines de morts.
Au total, 346 des passagers aux mains de combattants de l'Armée de libération du Baloutchistan (BLA) depuis mardi dans cette province du sud-ouest du Pakistan ont été libérés au terme de 30 heures d'affrontements, a annoncé un officier de haut rang ayant requis l'anonymat.
Vingt-sept soldats eux aussi faits prisonniers dans le Jaffar Express par ces séparatistes ont été tués, a-t-il ajouté.
"Les opérations sont terminées, le site a été ratissé et tous les otages (encore en vie) ont été libérés", a conclu ce gradé.
Et, si aucun bilan officiel n'a été donné à la suite de cette attaque, d'une ampleur inédite, les otages racontent avoir vu nombre d'entre eux être abattus par leurs ravisseurs. Mardi, la mort du conducteur du train avait été annoncée, de même que celle d'un soldat et d'un policier.
Un paramilitaire ayant participé aux combats contre les preneurs d'otages a également perdu la vie, a souligné l'officier, selon lequel de "32 à 35" membres de la BLA ont en outre péri.
Les chemins de fer locaux avaient annoncé mardi que 450 personnes étaient montées à bord de ce train.
"168 otages ont été libérés mardi et 178 mercredi", a précisé le gradé ayant requis l'anonymat.
- Ils les suppliaient "au nom de Dieu" -
Le Pakistan vivait depuis mardi 13H00 (08H00 GMT) au rythme des informations parcellaires données par des responsables sur la prise d'otages.
C'est à cette heure-là que des combattants de la BLA, le principal groupe séparatiste du Baloutchistan et qui est considérée comme "terroriste" par Islamabad et Washington, ont fait exploser un engin sur les rails, stoppant la course du Jaffar Express peu avant son entrée dans un tunnel.
Parti de Quetta, la capitale de cette province frontalière de l'Iran et de l'Afghanistan, il devait rallier 30 heures plus tard Peshawar, plus au nord.
Les combattants ont forcé les passagers à descendre, gardant ceux qui étaient originaires d'autres provinces ou qu'ils estimaient liés aux forces de sécurité.
Mercredi en fin de journée, onze d'entre eux qui étaient parvenus à échapper à la vigilance de leurs ravisseurs sont arrivés à Quetta.
"Ils nous ont retenu en otages toute la nuit et, vers cinq heures du matin, après avoir abattu beaucoup de gens, ils ont relâché leur attention, ils pensaient qu'on n'oserait pas partir", raconte Mohammed Navid.
Au début, ils ont "pris les femmes à part, leur disant de fuir en direction de Quetta" et "épargné les personnes âgées" avant de désigner des passagers et de les tuer. "Certains les suppliaient de les épargner au nom de Dieu", ajoute cet homme qui précise que les victimes étaient "des Pendjabis et des Sairakis", deux ethnies issues d'autres provinces.
Mais "on s'est échappés et ils nous ont tiré dessus dans le dos".
Au même moment, les troupes pakistanaises - et leurs hélicoptères de combat - se déployaient.
Des responsables de la sécurité ont expliqué que les membres de la BLA avaient "emporté des otages vers les zones montagneuses des environs" et que "des kamikazes étaient avec leurs ceintures d'explosifs au milieu des otages", rendant plus lente la progression des unités militaires.
La BLA avait adressé un ultimatum aux autorités pakistanaises, disant vouloir échanger des otages contre des prisonniers baloutches.
- Les Pendjabis visés -
Le Baloutchistan a connu en 2024 la plus forte hausse du nombre des violences au Pakistan: 90%, selon le Centre pour la recherche et les études sur la sécurité d'Islamabad, qui a recensé 782 morts pendant l'année écoulée.
Depuis deux décennies, les séparatistes de cette région accusent le gouvernement fédéral, ainsi que la toute-puissante armée, perçue comme dominée par les Pakistanais du Pendjab, de piller leur province riche en hydrocarbures et en minerais tout en laissant la population locale vivre avec un taux de pauvreté qui atteint aujourd'hui 70%, d'après les chiffres officiels.
Mardi soir, un otage libéré a déclaré à l'AFP que les assaillants avaient "vérifié les papiers d'identité" des passagers et "mis à l'écart ceux qui étaient originaires du Pendjab".
"Ils ont abattu deux soldats devant moi, avant d'en embarquer quatre autres vers je ne sais où", a-t-il poursuivi, refusant de donner son nom.
Ces derniers mois, la BLA avait déjà revendiqué la mort de plusieurs dizaines de travailleurs pendjabis et de soldats, que ses ses combattants avaient tués après avoir vérifié les cartes d'identité.
Les autorités verrouillent particulièrement les accès au Baloutchistan car il abrite de nombreux chantiers - principalement chinois - dans les secteurs de l'énergie et des transports.
Le Pakistan connaît une recrudescence d'attaques, en particulier d'islamistes et de séparatistes.
Le Centre pour la recherche et les études sur la sécurité d'Islamabad estime que l'année 2024 a été la plus meurtrière en près d'une décennie avec plus de 1.600 morts, dont près de la moitié étaient des membres des forces de sécurité.
J.Williams--AMWN