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Montée au capital de Commerzbank: feu vert de la BCE, mais UniCredit temporise
Un premier obstacle est franchi mais d'éventuelles noces semblent encore lointaines: la Banque centrale européenne (BCE) a donné vendredi son feu vert à la montée d'UniCredit jusqu'à 29,9% au capital de sa rivale allemande Commerzbank.
Cette autorisation ouvre la porte à une fusion, certes encore hypothétique, entre UniCredit et Commerzbank, à laquelle s'opposent cependant vivement les dirigeants de la banque allemande et les milieux politiques à Berlin.
Deuxième groupe bancaire italien, UniCredit avait pris de court les marchés en annonçant en décembre avoir porté sa part dans Commerzbank à 28%, dont 9,5% de participation directe et 18,5% à travers des instruments dérivés.
Cette annonce avait relancé les spéculations sur une reprise totale de Commerzbank par UniCredit qui serait l'une des fusions les plus ambitieuses en Europe depuis la crise financière.
Mais le bouillant patron d'UniCredit, Andrea Orcel, compte temporiser: "notre calendrier initial pour décider de procéder ou non à une fusion potentielle s'étendra probablement bien au-delà de la fin de l'année 2025", a fait savoir la banque.
Premièrement, M. Orcel compte attendre l'arrivée de nouveaux interlocuteurs à Berlin: "UniCredit attend l'occasion d'entamer un dialogue constructif avec le nouveau gouvernement allemand une fois qu'il sera formé".
Il risque cependant de se heurter aux mêmes résistances: le chancelier désigné Friedrich Merz avait jugé en février "hostile" une éventuelle offre d'UniCredit, dans un entretien au magazine britannique The Economist, défendant ainsi la même position que son prédécesseur Olaf Scholz.
- Cours multiplié par deux -
Deuxièmement, il y a l'obstacle du prix de Commerzbank, dont le titre a été presque multiplié par deux à la Bourse de Francfort depuis l'entrée à son capital d'UniCredit en septembre.
"En tant qu'actionnaires, nous sommes heureux de constater que notre investissement a entraîné un changement positif au sein de Commerzbank qui, associé aux récentes perspectives plus optimistes de l'économie allemande, a conduit à une appréciation substantielle de son titre", a commenté UniCredit.
"Cependant, seule une période de temps importante permettra de déterminer si cette appréciation du cours de l'action est justifiée et durable", tempère la banque italienne.
Commerzbank a aussitôt réagi à l'approbation de la BCE en réitérant sa position: "nous sommes convaincus de notre stratégie, qui vise une croissance rentable et une augmentation de la valeur, et nous nous concentrons sur sa mise en œuvre".
La deuxième banque allemande préfère rester autonome et privilégie la poursuite de la croissance rentable des années passées, plutôt que l'option d'une combinaison avec UniCredit.
Néanmoins, s'assoir à la table avec M. Orcel "pour examiner la situation" reste une possibilité, a souligné en février Bettina Orlopp, présidente du directoire de Commerzbank.
- Champions européens -
M. Orcel avait profité de la sortie partielle de l'Etat allemand de Commerzbank pour entrer dans la foulée massivement à son capital.
UniCredit avait surpris les marchés en annonçant en septembre l'acquisition de 9% de Commerzbank, dont une part de 4,49% rachetée à l'Etat allemand.
Peu après, UniCredit avait porté sa part à 21% et indiqué viser jusqu'à 29,9%, ce qui placerait l'établissement milanais tout près du seuil de 30% au-delà duquel il devrait déposer une offre de reprise.
Avant de pouvoir convertir en actions ses instruments dérivés portant sur 18,5% du capital de Commerzbank, UniCredit attend encore d'autres autorisations, dont celle de l’autorité de la concurrence allemande, a précisé la banque italienne.
L'Etat allemand, qui a sauvé Commerzbank de la faillite pendant la crise financière de 2008, détient encore 12% du groupe.
La BCE s'est montrée à plusieurs reprises favorable à des fusions transfrontalières pour créer des champions européens capables de concurrencer les géants bancaires américains.
Peu après l'entrée d'UniCredit au capital de Commerzbank, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait ainsi jugé en septembre que les fusions transfrontalières entre banques de l'UE étaient "souhaitables" pour renforcer leur compétitivité.
Alors que son projet d'une reprise de Commerzbank marquait le pas, UniCredit a lancé fin novembre une offre publique d'échange (OPE) d'actions sur Banco BPM, troisième banque italienne, la valorisant à 10,1 milliards d'euros.
J.Williams--AMWN