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"Le cauchemar américain": l'angoisse des proches de Vénézuéliens envoyés en prison au Salvador par Trump
Du rêve au "cauchemar américain": des proches de migrants vénézuéliens expulsés des Etats-Unis pour appartenance présumée au gang Tren de Aragua, et incarcérés au Salvador dans une prison de haute sécurité, racontent leur choc et leur profonde inquiétude.
Têtes rasées, enchaînés et surveillés par des agents masqués: c'est avec les images diffusées par les autorités salvadoriennes, et le président Nayib Bukele lui-même, que la famille de Mervin Yamarte a découvert qu'il faisait partie des migrants Vénézuéliens accusés d'être des gangsters et chassés des Etats-Unis par Donald Trump.
Le président américain affirme que ces 238 personnes sont des membres du Tren de Aragua, multinationale vénézuélienne du crime qu'il a déclaré organisation terroriste.
De son côté, Caracas estime que le dirigeant républicain cherche à criminaliser les immigrés. Des groupes de défense des droits humains dénoncent pour leur part des pratiques expéditives, sans explications ni procès préalables.
Leurs proches racontent que Mervin et trois de ses amis comptent parmi les quelque huit millions de Vénézuéliens qui ont fui, en quête d'une vie meilleure, la grave crise économique et politique que traverse leur pays depuis 2014.
Mervin, 29 ans, a grandi avec ses camarades à Los Pescadores, un quartier aux petits logements modestes et aux rues poussiéreuses de Maracaibo, l'ancienne capitale pétrolière vénézuélienne située dans l'Ouest.
- "Plus grande douleur" -
Ils étaient partis en septembre 2023 à la poursuite du "rêve américain", traversant la terrible jungle du Darien entre la Colombie et le Panama, bravant d'autres dangers pour atteindre les Etats-Unis via le Mexique.
Les amis ont été arrêtés mercredi dans leur maison de Dallas, au Texas, puis emprisonnés au Salvador à peine trois jours plus tard.
Selon les familles, les quatre avaient signé un ordre d'expulsion vers le Venezuela, mais se retrouvent incarcérés dans un autre pays.
C'est un frère de Mervin, identifié dans un journal télévisé grâce à ses sandales, qui l'a reconnu en premier, explique en sanglots leur mère Mercedes Yamarte, à Maracaibo.
"Dix minutes plus tard, il nous a rappelés (pour nous montrer une vidéo) où l'on voit Mervin avec un regard terrifié. (Ce regard) est la douleur la plus grande de ma vie, car c'est comme un cri d'appel à l'aide de mon fils", relate-t-elle.
Ses quatre enfants ont quitté le pays: trois sont allés aux Etats-Unis et une au Mexique, pour laquelle Mme Yamarte négocie un rapatriement avec les autorités vénézuéliennes.
Pendant ce temps, elle s'accroche à la dernière photo que Mervin lui a envoyée. En contraste avec celles de son arrivée au Centre de confinement du terrorisme (Cecot), gigantesque prison inaugurée en 2023 par Nayib Bukele dans le cadre de sa croisade contre les gangs.
- Tatouages -
Mercedes Yamarte dirige une sorte de comité de mères: elles vont dans les médias, organisent des manifestations dans les rues. Elle dit que ses deux autres enfants aux Etats-Unis veulent rentrer au Venezuela mais craignent de subir le même sort que Mervin.
"Mon fils voulait déjà revenir car il disait que ce n'était pas le rêve américain, c'était le cauchemar américain", rapporte Mme Yamarte.
"Nous voulons seulement la justice, ce sont de bonnes personnes, liberté pour Andy, Mervin, Ringo et Edwuin", réclame une pancarte confectionnée avec des photos des quatre amis.
A Canada Honda, un autre quartier pauvre de Maracaibo, Yajaira Chiquinquira Fuenmayor, 65 ans, assure que son fils Alirio Belloso lui avait pourtant dit qu'il allait être expulsé vers le Venezuela.
Agé de 30 ans, il a été arrêté le 28 janvier, une semaine après l'investiture de Donald Trump pour son deuxième mandat. D'abord "heureuse" à l'idée de revoir son fils, elle s'est effondrée lorsqu'elle a appris que celui-ci se trouvait en fait au Cecot, dans la ville de Tecoluca.
Alirio avait commencé par émigrer au Pérou mais, déçu, il était revenu au Venezuela pour ensuite tenter sa chance aux Etats-Unis, avec l'objectif d'aider sa famille qui vit dans une extrême pauvreté.
Son épouse Noemi Briceño s'interroge: était-ce à cause des tatouages, qui ont servi de motif à l'arrestation de gangsters au Salvador ?
"Nous avons vu des reportages qui parlaient des tatouages du Tren de Aragua. Mon mari s'est fait tatouer (les noms) de sa nièce qui est morte de leucémie, de sa fille, de sa mère", explique-t-elle.
"Et un sablier (...) parce qu'il avait dit à sa fille que viendrait un moment où il ne repartirait plus du Venezuela".
C.Garcia--AMWN