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Israël: le limogeage du chef du Shin Bet aussitôt contesté devant la Cour suprême
L'opposition israélienne et une ONG ont saisi la Cour suprême vendredi matin pour contester le limogeage du chef du Shin Bet, l'agence de la sécurité intérieure d'Israël, par le gouvernement de Benjamin Netanyahu, décision qui ravive les profondes divisions de la société.
A l'instar de leur président, Isaac Herzog, qui dans une critique à peine voilée du limogeage de Ronen Bar a déploré certaines "initiatives controversées" créant "de profonds clivages au sein de [la] nation", une partie des Israéliens sont inquiets de ce qu'ils dénoncent comme une dérive autocratique de M. Netanyahu dont cette décision serait le dernier avatar.
Le gouvernement, un des plus à droite de l'histoire d'Israël, a acté dans la nuit de jeudi à vendredi le renvoi de , en qui M. Netanyahu affirme ne plus avoir confiance, alors que des milliers d'Israéliens manifestaient à Jérusalem contre cette révocation.
"Le gouvernement a approuvé à l'unanimité la proposition de M. Netanyahu de mettre fin au mandat" de Ronen Bar, qui quittera ses fonctions lorsque son successeur sera nommé ou au plus tard le 10 avril, a annoncé le bureau du Premier ministre dans un communiqué.
Les premiers recours devant la Cour suprême n'ont pas tardé.
Le Mouvement pour un gouvernement de qualité, ONG qui avait été en pointe dans le combat contre la réforme de la justice lancée début 2023 par le gouvernement de M. Netanyahu, a motivé son recours en dénonçant une "décision illégale [...] posant un vrai risque pour la sécurité nationale".
- "Conflit d'intérêts flagrant" -
Cette réforme, dénoncée par ses détracteurs comme un danger pour la démocratie et l'Etat de droit, a provoqué l'un des plus importants mouvements de contestation populaire de l'histoire d'Israël avant que l'exécutif n'annonce le retrait du projet après le déclenchement de la guerre provoquée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023.
Le parti de centre droit, Yesh Atid, du chef de l'opposition, Yaïr Lapid, a annoncé avoir saisi la Cour suprême contre le renvoi de M. Bar au nom de quatre formations d'opposition, et dénoncé une "décision prise en raison d'un conflit d'intérêts flagrant du Premier ministre, basée sur des considérations étrangères".
Le recours met en avant les deux éléments qui, selon les requérants, ont poussé M. Netanyahu à limoger M. Bar: l'affaire nommée "Qatargate" par les médias et la mise en cause l'exécutif dans le fiasco sécuritaire du 7 octobre 2023, jour le plus meurtrier de l'histoire d'Israël.
Le limogeage a eu lieu "alors que le [Shin Bet] enquête actuellement sur des proches collaborateurs du Premier ministre [...] en raison de soupçons selon lesquels ils ont reçu de l'argent de parties directement liées à l'Etat du Qatar, ce même pays qui a financé le groupe terroriste Hamas, responsable du plus grand désastre que Israël et le peuple juif aient connu depuis la Shoah", selon le texte du recours transmis à la presse.
- Fiasco du 7-Octobre -
La plainte souligne aussi que la procédure de limogeage a été lancée seulement après une enquête du Shin Bet qui a "mis en évidence la responsabilité de l'échelon politique dans cette tragédie", une référence au récent rapport publié par l'agence reconnaissant ses erreurs dans le fiasco sécuritaire du 7-Octobre mais mettant aussi en cause, sans le nommer, la politique d'apaisement vis-à-vis du Hamas prônée pendant des années par M. Netanyahu ou d'autres.
"Ces faits prennent d'autant plus de poids au moment où le Premier ministre empêche la création d'une commission d'enquête nationale, et où l'ensemble du gouvernement israélien retarde ouvertement et en toute connaissance de cause une démarche qui pourrait examiner sa responsabilité dans la catastrophe", ajoute le recours.
Selon un sondage de la chaîne 12 de télévision israélienne, 51% des Israéliens sont opposés au limogeage M. Bar, contre 32% qui y sont favorables, une majorité relative (46%) disant avoir plus confiance en M. Bar qu'en M. Netanyahu.
Cette nouvelle crise politique survient sur fond de reprise des bombardements israéliens sur Gaza depuis mardi et de réintégration au sein du gouvernement d'une des figures de l'extrême droite israélienne, Itamar Ben Gvir, qui avait démissionné de son poste de ministre de la Sécurité nationale pour protester contre la trêve avec le Hamas entrée en vigueur le 19 janvier.
"Il est impossible de ne pas être profondément troublé par la dure réalité qui se déroule sous nos yeux", a déclaré M. Herzog jeudi soir, jugeant "impensable de reprendre les combats tout en poursuivant la mission sacrée de rapatrier" les otages encore à Gaza.
L.Miller--AMWN