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Ekrem Imamoglu, l'ennemi d'Erdogan vers la case prison
Champion de l'opposition turque, le populaire maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, qui doit être incarcéré dimanche, incarnait jusqu'ici la principale menace du président Recep Tayyip Erdogan, qu'il rêvait de détrôner.
La justice n'a cessé ces dernières années de lancer des procédures à l'encontre du véhément édile que son parti, le CHP (social-démocrate), principale force d'opposition, veut toujours désigner dimanche comme son champion pour la prochaine présidentielle prévue en 2028.
Ekrem Imamoglu, 53 ans, avait fait une entrée fracassante sur la scène politique nationale en 2019 en ravissant Istanbul au parti AKP (islamo-conservateur) au pouvoir, infligeant une humiliante défaite au président Erdogan, qui fut lui-même maire de la capitale économique dans les années 90.
Déjà en 2023, une condamnation à plus de deux ans de prison pour "insulte" aux membres du Haut conseil électoral, dont il a fait appel, l'avait mis hors jeu pour la présidentielle remportée par le président sortant, arrivé au pouvoir en 2003 comme Premier ministre.
Largement réélu l'an passé à la tête de la plus grande ville de Turquie -- et surtout, la plus riche, avec ses près de 16 millions d'habitants --, Imamoglu s'imposait jusqu'ici comme le candidat naturel du CHP à la présidentielle.
Mais la chute du plus puissant maire de Turquie s'est précipitée cette semaine après son arrestation mercredi pour "corruption" et "terrorisme", qui lui a valu dimanche un ordre d'incarcération dans le premier volet.
- "Harcèlement judiciaire" -
Mardi, il avait déjà vu son diplôme universitaire annulé ce qui, en vertu de la Constitution turque, l'empêche en l'état de concourir à la présidence.
Depuis, les manifestants sont descendus dans les rues à Istanbul, Ankara et Izmir, les principales villes du pays, et dans plus des deux tiers des provinces turques.
Le parti du maire, qui dénonce depuis des mois le "harcèlement judiciaire" à son encontre, a fustigé un "coup d'Etat" contre l'opposition et "notre prochain président".
En ravissant Istanbul en 2019 après 25 années de domination du camp de M. Erdogan sur la ville, et en la conservant haut la main l'an passé malgré les efforts déployés par le chef de l'Etat pour lui faire barrage, Ekrem Imamoglu est devenu l'homme à abattre.
Régulièrement classé parmi les personnalités politiques préférées des Turcs, ce musulman pratiquant mais membre du CHP, le parti laïc du fondateur de la République, Mustafa Kemal Atatürk, est parvenu à séduire au-delà de son parti.
"Il peut plaire à tous les segments de l'électorat d'opposition, qu'il s'agisse d'électeurs turcs, kurdes, sunnites, alévis, jeunes ou âgés", estime Berk Esen, politiste à l'université Sabanci d'Istanbul.
Avec près de vingt ans de moins que le président Erdogan, cet ex-homme d'affaires originaire de la mer Noire -- comme la famille du chef de l'Etat -- présente aussi une image de modernité.
Son épouse, Dilek Imamoglu, s'est montrée très présente ces derniers jours sur les estrades face aux manifestants.
Depuis son arrestation, l'édile incarne pour ses soutiens l'espoir brisé d'un changement proche, mobilisant sur son sort une jeunesse désemparée, frustrée par la crise économique et le manque de perspectives.
Le maire, qui ne faisait jusqu'ici pas toujours l'unanimité dans son camp, où il était parfois accusé de se soucier davantage de son avenir que de ses administrés, a vu son parti faire front derrière lui depuis son arrestation.
Le populaire maire d'Ankara, Mansur Yavas, souvent présenté comme son rival, s'est affiché sans réserve derrière lui, écourtant un voyage à l'étranger.
"Je ne plierai pas", a promis dimanche Ekrem Imamoglu dans un message publié sur X, jurant que "tout ira bien", un slogan qu'il avait fait sien en 2019 après l'annulation de son élection comme maire d'Istanbul, finalement obtenue de haute main lors d'un second scrutin.
G.Stevens--AMWN