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Destitution ou retour du président Yoon ? La Corée du Sud va connaître son avenir politique
Avec ou sans Yoon Suk Yeol ? La Corée du Sud va être fixée vendredi sur son avenir politique, suspendu au verdict de la Cour constitutionnelle au terme de la procédure de destitution du président, quatre mois après sa tentative d'imposer la loi martiale.
Annoncé pour 11H00 (02H00 GMT), l'arrêt de la Cour est attendu par tout un pays, encore sidéré par son coup de force raté de décembre et échauffé par des mois de tensions, entre manifestations monstre, motions de destitution, arrestation, incarcération, assaut d'un tribunal, libération pour vice de procédure...
Elu avec la plus faible avance de l'histoire du pays en 2022, l'ancien procureur vedette de 64 ans a dévalé la pente de l'impopularité, allant jusqu'à activer brièvement la loi martiale, état d'exception inutilisé en Corée du Sud depuis la dictature militaire des années 1980.
Les huit juges de la Cour constitutionnelle ont deux options: entériner la motion de destitution votée à la mi-décembre par les députés contre M. Yoon, et ainsi le déposer définitivement, ou bien l'annuler et le rétablir immédiatement dans ses fonctions.
Nombre d'experts pensent que la déchéance de M. Yoon fait peu de doute.
Quelle que soit la décision de vendredi, elle "indiquera avant tout la résilience de la démocratie sud-coréenne", a déclaré à l'AFP Byunghwan Son, professeur à l'université George Mason.
"Le fait même que le système ne s'est pas effondré suggère que la démocratie coréenne peut survivre même au pire des défis, une tentative de coup d'Etat", a-t-il ajouté.
Si le dirigeant de droite est destitué, ce qui requiert au moins six voix favorables, une élection présidentielle devra être organisée sous 60 jours. Le chef de l'opposition Lee Jae-myung en serait le grand favori.
- "Eléments hostiles à l'Etat" -
Suspendu depuis la motion d'une Assemblée nationale largement dominée par ses adversaires, Yoon Suk Yeol a toujours défendu sa mesure choc de la nuit du 3 au 4 décembre, soutenant qu'elle était nécessaire pour repousser "les forces communistes nord-coréennes" et "éliminer les éléments hostiles à l'Etat".
Dans un parlement cerné par des soldats, certains déployés en hélicoptère, un nombre suffisant d'élus était toutefois parvenu à se réunir pour voter à l'unanimité un texte exigeant la fin de la loi martiale, abolie par le président six heures après son instauration.
Privé de ses pouvoirs, Yoon Suk Yeol est devenu en janvier le premier président sud-coréen titulaire à se voir arrêté et placé en détention.
En février s'est ouvert son procès au pénal pour insurrection -- un crime passible de la peine de mort --, autre situation inédite pour un chef de l'Etat sud-coréen en cours de mandat. M. Yoon a cependant été libéré le 8 mars pour vice de procédure.
Des dizaines -- parfois des centaines -- de milliers de personnes manifestent tous les week-ends à Séoul, pour ou contre lui.
- "Toutes les ressources disponibles" -
Quantité de partisans avaient campé dans le froid glacial pendant des semaines devant son domicile pour empêcher son arrestation.
Le 19 janvier, des soutiens radicaux avaient même pris d'assaut le tribunal qui venait de prononcer la prolongation de sa détention. Un fait sans précédent en Corée du Sud, qui a marqué une nette escalade dans cette crise.
Vendredi, "la police va mobiliser toutes les ressources disponibles pour assurer la sécurité du public et empêcher la situation de dégénérer en grave conflit social", a ainsi affirmé le chef par intérim de l'autorité, Lee Ho-young.
En 2017, quatre personnes étaient mortes dans les heurts qui avaient suivi la destitution de l'ancienne cheffe de l'Etat Park Geun-hye.
- Alerte maximale -
Les huit juges sont arrivés à la Cour tôt vendredi, a déclaré à l'AFP un porte-parole de cette juridiction. Ils bénéficient d'une protection policière renforcée.
La police, placée en état d'alerte maximale, a hermétiquement bouclé le quartier de la Cour constitutionnelle à l'aide d'un barrage d'autobus, et a déployé des équipes des forces spéciales. Des postes médicaux avancés ont été installés dans les environs pour faire face aux éventuelles urgences.
Des foules de manifestants pro et anti-Yoon ont campé près de la Cour et de la résidence du dirigeant suspendu pendant la nuit, ont constaté des journalistes de l'AFP. Des manifestants anti-Yoon ont également afflué dans la matinée dans le centre de Séoul.
Plusieurs ambassades, dont celles des Etats-Unis, de France, de Russie et de Chine, ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter les rassemblements de masse.
Possible signe que le cas Yoon fut le plus complexe, la Cour aura mis 111 jours depuis sa saisine avant de rendre son arrêt, soit le délai le plus long pour ce type de cas.
P.M.Smith--AMWN