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Pour pimenter la soirée électorale, la TV sud-coréenne mise sur les visuels déjantés
Avatars de candidats à la présidence débouchant des toilettes, tirant dans un ballon de football, puis ouvrant une canette de soda… il ne peut s'agir que de la soirée électorale en Corée du Sud, où les chaînes redoublent d'inventivité pour muscler le décompte des voix à grand renfort d'animations farfelues.
"Harry Potter", "Squid Game", un sprint sur un vélo stationnaire... aucune référence n'est trop éloignée de la politique pour la chaîne SBS qui multiplie les animations extravagantes en image de synthèse afin d'attirer les téléspectateurs - et, selon les journalistes aux manettes, de rendre les élections plus accessibles et engageantes.
Mardi soir, SBS peut compter sur une équipe de plusieurs dizaines de spécialistes, pour transformer le fastidieux dépouillement de millions de bulletins de vote en un spectacle digne des JO.
"La pression est forte", confie à l'AFP Son Hyoung-an, journaliste de SBS, qui travaille au sein de l'équipe graphique électorale depuis l'annonce du scrutin.
"Tout le monde nous demande ce que nous allons faire ensuite, et ils sont impatients de voir ce que nous allons apporter", ajoute-t-il.
Cette tradition a débuté il y a une dizaine d'années, lorsque les chaînes sud-coréennes ont compris qu'elles pouvaient attirer davantage de téléspectateurs le soir des élections en s'appuyant sur la forte culture de la K-pop et des K-dramas, et en s'efforçant ainsi de rendre la politique divertissante.
Désormais, la plupart des chaînes sud-coréennes diffusent des séquences animées sophistiquées montrant les visages et les mouvements corporels des candidats – avec leur permission –, en utilisant des acteurs pour créer les mouvements, puis en ajoutant les vrais visages par-dessus.
- Election anticipée -
Le scrutin de cette année constitue un défi particulier, car il s'agit d'une présidentielle anticipée après la destitution de l'ex-dirigeant Yoon Suk Yeol, à la suite de l'échec de sa déclaration de loi martiale.
L'équipe électorale de SBS n'a donc eu que peu de temps pour se préparer.
"Nous devons accomplir l'équivalent de cinq mois de travail en quelques semaines", souffle Son Hyoung-an à l'AFP, ajoutant qu'il avait été difficile de convaincre les candidats, très occupés, de leur consacrer quelques minutes afin de filmer leurs visages pour les animations.
Le favori, le chef de l'opposition de gauche Lee Jae-myung, s'est présenté en 2022 et a perdu face à M. Yoon par la plus faible marge de l'histoire du pays. SBS disposait donc déjà d'images de lui.
Le défi était de recruter Kim Moon-soo, ancien ministre du Travail et candidat du Parti du pouvoir au peuple (PPP, conservateur), mais son équipe, trop occupée, refusait constamment les demandes de SBS.
Finalement, ils ont obtenu trois minutes avec lui devant un fond vert. Il ne restait plus qu'à créer les visuels.
L'un des thèmes de cette année est "Squid Game", avec des visuels montrant MM. Lee et Kim s'affrontant dans des jeux d'enfants traditionnels vus dans la série à succès Netflix.
"Même les plus petites idées sont les bienvenues", déclare à l'AFP Kim Deok-hyun, journaliste de SBS. "Nous recueillons des souvenirs personnels, des moments joyeux – tout ce que l'équipe trouve divertissant – sans filtre ni retenue."
Un membre de l'équipe a eu un cours sur un vélo stationnaire particulièrement réussi et a suggéré que cela pourrait fonctionner pour le soir des élections.
Sur l'image, les têtes des deux candidats en selle balancent furieusement, leur part de voix augmentant à chaque coup de pédale.
- Battle de rap -
SBS est particulièrement connue pour ses graphiques électoraux, mais tous les réseaux sud-coréens en font. Une chaîne rivale est même devenue virale l'année dernière grâce à une battle de rap - un duel de rappeurs - entre candidats.
"On peut se demander: peut-on aller aussi loin avec des candidats qui pourraient devenir président?", s'interroge Kim Deok-hyun.
Mais les journalistes à l'origine des animations de SBS affirment que l'objectif est de créer un "flux" pour captiver les téléspectateurs et les maintenir captivés par le processus démocratique.
Pendant le vote de mardi, la couverture médiatique est plus restreinte, mais une fois les sondages de sortie des urnes publiés, "nous diffuserons des reportages dynamiques, avec des résumés rapides pour aider les téléspectateurs à suivre l'évolution de la situation, explique-t-il.
"Nous voulons que les gens attendent avec impatience notre couverture de la soirée électorale, comme ils attendent un nouveau film, en se disant: +J'ai hâte de voir ce qu'ils vont faire cette fois-ci+."
D.Sawyer--AMWN