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Nucléaire: l'Iran dit que la proposition américaine va à l'encontre de ses intérêts
Le guide suprême d'Iran, Ali Khamenei, a estimé mercredi qu'une proposition des Etats-Unis en vue d'un accord sur le nucléaire allait à l'encontre des intérêts de son pays, sur fond de divergences liées à l'enrichissement d'uranium.
Ennemis depuis plus de quatre décennies, l'Iran et les Etats-Unis ont tenu depuis avril cinq séries de pourparlers, sous la médiation d'Oman, afin de tenter de conclure un accord censé empêcher Téhéran de se doter de l'arme atomique en échange d'une levée des sanctions qui paralysent son économie.
L'Iran est soupçonné par les pays occidentaux et par Israël de vouloir se doter de la bombe atomique, ce qu'il dément en soulignant son droit à poursuivre un programme nucléaire à des fins civiles.
Samedi, l'Iran a indiqué avoir reçu via les médiateurs omanais des "éléments" d'une proposition américaine en vue d'un potentiel accord, sans en préciser le contenu.
"La proposition présentée par les Américains est 100% à l'encontre" des idéaux de la Révolution islamique de 1979 sur l'indépendance du pays, a déclaré lors d'un discours à Téhéran l'ayatollah Khamenei, ultime décideur sur les questions stratégiques en Iran.
"L'indépendance (du pays) signifie ne pas attendre le feu vert de l'Amérique et de ses semblables", a-t-il dit devant des fidèles et des responsables à l'occasion du 36e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique d'Iran, l'ayatollah Rouhollah Khomeini.
Le principal négociateur iranien, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi, a estimé mardi que la proposition américaine comportait "de nombreuses ambiguïtés".
"Pas d'enrichissement, pas d'accord. Pas d'armes nucléaires, nous avons un accord", a-t-il écrit mercredi sur X.
- "Pas leur mot à dire" -
L'enrichissement d'uranium est l'un des principaux points de blocage des négociations irano-américaines.
Selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), consulté samedi par l'AFP, Téhéran a accéléré sa production d'uranium hautement enrichi.
L'Iran, d'après l'AIEA, est le seul Etat non doté d'armes nucléaires à enrichir de l'uranium à un niveau élevé (60%), bien au-delà de la limite de 3,67% fixée par l'accord multilatéral sur le nucléaire conclu avec l'Iran en 2015.
Pour fabriquer une bombe, l'enrichissement doit être poussé jusqu'à 90%.
Washington s'oppose à tout enrichissement d'uranium par l'Iran, ce que ce pays considère comme une "ligne rouge", insistant sur son droit au nucléaire civil en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.
Les Etats-Unis n'ont "pas" leur "mot à dire" sur cette question, a dit Ali Khamenei.
"Si nous avons 100 centrales nucléaires mais que nous ne pouvons enrichir (l'uranium) cela ne nous sera d'aucune utilité" car elles "ont besoin de combustible" pour fonctionner, a-t-il argué.
"Si nous ne pouvons pas produire ce combustible localement, nous devrons nous tourner vers les Etats-Unis, qui pourraient poser des dizaines de conditions", selon lui.
- Réunion de l'AIEA -
Le président américain Donald Trump, qui menace de recourir à l'option militaire en cas d'échec de la diplomatie, a affirmé lundi que les Etats-Unis n'autoriseraient "aucun enrichissement d'uranium dans le cadre d'un potentiel accord" avec l'Iran.
L'administration Trump pourrait toutefois autoriser temporairement le pays à enrichir l'uranium à un faible niveau dans l'attente d'un accord éventuel plus complet, a affirmé mardi le New York Times.
Téhéran s'est dans le passé dit ouvert à ce compromis.
L'AIEA doit tenir à Vienne du 9 au 13 juin un Conseil des gouverneurs, une importante réunion trimestrielle durant laquelle seront passées en revue les activités nucléaires de l'Iran.
M. Araghchi a condamné les "pressions exercées" selon lui sur l'AIEA par "certains pays européens".
La France, le Royaume-Uni et l'Allemagne sont avec la Russie et la Chine membres de l'accord conclu avec l'Iran en 2015, pour encadrer le programme nucléaire iranien en échange d'une levée des sanctions internationales.
Mais les Etats-Unis s'en sont retirés unilatéralement trois ans plus tard durant le premier mandat de Donald Trump, le rendant caduc de facto, et ont rétabli de lourdes sanctions à l'Iran. En représailles, l'Iran s'est affranchi de certaines obligations, accélérant notamment l'enrichissement d'uranium.
Paris, Londres et Berlin ont menacé d'enclencher un mécanisme prévu dans l'accord de 2015 qui permet le rétablissement de sanctions onusiennes si l'Iran ne respecte pas ses engagements.
A.Jones--AMWN