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Suspension de MaPrimeRénov' : craintes de répercussions en chaîne
Si le gouvernement essaie de minimiser l'impact d'une suspension du dispositif d'aides à la rénovation énergétique MaPrimeRénov', les professionnels du secteur, particuliers et élus craignent un arrêt complet de la dynamique de rénovation des logements.
"Cela fait 20 ans que je suis dans le secteur et on a déjà vu pas mal de pétards de ce type (...), mais là, ça dépasse les bornes", attaque auprès de l'AFP Peter Lehmann, chauffagiste dans les Hautes-Alpes.
Dans son entreprise, qui emploie neuf personnes, 90% de l’activité est liée à la rénovation énergétique. "C'est énorme" et il craint des impacts "catastrophiques en termes d'emploi".
"On s’est formé, on a investi pour être capables de faire de la rénovation, on a passé toutes les qualifications nécessaires depuis 2005 et maintenant tout s’arrête", déplore-t-il.
Hugues Sartre, co-fondateur de l'entreprise Homyos, qui œuvre dans la rénovation globale des logements, voit actuellement "une précipitation pour compléter les dossiers" et les envoyer avant la fermeture du guichet.
"Ensuite, on se dirige vers une période de 3 à 6 mois sans activité commerciale, ce qui signifie un début d'année 2026 sans activité de chantier, donc une apnée de 10 à 12 mois" de baisse d'activité, anticipe-t-il.
Même angoisse chez un chef d'entreprise spécialisée en systèmes de ventilation et en chauffage électriques, basée dans la Manche, qui n'a pas souhaité être identifié. Son activité tournait déjà au ralenti depuis février et son carnet de commandes est vide à partir de juillet. "Je vais finir par appeler le comptable et chômage technique pour tout le monde", témoigne-t-il à l'AFP.
Le gouvernement a annoncé la suspension du dispositif MaPrimeRénov' cet été et prévoit qu'il soit possible de déposer de nouveaux dossiers "d'ici la fin du mois de septembre". Cette pause concerne les nouvelles demandes d'aides pour des rénovations globales et pour des travaux isolés de rénovation.
Rémi Perrot, juriste de 25 ans, a acheté en février un studio de 19m² à Paris et considéré comme une passoire énergétique. "Je viens de déposer enfin le dossier complet de demande d’aide MaPrimeRénov' la semaine dernière, après trois mois de travail".
Désormais, il espère pouvoir obtenir les 14.000 euros d'aides estimées, sans quoi "je vais devoir financer intégralement les 28.000 euros avec un prêt bancaire" et compliquer sa situation financière.
- "Terrible" pour les plus modestes -
Le bâtiment est un secteur lent à redémarrer. "Si le guichet rouvre en septembre, ça va reporter les projets à 2026, donc on sacrifie le deuxième semestre pour les entreprises. Et les petits artisans n'ont pas la trésorerie disponible pour tenir six mois", prévient Louis-Clair François Poncet, fondateur du réseau de PME SATEP, spécialisé en décarbonation des bâtiments.
"C'est dommage parce que ces derniers temps, on commençait à avoir pas mal" de chantiers de rénovation énergétique, indique Mehdi Ben Atia, directeur d’Isodeco, entreprise francilienne de rénovation intérieure.
Son entreprise est peu dépendante de MaPrimeRénov', mais il constate "qu'il y avait pas mal de gros chantiers qui pouvaient être effectués via des primes". "Ce n’est pas à tous les coins de rue qu'on trouve des clients prêts à mettre" 30.000 euros dans l'isolation de leur logement.
C'est une des craintes de Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés : que la rénovation énergétique qui "ne touchait que les riches" avant l'augmentation des aides de l'Etat pour les ménages modestes ne soit de nouveau accessible qu'aux revenus élevés si l'Etat "coupe les aides".
"C’est terrible" cette décision qui "touche les plus modestes", confirme Peter Lehmann.
Les dispositifs comme MaPrimeRénov' sont "des dispositifs qui s'inscrivent dans la durée : entre le moment où une famille décide de rénover sa maison ou bien qu'une copropriété décide d'engager des travaux, il y a plusieurs mois de papiers administratifs, de travail, d'expertises, d'études", constate Christophe Ferrari, président de la métropole de Grenoble et vice-président d'Intercommunalités de France, chargé de l'habitat.
"Cela nécessite la stabilité des acteurs", selon lui. Un besoin partagé et répété depuis plusieurs années par toute la filière. Ce qui n'a pas empêché le gouvernement de modifier les règles de MaPrimeRénov' "à 14 reprises en quatre ans", selon Olivier Salleron, président de la Fédération française du bâtiment.
Sur un groupe d'échanges sur un réseau social, un internaute "un peu énervé" n'a plus "confiance" : "Je vais sortir du dispositif, essayer de faire les travaux moi-même".
B.Finley--AMWN