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Le discours de politique générale, un exercice parfois périlleux
La déclaration de politique générale, l'exercice qui attend Elisabeth Borne mercredi devant le Parlement, permet au Premier ministre de présenter son programme et d'affirmer son style, non sans risques parfois tant l'exercice est attendu.
Par le passé, certains passèrent l'épreuve avec un brio qui fut alors souligné, tel Jacques Chaban-Delmas imaginant en 1969 une "nouvelle société", ou Michel Rocard imitant Martin Luther King, en 1988, pour faire "le rêve d'un pays où l'on se parle à nouveau".
Demander aux députés de voter la confiance après une déclaration de politique générale, conformément à l'article 49-1 de la Constitution, n'est pas obligatoire. A droite, Maurice Couve de Murville en 1968 et, à gauche, Michel Rocard (1988), Edith Cresson (1991) et Pierre Bérégovoy (1992) n'ont par exemple pas engagé la responsabilité de leur gouvernement sur sa politique générale devant l'Assemblée. Elisabeth Borne ne le fera pas non mercredi.
Voici quelques rappels de précédentes déclarations de politique générale:
- 1981: le socialiste Pierre Mauroy, premier Premier ministre de François Mitterrand, convoque Jaurès et Blum pour annoncer avec emphase "le changement" et la promesse que la France "combattra pour un nouvel ordre mondial".
- 1984: Laurent Fabius, maître d'oeuvre du tournant de la rigueur, met l'accent sur l'urgence d'une modernisation de l'économie et cite l'exemple du Japon.
- 1986: Jacques Chirac, inaugurant la première cohabitation, cite Beaumarchais: "La difficulté de réussir ne fait qu'ajouter à la nécessité d'entreprendre".
- 1988: Michel Rocard, lyrique, entend insuffler un "nouvel espoir" et détaille ses "rêves", jusqu'à prendre en compte les "boîtes aux lettres cassées" et "ascenseurs en panne".
- 1991: Edith Cresson, première femme nommée à Matignon, truffe son discours d'"audace" et de "volontarisme", mais sans convaincre sur le contenu jugé trop abstrait. Elle est chahutée et moquée pour sa voix jugée trop fluette. "J'ai fait un discours convenu", dira-t-elle plus tard, "ce que je voulais dire, j'avais la certitude que ce serait critiqué".
- 1992: Pierre Bérégovoy, pour dénoncer le fléau de la corruption, brandit une feuille et dit : "J'ai ici une liste de personnalités dont je pourrais éventuellement vous parler...", provoquant un tollé à droite et une interruption de séance.
- 1993 : Edouard Balladur parle près d'1 heure 45 et cite Marc-Aurèle à propos de la crise économique. Trop long, se désespèrent les députés.
- 1995: Alain Juppé "fait le pari d'être jugé sur les résultats", mais est jugé trop technique.
- 1997: Lionel Jospin, à la tête d'un gouvernement de cohabitation, martèle les mots "République", "Démocratie" et "Nation". "Trop flou", disent les critiques.
- 2002: Jean-Pierre Raffarin lance une nouvelle étape de la décentralisation, mais cède à une "raffarinade": "Notre route est droite, mais la pente est forte".
- 2005: Dominique de Villepin apparaît lyrique, grandiloquent selon certains, et dit vouloir "remettre la France en marche".
- 2012: Jean-Marc Ayrault, trop long (1H30), doit s'interrompre quand un député socialiste fait un malaise. Il annonce le droit de vote des étrangers aux municipales, qui ne sera pas mis en oeuvre, et le droit au mariage homosexuel.
- 2014: en avril, Manuel Valls proclame son attachement aux entreprises, sous l'oeil très réservé des députés socialistes frondeurs. En septembre, il n'obtient qu'une majorité relative lors du même exercice.
- 2019 : c'est la deuxième fois qu'Edouard Philippe se livre à l'exercice après la confiance accordée à son arrivée au pouvoir en 2017. Le nombre de votes contre est le plus faible depuis 1959, mais les abstentions atteignent un record.
- 2020: devant un parterre de députés masqués contre le Covid-19, Jean Castex défend une réforme des retraites et dit sa volonté de "réarmer les territoires" - mot répété 25 fois.
L.Mason--AMWN